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  Sommaire - Interviews -  Anthelme Hauchecorne, auteur de « Moitiés d’âme »


Interview de Anthelme Hauchecorne, auteur de « Moitiés d’âme »
Par Damien Dhondt

Dernier ajout : mardi 18 février 2020

"Anthelme Hauchecorne, auteur de « Moitiés d’âme » "

 

Vous êtes passés du fantastique à la fantaisy

Les hasards éditoriaux créent des occasions. J’ai écrit de la fantaisy parce que j’ai trouvé un éditeur qui croit à mon projet. D’autre part, comme le notre, ce monde connaît des conflits. En présentant des antagonistes, mais sans faire référence à aucune nation existante on porte un regard distancié.

On devine un immense background derrière l’intrigue.

Le background je l’alimente au fur et à mesure. Ce qui m’intéresse avant tout c’est la caractérisation de chacun des personnages. Après il faut expliquer. C’est avant tout la dramaturgie du livre. Je pose l’univers, je magnifie les épreuves que vont affronter les personnages. Je ne vais pas dérouler un background au risque d’assommer le lecteur. Le background vient pour magnifier les émotions. C’est dans cet ordre : le personnage, ensuite le background.

Quel est l’intérêt au sein de l’intrigue d’une magie qu’on ne peut pratiquer qu’à deux ?

Dans cet univers les Faëes peuvent faire de la magie seules. Mais les humains ne le peuvent pas. Sont-ils incomplets ? Plus limités ? Est-ce qu’on se suffit à nous-mêmes ? Est-ce que l’on dépend des autres ? Est-ce qu’il n’y a pas d’équilibre dans le fait d’être auto-suffisant ? Les personnages dans l’histoire sont constamment tangents. Tantôt ils sont des soutiens pour les autres, tantôt des boulets. C’est une question d’ambivalence. On est tous bourreau et victime, soutien et boulet. C’est cela les relations humaines. C’est ce qui fait qu’on suit un groupe de caravaniers dans l’histoire. Les lieux changent. Mais des liens existent entre les personnages. Les relations sont peut-être la seule chose solide.

Bon nombre de personnages dissimulent des choses à leurs compagnons de route.

Il faut que les personnages aient des aspérités. Ainsi, Rollon vit une romance triangulaire. La première pierre ce n’est pas une histoire ce sont les personnages. Si les personnages sont bien décrits ils feront la belle histoire. Mais pour moi c’est beaucoup plus intéressant de découvrir ces personnages lorsque cela fait sens avec l’histoire, plutôt que de procéder comme Stephen King qui balance des grosses crasses de caractérisation parce qu’il veut créer de l’empathie. Pour moi, cela peut venir après un événement. Le personnage commet un acte absolument incompréhensible, mais après seulement dans son passé on trouve la pièce de puzzle. Si on est un bon scénariste on apporte une pièce de puzzle qui s’insère à merveille dans les autres pièces qu’on avait déjà insérées. Cela explique, cela alimente, cela ne vient pas de nulle part.

Lorsqu’apparaît l’expression « Et sa garde prenait fin », cela rappelle quelque chose...

Oui, cela rappelle « Games of throne ».

... avec la guerre des cinq trônes et la femme géante guerrière.

Oui, tout à fait : Brienne de Torth. Les cinq trônes cela fait référence avec les quatre saisons et les humains. C’est la thématique des saisons et le thème des cinq, avec bien sûr une opposition quatre contre un. Ça, j’en avais besoin au niveau de l’intrigue. Je ne pouvais pas la conduire autrement. Brienne de Torth est un personnage que j’apprécie beaucoup. Ce qui me plaisait également c’était le côté extrêmement tendre d’enjeu paternel : le père qui emmène sa fille avec une troupe de soldats en espérant lui trouver un parti, alors même qu’il n’y a aucune autre femme à proximité. J’ai beaucoup apprécié ce petit côté un peu tendre.

Mais le père emmène le sergent avec eux.

Le sergent c’est plus un personnage avec lequel on doit faire, pas forcément de très bonne grace d’ailleurs, mais malheureusement on doit composer avec lui. Je ferais un petit bémol effectivement parce que le sergent est un personnage un peu trop haïssable. J’ai manqué un peu de place pour ce personnage. On comprend qu’il agit par devoir. Par ailleurs des événements l’ont rendu assez aigri. J’aurais aimé effectivement lui apporter un peu plus de nuances. Malheureusement à trop les développer les personnages secondaires on se perd dans des digressions.

De quoi traiteront les prochains tomes ?

Après l’hiver viendront le printemps, l’été, l’automne. Au printemps sera associé le désir.
J’essaie de prendre beaucoup de choses que j’ai vécues ou que j’ai lu pour avoir un vrai matériau de qualité. La fantaisy, c’est distrayant, mais on en sort avec une réflexion sur notre monde. On vit baigné dans le désir y compris des désirs médiocres. Ce sont les désirs qui nous élèvent et qui sont aussi sources d’intense frustration. Des relations nous mettent plus bas que terre. C’est bien de l’avoir vécu, même s’il y a des moments qui sont particulièrement durs à vivre. Quand on voit la bio des personnages on découvre qu’il n’y a pas de fumée sans feu. La profondeur qui s’exprime a une origine dans leur passé. Sur le plan des désirs on verra dans le tome 2 des personnes ayant des désirs un peu médiocres, des ambitions un peu médiocres et qui se découvrent une profondeur inattendue.

Le tome 3 ce sera la colère, l’été et la violence un peu méphitique, avec un lien avec la féérie et les légendes celtiques. L’été était la saison de la guerre chez les Celtes. Il fait beau. On a de la nourriture. Tout va bien. C’est parfait. On se fout sur la gueule.

Au tome 4 ce sera la fin d’automne, le pourrissement, le thème des bourreaux. Une jeune demoiselle doit tuer un dieu. Elle se demande comment tuer un concept. Comment tuer ce qui ne peut mourir ? Sachant que si elle ne le tue pas c’est elle qui est tuée donc, elle a un temps défini pour tuer cette créature.

Propos recueillis par Damien Dhondt

Lire la chronique du livre :
http://www.sfmag.net/spip.php?article14297


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