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Ex Machina Machines, automates et robots dans l’Antiquité

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d’Annie Collognat &, Bernadette Choppin-Lebedeff

Des robots qui parlent latin et grec ? Il ne s’agit pas de science-fiction mais bien de la fabuleuse histoire des machines de l’Antiquité et de leurs ingénieurs de génie, du mythique Héphaïstos, dieu de la forge et patron des « techniciens », qui inventa le premier automate de l’histoire, aux réalisations surprenantes des « mécaniciens » grecs et romains dans tous les domaines de la « haute technologie ».
À travers une centaine de textes en traduction, cet ouvrage montre sous un angle original et divertissant aussi bien les robots imaginés par les poètes que les ingénieuses mécaniques des savants alexandrins ainsi que les premières réflexions des philosophes sur la question de l’intelligence artificielle.

Damien Dhondt

Auteurs : Annie Collognat &, Bernadette Choppin-Lebedeff, Précédé d’un entretien avec Cédric Villani _ Ex Machina Machines, automates et robots dans l’Antiquité _ Éditions Les Belles Lettres, Collection Signets (N° 33) _ juin 2020 _ Inédit, grand format, 342 pages (Bibliographie, Index, 3 Cartes _ 15 euros

Annie Collognat

Ancienne élève de l’École Normale Supérieure, agrégée de lettres classiques, Annie Collognat-Barès a enseigné le latin et le grec en Lettres supérieures au lycée Victor Hugo à Paris. Elle a écrit divers ouvrages concernant l’Antiquité et traduit en latin le 33e album d’Astérix, Le ciel lui tombe sur la tête (Caelum in caput ejus cadit) et le 1er album de la série Alix Senator, Les Aigles de sang (Aquilae cruoris).
Bernadette Choppin
Bernadette Choppin-Lebedeff, agrégée de lettres classiques, spécialiste d’Étruscologie, est l’auteur d’Alexandre le Grand (2014).

Des robots qui parlent latin et grec ? Il ne s’agit pas de science-fiction mais bien de la fabuleuse histoire des machines de l’Antiquité et de leurs inventeurs de génie. Le nouvel opus de la collection Signets, Ex Machina, propose un aperçu des sources antiques allant du mythique Héphaïstos, dieu de la forge et patron des « techniciens », qui inventa le premier automate de l’histoire, aux inventions fascinantes de Dédale et aux réalisations des « mécaniciens » grecs et romains dans tous les domaines de la « haute technologie ». À travers une centaine de textes réunis par Annie Collognat et Bernadette Choppin, cet ingénieux recueil nous montre sous un angle original et divertissant aussi bien les robots imaginés par les poètes que les mécaniques des savants alexandrins ainsi que les premières réflexions des philosophes sur la question de l’intelligence artificielle. Ce surprenant ensemble est précédé d’un entretien avec Cédric Villani.

Si Héphaïstos est le deus faber, Dédale est l’archétype de l’Homo faber : admiré pour son extraordinaire habileté technique, il est présenté comme l’artisan universel, sur le traditionnel modèle démiurgique, à la fois architecte, mécanicien, sculpteur, ingénieur, et les auteurs anciens lui attribuaient la paternité de nombre d’inventions plus ou moins mythiques. Socrate lui-même, avec un mélange d’ironie et de fierté, se revendiquait de « la lignée de Dédale », celle des sculpteurs, et il rattachait « la lignée de Dédale à Héphaïstos, fils de Zeus » (Platon, Alcibiade, 121a). Le nom même de Dédale, qu’on pourrait traduire par « l’Artiste », renvoie à l’adjectif δαίδαλος (daidalos), qui, au sens passif, signifie « qui est artistement travaillé », comme on l’a vu pour les daidala homériques (p. 49), et, au sens actif, « qui travaille artistement », « habile à travailler », d’où « ingénieux » et « astucieux ». Peut-être issu d’une racine indo-européenne portant l’idée de « tailler le bois », cet adjectif est très ancien puisqu’il est attesté en mycénien (linéaire B du XIIIe siècle av. J.-C.) sur deux tablettes de Cnossos.
Homère cite l’anthroponyme Δαίδαλος (Iliade, XVIII, vers 592) dans sa description du bouclier d’Achille : « L’illustre Boiteux y modèle encore une place de danse [χορόν] toute pareille à celle que jadis, dans la vaste Cnossos, l’art de Dédale a bâtie pour Ariane aux belles tresses ». Cependant, il convient ici de comprendre le nom grec χορός (choros, chœur) non comme un lieu de danse, mais comme une image de danseurs sculptés, saisis en plein mouvement. C’est ce que confirme le commentaire de Callistrate : « Dédale a innové jusqu’à atteindre le mouvement, et son art avait le pouvoir de dépasser la matière et de la mouvoir jusqu’à la danse » (« La statue de Memnon », voir p. 127).
C’est bien là précisément ce qui fait la gloire de Dédale, reconnu comme un modèle de référence pour l’art d’Héphaïstos lui-même : la capacité à produire une imitation parfaite du vivant par la représentation du mouvement. Une scholie du Ménon, dialogue de Platon, l’explique : « Dédale était un excellent sculpteur : il fut le premier à ouvrir les yeux des statues, si bien qu’elles avaient l’air de regarder, et à leur écarter les pieds, si bien qu’elles avaient l’air de marcher. Et pour cette raison, on les attachait pour qu’elles ne s’enfuient pas, comme si elles avaient été douées d’autonomie » (Ménon, 367).La figure de Dédale symbolise ainsi la période pendant laquelle la statuaire s’est affranchie du type rigide issu du xoanon (statue de bois) primitif pour manifester les premières apparitions du réalisme et de la vie dans la plastique. C’est pourquoi le sculpteur légendaire, qui passait pour avoir le premier représenté l’homme nu, non plus les jambes jointes, mais un pied porté en avant, dans l’attitude de la marche, incarne l’évolution technique et esthétique qu’a connue l’art grec aux VIIe et VIe siècles avant J.-C. : la conquête de l’expression du mouvement, ainsi que l’émergence de l’expressivité dans la figure humaine. Mais Dédale n’est pas qu’un sculpteur : il s’affirme comme l’homme de la technè et de la mètis, déployées à travers de multiples activités. Comme le souligne Jean-Claude Heudin, « l’art de Dédale n’était pas limité aux statues mais il s’étendait aussi à toute une série de simulacres et de prothèses : un avatar simulant une vache, des extensions du corps humain sous la forme d’ailes. Nous sommes donc proches, sur le principe, des différentes formes de la robotique moderne : robots autonomes, télé-opération, prothèses technologiques » (Les Créatures artificielles, Des automates aux mondes virtuels, o. c. in Biblio.).