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  Sommaire - Films -  A - F -  Brooklyn (Id.)


"Brooklyn (Id.) " de John Crowley

 

Scénario : Nick Hornby, d’après le roman de Colm Toibin
Avec : Saoirce Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen, Jim Broadbent, Julie Walters.
Distribué par 20th Century Fox - 113 mn - Sortie le 9 Mars 2016 - Note : 9/10
L’affiche donne le ton : les années 50, New-York, une jeune fille et sa valise. Le genre de film qui peut très vite faire fuir. Et pourtant, quelle monumentale erreur ce serait de passer ainsi à côté d’un des plus beaux films mélodrames romantiques vus depuis bien longtemps…
Vivant dans un petit village irlandais, Eilis Lacey décide, tout en étant poussée par sa sœur, de partir en Amérique pour tenter d’y trouver une vie plus riche que celle qui lui serait destinée sur son sol natal. Si les débuts d’acclimatation à New-York sont difficiles, renforcés par un déracinement qui la déchire, Eilis s’accroche cependant, pour ne pas décevoir les siens, et se prouver aussi qu’elle peut y arriver. Et en parallèle d’études, d’un job à mi-temps, Eilis finit par faire la connaissance d’un autre émigré mais italien, Tony. Une idylle nait entre les deux jeunes gens au parcours similaire. C’est alors que survient un drame qui rappelle Eilis en Irlande. Forcée de rester un peu plus longtemps, Eilis rencontre alors un autre garçon, Jim. Irlandais comme elle. Entre les attachements du passé et les découvertes d’un avenir différent dans un ailleurs encore inconnu, Eilis va devoir faire un choix qui sera celui de sa vie entière à venir.
Sincèrement on pouvait craindre le pire. Il n’en est rien. Ce portrait d’une adolescente tiraillée entre deux mondes, l’un rassurant issu de tout son passé, celui qu’elle connait par cœur, dont elle ne craint rien ; et l’autre, inconnu, différent, plus moderne, plus ouvert vers des lendemains qu’elle seule choisira de construire. En même temps, deux pays, l’Irlande coincée dans une situation économique si dure qu’elle en rend la vie des hommes et des femmes dure, rude, aigrie, malgré toutes les qualités autres du pays. Outre-Atlantique, la jeune Amérique du Nord, des villes en plein essor, un peuple composé de peuples, venus pour construire, vivre un rêve, se donner les moyens d’y parvenir, tout en conservant ses racines, en les entretenant, pour ne pas oublier d’où tout est parti. Et la branche irlandaise est très importante là-bas, l’Irlande a perdu beaucoup de son peuple avec une famine qui décima un tiers des siens, suivie du coup par un exode massive vers les Etats-Unis. C’est donc dans ce contexte, dans l’essor des années 50, que va évoluer Eilis, qu’elle va gagner en force de caractère, en jugement, en femme. Pour interpréter ce personnage, Saoirce Ronan livre une prestation qui lui valut une nomination à l’Oscar de meilleure actrice pour cette année. A la fois fragile puis devenant peu à peu maitresse de sa vie, osant contrer les vieilles coutumes et autres habitudes de son environnement natal, elle est l’archétype de la pionnière qui franchira le cap pour vivre sa vie. Tout cela magnifié par une réalisation certes classique de John Crowley (jusqu’ici, rien d’extraordinaire, mais des petites choses dans chacun de ses films qui donnait envie de voir le prochain…) et en même temps soignée, parfaite, romanesque à souhait, sachant allier la beauté, l’émotion, la force, les doutes, au travers du destin de cette jeune irlandaise. Alors oui, ça n’était pas gagné d’avance mais au final, « Brooklyn » est une magnifique réussite qui laisse son empreinte même après la toute dernière image…

Stéphane THIELLEMENT



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