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  Sommaire - Films -  S - Z -  Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge)

"Tu ne tueras point (Hacksaw Ridge) " de Mel Gibson

 

Scénaristes : Andrew Knight, Robert Schenkkan
Avec : Andrew Garfield, Hugo Weaving, Luke Bracey, Vince Vauhghn, Sam Worthington, Teresa Palmer
Distribué par Metropolitan Filmexport
131 mn - Sortie le 9 Novembre 2016 - Note : 10/10

Dix ans. Cela fait dix ans que Mel Gibson n’avait pas repris place derrière une caméra. Entre temps, tous ses excès qui, très rapidement, le flinguèrent dans la profession, au point d’en faire un banni. En tant qu’acteur, un retour officiel dans un film très moyen – « Hors de contrôle » - et dont l’échec au box-office commença à laisser entendre que Mel n’était plus aussi bankable qu’avant. L’excellente comédie de Jodie Foster, « Le complexe du castor », où l’acteur y démontrait son talent, se planta au box-office et confirma la chute. De grands projets tombés à l’eau – son histoire de vikings avec Di Caprio par exemple -, un très bon polar d’action directement sorti en vidéo dans le monde – « Kill the gringo », du grtand Mel ! -, une participation dans le troisième volet des « Expendables » qui s’avéra être également le moins bon succès de la trilogie, et cette année, Mel revint en acteur dans « Blood father », polar signé du français Jean-François Richet et dont seul l’acteur s’en tira avec les honneurs : sans lui, on peut oublier le film ! Et aux States, une sortie en VOD puis en vidéo et c’est tout. Mais on sent quand même une reprise en main de sa vie, et arrive enfin le choc : Mel Gibson repasse derrière la caméra, pour un film de guerre au sujet difficile, se voit sélectionné à Venise, et à la suite de la projection, « Tu ne tueras point » et son réalisateur sont ovationnés. Alors, le grand retour ? Oui, oh que oui, car Mel Gibson réalisateur, c’est quelque chose, et « Tu ne tueras point » le prouve magistralement.
A la fin de la seconde guerre mondiale, dans le Pacifique, Japonais et Américains se livrent des combats plus que meurtriers. C’est en un lieu précis, surnommé Hacksaw Ridge, que le soldat Desmond Doss va livrer la plus incroyable des missions de sauvetage. Doss s’était engagé mais refusait de prendre une arme. Après plusieurs mois, on lui reconnut le statut d’objecteur de conscience et l’armée l’accepta alors comme infirmier. Lors du débarquement à Hacksaw Ridge, les Américains devaient gravir une falaise haute de plus de cent mètres avant d’affronter les japonais. Après avoir subi de sanglants revers, les Américains se replient. Mais Doss reste en arrière et durant une nuit, va sauver des dizaines de vies, les descendant un par un au bout d’une corde…
Et Desmond Doss était également un fervent croyant. N’allez pas croire que Gibson en fait de nouveau un moteur pour ses convictions car, comme pour « La passion du Christ », cela est certes assumé mais intelligemment, à savoir qu’il y a un respect pour ceux qui ne croient pas. Et contrairement à ce qu’on peut penser, Gibson ne fait pas abstraction du pouvoir des armes, loin de là : « Tu ne tueras point » ne ferme pas les yeux sur la barbarie des batailles, sur le pouvoir des armes, ces dernières étant filmées sans honte. Non, il ne faut pas partir sur des à-priori avec ce film, juste y voir le portrait purement exceptionnel du courage d’un homme. Que ce dernier soit croyant, que Mel Gibson traite son sujet de façon christique, et alors ? C’est exactement ce que ressentait Doss, il conversait avec Dieu, il croyait, et cela lui donna la force de faire ce qu’il fit. Et de montrer comment Doss en est venu à tout cela, l’importance de sa foi pour lui, le regard des autres, les brimades, les questions, les acceptations, les reconnaissances, et les pardons. Tout cela au cœur d’un film de guerre impressionnant, bien scindé en deux parties – entrainement et exploits -, et le difficile combat d’un homme tiraillé, convaincu de ses croyances, et voulant de ce fait servir au mieux son pays en aidant du mieux qu’il le pouvait. Alors oui, il y a ces moments de foi mais qui sont en même temps confrontés aux incrédules et autres dénégateurs, mais qui justement associent une partie de nous autres pour mieux réagir face au courage de Doss, comme le fait son supérieur. Et c’est là qu’on voit tout le talent d’un cinéaste qui en plus de livrer une œuvre à la force impressionnante quant à la recréation de ce conflit, n’en oublie pas pour autant ses personnages, et son héros. Ce dernier étant parfaitement incarné par un Andrew Garfield – les deux derniers « Spiderman » - au top du top, tout comme il fait plaisir de voir que Vince Vaughn peut s’avérer aussi être un excellent acteur quand il veut. Mais surtout il y a la force d’un réalisateur qui a su s’approprier un matériau pour le transcender, tout en y insufflant toute sa force et ses convictions sans pour autant gêner qui que ce soit, pour ne parler que du courage humain dans des situations perdues d’avance. Enfin, à part des tristes sires qui n’ont d’autres buts que de critiquer avec facilité, car comment peut-il en être autrement quand on descend en flammes une telle œuvre ? Non, sans problème, « Tu ne tueras point » constitue sans nul doute le meilleur film de ce grand cinéaste qu’est Mel Gibson. C’est tout.

Stéphane THIELLEMENT

Lire 2800 chroniques de films dans le livre d’Alain Pelosato :
123 ans de cinéma fantastique et de SF : Essais et données pour une histoire du cinéma fantastique 1895-2019



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