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  Sommaire - Interviews -  Ethan Hawk & Joe Hill (The Black Phone)

Voir 103 livres sur le cinéma, romans, études, histoire, sociologie...

Interview de Ethan Hawk & Joe Hill (The Black Phone)
Par Marc Sessego

Dernier ajout : dimanche 7 août 2022

"Ethan Hawk & Joe Hill (The Black Phone)"

2800 chroniques de films
dans le livre
d’Alain Pelosato,
grand format 15x23
700 pages

123 ans de cinéma fantastique
et de SF
essais et données pour
une histoire du
cinéma fantastique
1895-2019

Et sa suite :
125 ans de cinéma fantastique
et de SF Deuxième partie
(Mis à jour 1951-2019)

Après la parution de son monumental livre «  123 ans de cinéma fantastique et de SF – essais et données pour une histoire du cinéma fantastique 1895-2019&#8201 » paru en janvier 2019, Alain Pelosato a continué à regarder des films et des séries de télévision  ! «  Quand on écrit ce genre d’ouvrage », explique l’auteur, « c’est sans fin puisque des films et des séries, il continue à en sortir sans cesse  ! Il faut donc prendre la décision de s’arrêter pour publier. C’est pourquoi j’écris et je publie régulièrement des mises à jour depuis 1998.  » De plus, certains éditeurs de DVD ressortent des films des archives et les publient, il y a aussi la télévision et les plateformes sur Internet. Du coup, le présent livre couvre la période 1951 à 2019. Voici donc la dernière mise à jour : un livre de 500 pages avec plus de 700 entrées dans l’index, c’est dire s’il contient beaucoup de chroniques, d’analyses et aussi, la spécialité de l’auteur, de vastes mises à jour de listes thématiques de films (taxinomie du cinéma fantastique).
Bonne lecture  !

ET LA TROISIÈME PARTIE :

126 ans de cinéma fantastique
et de SF mise à jour
1961-2020
Dossiers Graham Masterton & Stephen King
2915512620
Et voici le troisième volume des travaux de l’auteur sur le cinéma fantastique et de SF dans sa globalité, la suite logique des deux précédents : « 123 ans de cinéma fantastique et de SF… » et « 125 ans de cinéma fantastique et de SF… » (voir ci-dessous à la fin). Avec ce troisième volume, ce sont plus de 2000 pages (sur la base du format 5x8 pouces de ce livre) de textes qu’Alain Pelosato a rédigés pour mieux connaître le cinéma fantastique et de SF. Ce troisième volume peut, bien sûr, être lu sans avoir lu les deux tomes précédents. Il regroupe 266 pages de chroniques de films, de filmographies et deux dossiers sur la relation de deux écrivains avec le cinéma : Stephen King et Graham Masterton.
 

The Black Phone

L’interview du réalisateur Scott Derrickson est dans science fiction magazine No 116 en vente
du 9 août 2022 au 9 novembre.

1) Ethan Hawke / Rôle du « kidnappeur »

Voir plus loin l’interview Joe Hill/Écrivain de la nouvelle et producteur exécutif

SFMAG : Qu’est-ce qui vous a plus sur ce projet ?
EH : Il y a environ dix ans, j’ai travaillé avec Scott Derrickson sur « Sinister » et j’étais très content d’avoir travaillé avec lui, car j’ai beaucoup appris sur les films de genre et comment ceux-ci peuvent se croiser pour une performance. J’ai suivi sa carrière au cours des années et j’ai beaucoup de respect pour lui. Donc quand quelqu’un comme ça vous offre un film, vous prenez l’offre sérieusement. En plus, je pensais qu’à l’inverse de 95 % de films qui font peur, celui-ci avait un très beau « cœur » battant à l’intérieur.

SFMAG : Comment décririez-vous ce cœur qui bat ?
EH : Et bien, le film fait peur et il est terrifiant, mais il a un cœur d’or dans le sens que c’est vraiment l’histoire d’un frère et d’une sœur qui s’entraident et qui apprennent à prendre soin l’un de l’autre. Je l’ai trouvé très émouvant et je n’ai pas pu l’arrêter une fois que j’ai commencé à le lire.

SFMAG : Vous jouez un personnage complexe et terrifiant. Qui est-il à vos yeux ?
EH : C’est une personne extrêmement abîmée dans un film où les parents se vengent de leurs tourments sur leurs enfants et comment éviter ça. Pour moi, c’était plus facile de le jouer comme un animal blessé qui pouvait faire tout ce qu’il voulait parce que le monde, à ses yeux, était tellement méchant. De cette façon, je pense qu’il ressent un sentiment de justice en infligeant de la peine aux autres à cause de ce qui lui a été fait. Généralement, les gens qui mentent beaucoup sont des gens à qui on a beaucoup menti. Donc ils ne se sentent pas coupables, car pour eux c’est juste.

SFMAG : Il porte toujours un masque. Comment est-ce de jouer avec votre visage couvert ?
EH : Il y avait quelque chose de libérateur à propos du masque. Quand j’étais un enfant, je me souviens d’aller en cours de théâtre et étudier ce que peut faire un masque au niveau du langage du corps, de la voix, et l’impact que cela peut avoir entre l’acteur et le public. En plus, vivre une pandémie avec notre visage couvert tout le temps, j’ai trouvé cela très intéressant.

SFMAG : Et le masque change constamment…
EH : C’est là où le cerveau de Scott (Derrickson) est tellement spécial c’est que c’était son idée. Ils ont mis beaucoup de créativité dans le masque. Parfois il couvre le haut de mon visage et d’autres fois le bas. Parfois, ce n’était que d’un côté, et d’autres fois c’était de l’autre. Parfois c’était un sourire, parfois une mue ou aucune expression. Scott et moi parlions de ce dialogue dans le film de Scorsese « Rolling Thunder Review », qui dit : « Vous savez quand quelqu’un vous dit la vérité quand il porte un masque, et qu’ils mentent quand ils n’en portent pas ». Cette relation qu’il y a envers l’identité et dans la vérité est fascinante parce que nous avons tous peur de ne pas connaître la vérité et détestons être incompris. Il y avait juste quelque chose de très puissant dans la façon dont ils ont désigné le masque et c’était très intéressant de les voir décider quel serait le meilleur pour chaque scène. Les masques sont un archétype important du genre de l’horreur.

SFMAG : Mason Thames donne une performance incroyable…
EH : C’est vraiment hyper fun de rencontrer des jeunes qui aiment tellement les films. J’ai eu la même expérience avec Joshua Caleb Johnson sur « The Good Lord Bird » et Ellar Coltrane sur « Boyhood », où vous voyez ces jeunes artistes à l’œuvre qui ont un tel sens du jeu et de la joie. Mason était très excité d’être dans ce film, et il est tellement rentré dans le film qu’il a rendu le fait d’être sur le plateau hyper sympa. Donc l’environnement était sympa et riche. C’est un jeune acteur futé qui a fait un super boulot, et on peut dire la même chose de Madeleine McGraw qui joue sa sœur Gwen.

SFMAG : Et nous avons ce vieux téléphone…
EH : Oui et ça fait peur. Les téléphones sont devenus une grande partie de notre vie donc l’idée de pouvoir se connecter à quelque chose auquel on ne peut pas se connecter, comme le passé ou les morts, est puissant. Il y a juste quelque chose à propos de ce vieux téléphone qui est bourré de métaphores à mes yeux.

SFMAG : Vous avez travaillé avec de grands réalisateurs. Pourquoi pensez-vous que Scott Derrickson est devenu une telle voix dans le genre de l’horreur ?
EH : Il sait ce qu’il fait et il comprend la géométrie et la mathématique du genre. Par exemple, certaines personnes savent faire une comédie, mais d’autres non. Donc en tant qu’acteur, vous pouvez être drôle sur un plateau, mais si le montage n’est pas bon, c’est perdu. La même chose va de pair pour les films qui font peur. Il y a une science sur ce qui fait peur, et comment l’utiliser pour raconter une histoire. « L’exorcisme d’Emily Rose » est l’un des films les plus terrifiants que j’ai vus, et comme « Sinister », et « Dr. Strange », un film hyper bien fait. En tant qu’acteur c’est bien d’être dans de bonnes mains et de savoir que vous êtes en sécurité et c’est ce que vous donne Scott Derrickson. Quand les gens savent ce qu’ils font, le travail est beaucoup plus facile. C’est comme un coach qui connaît exactement la position de ses joueurs et votre boulot, en tant qu’artiste, devient fun, car vous pouvez coloriser entre les lignes autant que vous pouvez en sachant qu’à la fin, toutes les couleurs vont correspondre et que votre dessin aura un sens.

SFMAG : Les acteurs disent que c’est fun de jouer le méchant, car vous pouvez aller au-delà du personnage. Êtes-vous d’accord ?
EH : Oui, parce que vous savez que le gentil va faire ce qui est juste, mais vous ne savez pas ce que le vilain va faire. C’est pour cela que vous voyez les acteurs s’amuser comme des fous en étant le vilain. J’ai eu la chance d’être au premier rang à voir Denzel Washington jouer une ordure dans « Training Day ». Mais pour le faire bien, vous ne « sautez pas sur le requin » comme on dit, vous continuez de jouer la vérité de votre personnage et votre réalité pour que le tout ait un sens.

SFMAG : Qu’avez-vous pensé du film quand vous l’avez vu terminé ?
EH : J’ai pensé que c’était le film le plus mature de Scott Derrickson. J’adore les réalisateurs qui font que le personnage se présente et il sait comment faire l’histoire. Les personnages et la réalisation cinématographique ne font qu’un. Quand vous voyez un genre de film comme celui-là qui semble aussi être personnel, vous réalisez qu’il y a un artiste qui essaie de créer quelque chose. Et j’aime le film comme ça. J’aime beaucoup « Sinister », même si c’est froid et noir, mais il y a une élégance et une chaleur sur « The Black Phone » que je n’avais pas vu avant chez Scott. C’est pour ça que je pense qu’il est devenu plus mature.

SFMAG : Nous voyons cela dans la relation entre le frère et la sœur…
EH : J’ai grandi avec une demi-sœur avec qui j’avais une connexion très puissante, et cette connexion entre frère et sœur, quand elle existe, est forte. Comment s’aimer malgré des circonstances difficiles, et de toute évidence les circonstances dans le film sont beaucoup plus difficiles que tout ce que j’ai vécu, et à mon avis, c’est le cœur du film. Surtout quand on les voit s’occuper de l’un et de l’autre et se battre l’un pour l’autre. Madeleine est merveilleuse dans le rôle, je les adore (Mason et Madeleine), et je pense qu’ils sont le film.

SFMAG : Vous n’avez de toute évidence pas écouté ce vieux dicton disant d’éviter de travailler avec des enfants et des chiens…
EH : Je pense que les acteurs qui disent ça ils le disent, car dans certaines scènes l’enfant ou le chien leur volent la vedette. La vérité c’est qu’avec un bon réalisateur, de bons jeunes acteurs, et un bon chien, tout peut être accompli.

SFMAG : L’histoire est excitante et surprenante d’une façon très intelligente, sans tricher envers le public…
EH : Oui, parce que typiquement vous sentez que le réalisateur essaie de vous surprendre quand ça n’a pas de sens. Mais avec les grands réalisateurs, comme Hitchcock, il y a un grand twist qui vous fait penser « Pourquoi n’ai-je pas vu venir ça ? » Ça c’est quand c’est bien fait… Au lieu de « Qu’est-ce que c’est que ce truc ? »

SFMAG : À quoi attribuez-vous le succès du producteur Jason Blum ?
EH : Très souvent, quand vous parlez du cinéma de genre, on essaie trop de vouloir divertir et vendre quelque chose qu’ils pensent que les gens veulent voir, mais ce qui est drôle est que ce que les gens veulent voir est ce que vous voulez faire, et pas ce que vous pensez qu’ils veulent voir. Donc soyez « vrai » envers vous-même et laissez les pions tomber où ils doivent. Jason Blum a compris ça depuis longtemps. Si vous laissez quelqu’un comme Scott Derrickson mettre sa vision du film, vous pouvez être le grand manager général qui non seulement embauche le coach, mais le laisse ainsi diriger l’équipe. Jason laisse les gens faire et à cause de cela les gens donnent le meilleur d’eux même. Comme ça, quand la troupe artistique s’amuse, le public aussi. Quand vous êtes sur le plateau avec Scott vous savez que c’est lui qui contrôle, ce qui n’est pas toujours le cas sur de gros budgets hollywoodiens.

SFMAG : Pensez-vous que le film peut nous aider à contrôler nos peurs ?
EH : La peur est présente dans notre quotidien, et la plupart du temps on ne sait pas quoi en faire. Donc la mettre sur un film ou sur une scène de théâtre a de la valeur, car au bout du compte ça nous apprend un peu à la contrôler.

SFMAG : Qu’est-ce qui vous fait peur dans la vie ?
EH : Les gens qui ne veulent pas s’écouter. Je pense que les deux années précédentes (Covid-19), ont été difficiles pour tout le monde, car nous essayions de savoir comment naviguer à travers la pandémie et notre peur de l’autre. Nous avons peur de tellement de choses tout le temps, et je pense que les arts peuvent nous aider à nous rapprocher.

Marc Sessego

Sincères remerciements à Boris Lobbrecht d’Universal International France pour nous avoir obtenu cette interview.

2) Joe Hill/Écrivain de la nouvelle et producteur exécutif.

SFMAG : Qu’est-ce que cela vous fait que votre histoire de « Black Phone » soit mise en film ?
JH : Tout d’abord, c’est un film tellement extraordinaire et je suis très reconnaissant que Scott Derrickson et Robert Cargill aient voulu en faire leur prochain projet. Je me sens incroyablement chanceux que quelqu’un prenne une histoire courte que j’ai écrite en 2004 pour 50 dollars et en fasse un tel film émotionnel, authentique, et vraiment terrifiant. « The Black Phone » a été publié dans un petit magazine d’horreur britannique puis il a fait partie de ma première collection, « 20th Century Ghosts ». Je l’ai écrit très rapidement sur environ une semaine, j’ai senti que cela pouvait faire une nouvelle et qu’il y avait plus d’histoires à raconter. Mais je n’avais pas tout à fait le courage de me lancer à ce moment-là, je n’avais pas encore de nouvelle publiée et je n’étais pas sûr d’y arriver. Puis, avançons de 15 ans, c’est intéressant de voir comment Scott Derrickson et Robert Cargill ont pris cette histoire courte et écrit pour l’écran ce qui aurait pu être une nouvelle.

SFMAG : Qu’est-ce qui vous a inspiré à l’écrire ?
JH : Je n’avais pas pensé à cela jusqu’à récemment et puis ça m’est venu soudainement. J’ai vécu dans une maison victorienne à Bangor, dans le Maine. Quand nous avons emménagé, le sous-sol était une sorte d’espace non terminé avec de la terre au sol, rempli de toiles d’araignées, de chambres dans la pénombre avec des murs en briques partialement exposés, des petits passages et un vieux téléphone qui ne fonctionnait pas. Il provenait certainement des années 30’ ou 40’ et il n’était branché nulle part. Donc ça doit être la genèse de cette histoire. Vous savez, une partie de ma fiction est basée sur des objets qui ne font pas ce que l’on veut ou ce à quoi on s’attend qu’ils fassent et l’idée d’un vieux téléphone qui sonne tout seul me frappe comme quelque chose d’effrayant.

SFMAG : Quels éléments de votre histoire courte sont dans le film ?
JH : Ce qui m’émerveille sur ce film c’est que tout ce qui a été écrit dans la nouvelle se trouve dans le film. Environ la moitié du film est l’histoire courte et ça a été développé. « The Black Phone » construit brillamment l’histoire et les personnages avec une grande intelligence émotionnelle. Il y a une richesse dans le film qui le rend dur à classifier, car il sort du genre ou de tout casier où vous penseriez le trouver.

SFMAG : Comment Scott Derrickson l’a-t-il enrichi ?
JH : Je pense que Scott Derrickson y a mis un super aspect personnel, qui se reflète sur sa propre enfance ayant grandi dans le Midwest pendant les années 70’, quand les enfants n’avaient pas de Smartphones dans leur poche, qu’ils n’étaient pas tout le temps sous le contrôle parental et se battaient dans le voisinage sans être vu. En ce temps-là, l’abus physique des enfants était plus commun, mais pas très commenté. Scott a réussi à raconter une histoire très personnelle sur comment c’était d’être un enfant à cette époque-là, l’a marié aux éléments de thriller super naturel que j’ai écrit. Et il s’est avéré que ces deux éléments se tissaient ensemble naturellement d’une façon incroyablement satisfaisante.

SFMAG : Qu’avez-vous pensé du script quand vous l’avez lu au départ ?
JH : J’ai eu des frissons et j’étais tellement excité que je ne pouvais pas m’asseoir sur ma chaise. Puis nous avons eu deux conversations à propos de décisions créatives et tout ce que je peux dire c’est que Scott Derrickson et Robert Cargill étaient d’incroyables collaborateurs. La vérité est que je n’ai pas eu besoin d’en dire beaucoup, car ce qu’ils m’ont donné a été super dès le départ. J’ai pensé que s’ils arrivaient à le faire produire ce serait l’un des plus gros coups chanceux de toute ma carrière, car c’est un script brillamment conçu. Puis j’ai vraiment espéré que ça se fasse, car vous avez tellement de choses qui sont en développement et qui n’arrivent jamais à l’écran. Donc je me sens très chanceux que le film ait été fait et ce qui en sorti est encore meilleur que ce que j’avais espéré.

SFMAG : Qu’est-ce qui vous a le plus surpris sur le film ?
JH : Je n’avais pas pensé à quel point le masque du Vilain était terrifiant, surtout avec ses différentes versions. C’était décrit dans le script, mais je ne pensais pas que cela deviendrait cette image iconique instantanée. Quand vous castez des enfants, vous ne savez pas quel va être le résultat et ce film tient par non pas une seule, mais deux performances d’enfants extraordinaires. Mason Thames et Madeleine McGraw sont absolument électrisants et il n’y a pas une seule fausse note chez eux. Les regarder, vous sentez que vous regardez de vrais gamins dans un moment de temps donné et pourtant ils sont frais et ne sont pas des archétypes ou des clichés. Ils sont très particuliers, uniques, et des individus fascinants avec lesquels on peut s’identifier. C’est juste remarquable quand tout se met en place. Vous avez ce masque que les gens ne sont pas prêts d’oublier, ces performances d’enfants ahurissantes, une situation très bien huilée au sein du supernaturel avec du cœur, et Ethan Hawke dans peut-être la performance la plus choquante de sa carrière.

SFMAG : Ethan Hawke joue le kidnappeur. Comment avez-vous conçu ce personnage terrifiant ?
JH : Quand j’ai écrit l’histoire, j’ai pensé un peu à John Wayne Gacy, et un autre meurtrier d’enfant des années 80’ dans la région de Boston qui m’avait impressionné. Des choses comme cela ne devraient jamais arriver, et il y a eu un cas particulier qui pour moi était comme une fracture noire dans notre monde. Une des choses que j’aime sur « The Black Phone », est qu’il redonne la voix et leurs forces aux victimes, d’une façon émotionnellement effective et pleine de sens.

SFMAG : La relation entre le frère et la sœur est très importante…
JH : Oui, et cet élément-là était un peu présent dans mon histoire, mais je crois que le film met l’accent sur ça et l’amplifie beaucoup plus, aussi bien émotionnellement que psychologiquement. La sœur de Finn, Gwen, a un don de medium, et on suggère que ce don est dans la famille, ce qui explique pourquoi lorsque Finn se retrouve bloqué dans ce sous-sol totalement insonorisé par le vilain, il peut entendre ce téléphone déconnecté le connectant à d’autres enfants que le fou a tués. En même temps Gwen a des flashes et maintenant la vie de son frère dépend peut-être de la façon dont elle va pouvoir le retrouver. Madeleine est incroyable dans ce rôle, et Mason donne une performance tout aussi puissante, donnant une ouverture et une gravité au rôle qui est frappante. C’est fascinant de voir ce personnage se creuser lentement pour trouver son propre courage.

SFMAG : Et le personnage d’Ethan Hawke en kidnappeur est vraiment mémorable…
JH : C’est une performance inoubliable. Je pense que ce personnage va hanter bon nombre de gens et leur causer des problèmes de sommeil. Le fait que nous ne pouvons pas voir son visage, à cause du masque, le rend encore plus terrifiant. Cela le déshumanise littéralement et en fait quelque chose d’inhumain et de démoniaque.

SFMAG : Que pensez-vous que Scott Derrickson y ait apporté en tant que réalisateur ?
JH : De la profondeur et un manque total de prétention. Il savait très bien quelle serait chaque scène. Il a très bien respecté la période et l’endroit, avec aussi un scénario hyper bien huilé, afin d’effrayer les spectateurs avec du suspense. En utilisant une métaphore de sport, Scott ne va pas au-delà de son sujet. Il y a juste cette puissance tranquille, discrète, à travers le film qui en définitive est une des raisons principales du pourquoi le film fonctionne aussi bien.

SFMAG : Qu’y a-t-il à propos de cette expérience communale d’aller au cinéma et d’avoir peur ? Il semble que les gens aiment ça depuis l’aube du cinéma ?
JH : C’est le fait de partager ce rush de terreur dans le noir, qui est une chose que nous aimons faire en groupe. Quelques fois on se sent bien quand on crie.

SFMAG : En parlant de cela, le film n’est pas ancré dans le style peur facile, mais plutôt ancré dans la vraie horreur.
JH : Oui, car Scott comprend comment fonctionne la vraie horreur. Dans les mauvais films d’horreur, les personnages n’ont pas de profondeur, puis un serial killer arrive et tue tout le monde comme on rétame tout au bowling. La bonne horreur est de donner aux gens de vrais personnages complets avec lesquels ils vont s’identifier, puis ceux-ci vont affronter le pire. Mais le public est là avec eux dans le noir, de la même façon que nous sommes dans le sous-sol avec Finney, espérant et en même temps en ayant peur que le téléphone noir sonne. La bonne horreur est à propos d’empathie, de compassion, et un investissement émotionnel complet, alors que la mauvaise horreur est une série de blagues sordides.

SFMAG : Qu’est-ce qui vous fait peur dans la vraie vie ?
JH : J’ai peur facilement, ce qui est probablement une bonne chose sinon je ne pourrai pas écrire des choses qui fassent peur.

SFMAG : Quelles furent vos influences pour écrire cette histoire ?
JH : Je pense que j’en ai eu plusieurs. Probablement la plus grande ce sont mes parents, car ils sont tous deux écrivains. Mon père est Stephen King, et quand je vois cette histoire je vois beaucoup l’influence de mon père. J’aime aussi beaucoup les histoires courtes de Ray Bradbury et Jack Finney. En fait, Finney Shaw a été nommé après lui, mais il n’y a pas eu d’influence spéciale sur « The Black Phone ». J’étais en train de découvrir ma propre voix à ce moment-là.

SFMAG : Avez-vous jamais pensé que je ça finirait par être ce film extraordinaire ?
JH : Non, pas dans mes rêves les plus fous. Quand l’histoire courte est apparue dans ce petit magazine d’horreur britannique appelé « The Third Alternative », je n’aurais jamais pu imaginer que 15 ans après cela deviendrait ce film merveilleux. Ça semble presque être trop beau pour être vrai.

Marc Sessego

Sincères remerciements à Boris Lobbrecht d’Universal International France pour nous avoir obtenu cette interview.


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