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  Sommaire - Films -  G - L -  Live by Night (Id.)


"Live by Night (Id.) " de Ben Affleck

 

Scénario : Ben Affleck, d’après le roman de Dennis Lehane
Avec : Ben Affleck, Brendan Gleeson, Sienna Miller, Zoe Zaldana, Chris Cooper, Elle Fanning.
Distribué par Warner Bros. France
128 mn - Sortie le 18 Janvier 2017 - Note : 3/10

Il y a deux Ben Affleck : il y a l’acteur, plus ou moins bon, qui a joué dans de très bonnes choses comme dans de très mauvaises – comme tout acteur à quelques très rares exceptions près, pas le temps de chercher là… - et qu’on a récemment vu coincé dans le costume de Batman même si le gars en a imposé au vu de son physique retravaillé pour ce rôle, et en tueur professionnel à la double vie dans l’excellent « Mr Wolff ». Et il y a Ben Affleck scénariste et réalisateur. Scénariste, avec un premier coup de maître, à savoir le scénario de « Will Hunting », co-écrit avec son pote Matt Damon, et qui leur valut à chacun le Golden Globe et l’Oscar du meilleur scénario original. Puis il coécrivit ses deux premières réalisations, les excellents « Gone baby gone » - tiré d’un des meilleurs romans de Dennis Lehane, interprété par son frangin, Casey – et « The town ». Ensuite Affleck réalisera l’oscarisé « Argo » et la voici aujourd’hui seul maitre à bord – scénario, réalisation, rôle principal – de « Live by night », tiré d’un roman de Dennis Lehane. Quatrième film, trop d’assurance, trop de mégalomanie ? Car premier vrai gros ratage.
Joe Coughlin (Affleck, mauvais choix de casting…) est un petit gangster. Rescapé de la première guerre mondiale, fils du chef-adjoint de la police de Boston, il vit de petits délits avec deux autres potes, tout en vivant dangereusement, comme en étant l’amant de la « régulière » d’un caïd local. Suite à un traquenard lié à cette dernière faiblesse, Joe s’allie avec un concurrent, et part en Floride, vers Tampa, pour gérer ses affaires. Là, il découvre un endroit propice à créer un nouvel empire, il y rencontre l’amour, il va se frotter à la pègre locale liée à la police et au Ku Klux Klan, au point de très vite devenir un empereur du crime organisé, mais dont la durée du règne sera rattrapée par son passé qui va le pousser à sortir de ses gonds, en même temps qu’il affrontera des ennemis différents, plus moraux et finalement plus dangereux que tous les autres.
Un roman épique, « fleuve » pourrait-on dire, une grande fresque criminelle – qui n’est pas non plus le meilleur de Lehane, ce dernier étant bien meilleur avec des histoires plus « minimalistes »… - pour une adaptation qui voudrait loucher vers le monumental « Il était une fois en Amérique » - dixit Ben Affleck… - et au bout du compte… Rien de tout cela. A un point que ça en devient impressionnant. Plus on avance dans l’histoire, plus on cherche quelque chose à quoi se raccrocher, un but, un personnage, mais rien de tout cela. D’office, il est évident que le casting n’est pas à sa place. Avec en premier lieu, un Ben Affleck qui n’arrive jamais à susciter une empathie vis-à-vis de son personnage, et ce malgré ses actes criminels. A ceux qui boudèrent « Mr Wolff » en pointant un Ben Affleck monolithique, on se demande ce qu’ils ont pu lui trouver ici : absolument pas à sa place, un petit rire libéré de temps en temps qui frise le ridicule et le mauvais jeu. Pour donner une comparaison, dans « Le Parrain », Don Corleone – et que ce soit De Niro ou Brando – malgré leurs horreurs, suscitent une certaine fascination, et on comprend pourquoi et comment ils mènent leur organisation criminelle. Ici, non, on ne comprend pas. Bon, second gros problème de casting, le reste de la distribution : les hommes de Joe Coughlin ont autant d’envergure qu’un quidam croisé dans la rue. Comment s’attacher à quoi que ce soit dans ces circonstances ? Et si au moins, le scénario et la mise en scène faisaient s’envoler tout ça, mais non, Affleck en réalisateur s’emmêle les pieds dans tout, sa caméra alourdit une intrigue déjà pesante, et quand enfin on arrive à terme, c’est pour se demander à quoi tout cela devait mener avant de s’en souvenir mais de constater l’échec de l’entreprise. Sincèrement, on l’attendait ce film. Et ce « Live by night » ne se voit sauvé par rien. Si, les fusillades, plutôt réussies, et Brendan Gleeson, peut-être le seul existant vraiment dans cette gigantesque histoire sur un rêve américain qui a un prix mais dont on ne retiendra rien dans ce film qui servira d’exemple. Et on ne comprend pas pourquoi on ne s’y intéresse si peu voir pas du tout. Ou si, on y arrive : il n’y a aucune passion dans cette histoire, ni dans les personnages, ni dans leurs actes, ni dans cette période de l’histoire du gangstérisme américain. Sergio Leone peut dormir tranquille, « Il était une fois en Amérique » ne sera pas supplanté par « Live by night ».

Stéphane THIELLEMENT

Lire 2800 chroniques de films dans le livre d’Alain Pelosato :
123 ans de cinéma fantastique et de SF : Essais et données pour une histoire du cinéma fantastique 1895-2019



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