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"I, Robot"
de Alex Proyas

Titre Original : I, Robot
Réalisation : Alex Proyas
Interprétation : Will Smith
Durée : 1h50
Année : 2004

Verdict : 7/10

Résumé :

Un détective et la robot-psychologue Susan Calvin enquêtent sur un suicide qui pourrait être un meurtre déguisé commis par un robot.

Critique :

Alex Proyas ne livre pas un chef-d’œuvre définitif avec cette adaptation lointaine des nouvelles du cycle des Robots. Asimov, d’ailleurs, reconnaîtrait difficilement son œuvre s’il était encore de ce monde. Excepté la présence du Dr Calvin et des trois lois de la robotique, cette adaptation se veut surtout un divertissement nerveux et amusant à suivre.
Même Susan Calvin ne se conforme pas à la description donnée par Asimov. En lieu et place d’une septuagénaire rachitique nous avons droit à une séduisante jeune femme. Il est vrai qu’il est difficile d’imaginer Will Smith lancer des vannes à une vieille fille peinant à le suivre.
Nous sommes finalement, par le côté techno-thriller développé (sommairement, hélas) plus proche des romans parallèles d’Asimov qui font intervenir le robot détective Daneel comme "Face aux feux du Soleil" et "Les Cavernes d’Acier". Mais on est loin de leur subtilité et de leur côté whodunit aussi précis qu’une horloge...ou qu’une intrigue d’Agatha Christie.
Le but de I Robot est simplement de divertir, sans prendre la tête du spectateur moyen. Très moyen ajouterait-on si on voulait être méchant. Ce qui serait en partie injuste car le film n’est pas mauvais, dans les limites de ses ambitions. Celles d’un gros blockbuster d’action situé dans un cadre futuriste.
Dans l’esprit de Minority Report, Equilibrium ou Paycheck, Proyas (auteur des chefs d’œuvres The Crow et Dark City) brasse quantité de thèmes plus ou moins bien développés mais peine à maintenir son intégrité artistique, coincé entre les souhaits des producteurs (qui désirent lancer une franchise à succès) et la Will Smith attitude (look cuir, Converse, punchlines plus ou moins inspirées, décontraction, etc.) envahissante.
Les ficelles du scénario paraissent, elles, rapidement évidentes, surtout que Proyas souligne le moindre détail signifiant. C’est malheureusement une tendance généralisée dans les grosses productions ricaines : ainsi, le spectateur peut comprendre l’intrigue, même s’il part acheter du pop-corn ou pique un roupillon d’un quart d’heure. Nous sommes donc bien loin de l’atmosphère mystérieuse et envoûtante de l’exigeant Dark City.
Les dix premières minutes s’avèrent d’ailleurs particulièrement pénibles. Will Smith exhibe ses muscles, noue ses Converses, rend visite à sa maman et lance quelques vannes pour bien montrer qu’il est une tête brûlée.
Ensuite, heureusement, le cinéaste reprend un peu de contrôle et se permet un délassement assez efficace et bien mené.
Les séquences d’action se suivent, les effets spéciaux émerveillent l’œil et l’humour fonctionne relativement bien. Entre quelques passages assez pénibles ou bâclés, Proyas parvient à composer l’un ou l’autre plan vraiment réussi ou à torcher une scène d’action époustouflante. Quitte à plonger dans les délires hong-kongais lorsque Will Smith saute de sa moto, dégaine deux flingues et massacre une dizaine de robots avant de toucher terre. Un grand moment de suspension d’incrédulité.
Mais tout n’est pas du même niveau et ce I Robot apparaît bien souvent coincé entre deux chaises. Le final verse dans le destroy pur mais semble à des kilomètres de l’œuvre intellectuelle et philosophique d’Asimov. Cela dit, on connaît la propension hollywoodienne à mépriser l’écrit, traité, au mieux comme une base de travail qui ne concerne qu’une infime partie du public. Il est certain que les admirateurs de Will Smith ne sont sans doute pas de grands lecteurs de science-fiction réfléchie. Et vice-versa.
Pas vraiment une grande réussite donc, I Robot est cependant un produit correct qui procure une bonne soirée sans parvenir à satisfaire totalement, au vu des promesses d’un matériel littéraire bien plus riche.

Pizzoferrato Fred

Une autre critique par Stéphane Thiellement :

I, robot
De Alex Proyas
Avec Will Smith, Bridget Moynahan, James Cromwell, Bruce Greenwood
20th Century Fox Home Entertainment

Beaucoup attendaient ce film au tournant l’été dernier. En points positifs, il y avait surtout Alex Proyas, cinéaste australien venant du vidéo-clip, à qui on doit le magnifique The crow, Dark city, son chef d’œuvre et un petit film très personnel Garage days sur un groupe de jeunes voulant monter un groupe de rock. Curieusement, même au travers de ce film, on retrouve quelques traits de caractère bien précis de Proyas comme ce rejet total de tout ce qui est nature et verdure (et il l’a confirmé lors de sa conférence de presse) mais qui lui permet malgré tout de créer un univers vivant. En même temps, c’est très pratique pour plonger dans un monde futur sombre. Et arrive donc I, robot décrié avant l’heure à cause de sa tête d’affiche Will Smith. Ok, c’est un blockbuster, on est obligé de rentabiliser la mise de fond et on sait que c’est Smith qui en sera la majeure raison. Mais en même temps, rien n’empêche de faire non pas un bourrin de série (style Independance day, pour se référencer au pire, avec Smith d’ailleurs) mais aussi un bon film de SF comme l’était, malgré ses défauts, Minority report. Dans les deux cas, le résultat est similaire. Les puristes détestent, les autres saluent l’intelligence de blockbusters enfin différents de simples spectacles d’explosions, de poursuites et de gunfights car conjugués aussi avec un certain talent à une histoire qui fait tenir le film sur sa durée. Et comme le disait encore Proyas, si K. Dick et Asimov sont très à la mode en ce moment, c’est parce que la technologie peut enfin servir leurs idées visionnaires. Et il a entièrement raison : avant, on n’aurait jamais pu concrétiser de tels futurs. Seul Scott avait réussi avec son Blade Runner ô combien haï et sali par certains à l’époque de sa sortie, mais curieusement plus qu’apprécié aujourd’hui. Certes, I, robot n’a pas la dimension de Blade runner, mais franchement, il ne faut pas s’arrêter sur le look d’un personnage et la tchatche de son interprète pour rejeter un film : car si pour ces mêmes personnes, le futur sera peuplé de coincés en pyjama version Kirk et Spock, alors oui, autant rester dans le présent. Conserver un peu de notre époque n’est pas une tare, c’est simplement une grande probabilité. Tout ça pour dire que ceux qui voulaient voir le roman (qui date quand même d’il y 50 ans) d’Asimov littéralement sur grand écran font tirer la tronche. Paradoxalement, I, Robot, au delà de la présence d’un acteur « qui se la donne » souvent trop, constitue aussi, en tant que blockbuster annoncé, un ton et un degré de réussite qui n’existent que par la base du roman. Cette histoire de flic du futur confronté à la révolte de robots devenus au fil de leurs générations doués de « raison » se révèle bien plus riche qu’on ne l’aurait crue, du moins en tant qu’adaptation cinématographique. Même Will Smith se révèle moins « lourd » que d’habitude, ce qui est tout à son honneur. Et bien entendu, la force du film est constituée par la recréation d’un futur plus ou moins proche convaincant, mais qui ne tombe pas dans un monde situé à des centaines d’années du nôtre, ce qui en accentue la crédibilité. Tout cela est aussi dû au talent de Proyas qui, malgré l’évident poids d’une star à gérer dans son film, arrive largement à faire que ce dernier ne supplante pas tout le reste. Et Proyas de s’éclater à recréer un monde urbain futuriste, un environnement qu’il maîtrise mieux que tous les autres comme il le reconnaît. Bon, tout ça, on le sait plus ou moins, suivant si on a vu le film, si on a écouté ou non les avis des uns des autres, etc... L’édition DVD du film est là pour permettre d’apprécier réellement ce qui constitue quand même un des meilleurs films de Science-Fiction de la décennie (avec A.I., Minority report, Terminator 3, et bien entendu la trilogie Matrix. Non, pas Star Wars, désolé, c’est pas dans ma crémerie, ça !). Si vous en doutez encore, il suffit de regarder les bonus du second disque et surtout le « journal de production » du film qui permet en 90 minutes de survoler la mise en place et la création d’un tel projet. Ensuite, chaque reportage sur les effets spéciaux n’assomme pas sous une tonne de références complexes mais bel et bien comme un documentaire pour comprendre l’inconcevable (non, il n’y a pas de bonhomme filiforme dans un costume pour simuler les robots). Bref, au fur et à mesure qu’on découvre ces reportages, on se rend compte qu’enfin, et comme cela s’est déjà vérifié auparavant pour Le jour d’après et Spiderman 2, que même les majors traitent intelligemment les bonus de leurs blockbusters. Ce n’est plus simplement du remplissage jusqu’à la gorge de making-of trop techniques, mais bel et bien du reportage de coulisses pour le fan du film. Cela fait bien moins langue de bois, conventionnel et surtout commercial au profit de bonus plus intelligents, compréhensibles, intéressants donc jamais rébarbatifs : la qualité prime enfin sur la quantité. Même l’autre fin se révèle en fin de compte moins forte que l’actuelle et pourtant quelque part plus commerciale, là encore, et pourtant, elle fut écartée. Ainsi, après avoir vu et découvert une édition DVD d’un blockbuster digne de ce nom (si, si, ça existe, comme les mauvais blockbusters : regardez Catwoman !) et ne se moquant pas du spectateur, vous découvrirez alors qu’ I, robot n’est pas la catastrophe tant décriée mais bel et bien une nouvelle réussite signée Alex Proyas, certes pas aussi extraordinaire que Dark city, mais ça, on le savait, star system oblige.

Note : Film : 8/10 DVD : 10/10 (copie superbe, format d’origine 2.35 image 16/9ème compatible 4/3)

Bonus : DVD 1 : commentaire audio d’Alex Proyas ; making of ; galerie de photos. DVD 2 : reportage sur la conception du film au jour le jour (86 mn) ; scènes coupées ; fin alternative ; reportages sur les effets spéciaux



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