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"Elle qui doit être-obéie "
de
Rider Haggard

Editeur :
Terre de Brume
 

"Elle qui doit être-obéie "
de Rider Haggard



Au hasard d’une déambulation faite à Cambridge, deux amis érudits croisent par hasard le chemin d’un duo si mal assortis que le contraste saisissant qui les caractérise est tout aussi fort que l’envie de faire connaissance. Introduit auprès d’eux par son ami, l’éditeur et introducteur de l’histoire fraternisera avec le plus bel apollon jamais rencontré, un certain Léo Vincey. Ainsi que de son acolyte, le très disgracieux L. Horace Holly. Après un bref entretien, les deux duos se sépareront sur un quiproquo comique et un malentendu entre Sir Holly et le fringuant et magnifique Sir Vincey qui semblait moins effrayé par les femmes que son sage comparse. L’anecdote aurait pu s’en arrêter là si quelques semaines plus tard deux mystérieux colis accompagnés d’une lettre n’avaient été reçus par l’un des deux compères et éditeur de son état. A l’intérieur, une missive à confesse expliquant l’histoire effarante qui était arrivé aux deux amis si mal assortis. Une aventure qui les avait entraînés aux confins de l’Afrique mystérieuse, vers l’inquiétante cité de Kor nichée au creux d’un volcan éteint, et sa cruelle reine, Ayesha. C’est cette histoire que raconte « Elle qui-doit-être-obéie ». Une histoire qui va propulser le duo et leurs acolytes aux frontières du fantastique, de la folie mais également d’un amour éternel. Car Ayesha et Vincey ne sont pas si étrangers que ça l’un vis-à-vis de l’autre. Et si, comme dit la légende, ces deux là s’étaient déjà aimés ? Pas dans cette mortelle existence où tout a si peu d’importance mais il y avait bien longtemps de cela, dans une autre vie ? Une histoire d’amour qui aurait débuté il y a plus de 2000 ans, et qui se serait achevé par le plus injuste des crimes, celui de Kalikrates et l’impossibilité de réparer ce qui avait été alors brisé. Ce pourrait-il donc que…
La littérature coloniale a les qualités de ses défauts. Mais ici, c’est plus subtile qu’on pourrait le penser. A côté des clichés, des redites et des pires lieux communs du racisme blanc il se trouve comme une prodigieuse vacuité à des correspondances inattendues. Ainsi, si chez Rober Ervin Howard (1906-1936) l’altérité se situe bien dans ce rapport onirique réinventé entre blanc (Solomon Kane) et noir (le sorcier N’Longa), au moment même où se tisse ce lien infime transgressant le visu raciste et supérieur du colon sur le colonisé, chez Haggard cela se passe sur le plan sentimental. Comment ne pas donc voir cette Ayesha ou Aïcha comme l’idée presque inconsciente d’un amour qui brise les barrières raciales ainsi que les distances culturelles pour échafauder le subterfuge d’une relation enfin rendue possible. Léo Vincey, comme la réincarnation symbolique d’un amour originel passé. Ayesha, comme la sacrificatrice symbolique d’une femme emportée par la confusion. Ce remarquable renversement de rapport élude à la fois la blessure originelle et promulgue la résilience par la possibilité d’un métissage qui reste symbolique car symptomatique du dernier interdit de cette société victorienne : les liens hors mariage. Et tout ce qui va avec (famille, caste, niveau social, etc…) et sont toujours présents dans nos sociétés sécularisées. Toute la vie de Haggard sera le jouet de ses pulsions polygames. Toute son œuvre le restera de son désire inconscient monogame avec d’autres ethnies. Magnifique jeu des rapports contrariés, cet inoubliable récit nous rappelle enfin combien l’œuvre de Haggard est le modèle qui servira de base à toute l’imagerie d’une culture populaire qui finira par incorporer dans son rêve de pellicule et de papier non plus cet esclave devenu libre mais bien un homme devenu l’égal de tous les autres hommes. De Kipling à Edgar Rice Burroughs en passant par tout le cinéma du vingtième siècle, Haggard est un peu le père de toute cette culture là. Encore une remarquable réédition des mains d’orfèvre de Dominqiue Poisson qui s’est servi là des meilleurs traductions jamais faites pour en donner une quintessence unique aux lecteurs. Pour cela et pour un millier d’autres raisons Haggard est à relire.
Elle qui-doit-être-obéie, Sir Henry Rider Hagard, éditions Terre De Brume, traduit de l’anglais par Cécile Desthuilliers & Jacques Hillemacher, 310 pages 22 Euros.

Emmanuel Collot






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