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  Sommaire - Films -  S - Z -  Suburra (Id.)


"Suburra (Id.) " de Stefano Sollima

 

Scénario : Sandro Petraglia, Stefano Rulli, Carlo Bonini & Giancarlo de Cataldo, d’après un roman de Giancarlo de Cataldo & Carlo Bonini
Avec : Pierfrancesco Favino, Alessandro Borghi, Claudio Amendola, Greta Scarano, Jean-Hughes Anglade.
Distribué par Haut & Court.
130 mn - Sortie le 9 Décembre 2015 - Note : 10/10

Il y a quelques années, quelques décennies même, le cinéma italien s’était fait maitre d’un certain style de polar politico-mafieux qui au bout du compte, et malgré l’adoration de certains, s’avérait assez souvent pesant. Depuis, le genre s’est tari, jusqu’à une résurrection orchestrée avec brio par Michele Soavi et son superbe « Arrivederci, amore, ciao », et moins de brio avec les films de Michele Placido. Et puis on découvrit « Gomorra », la série Canal Plus sur la mafia actuelle, et d’un des réalisateurs, sortit discrètement voir dans la clandestinité la plus totale, « ACAB » (soit « All cops are bastards ») sur le quotidien des flics anti-émeutes. Inégal mais bon, le nom du réalisateur commença à se faire remarquer. Déjà qu’il l’était à la base, étant le fils d’un des Sergio de la grande époque du western spaghetti, à savoir Sollima. Et fiston, aujourd’hui âgé de 49 ans, de commencer à se faire un prénom. Lequel est aujourd’hui définitivement acquis au nom, puisque Stefano Sollima livre avec « Suburra » un magistral polar noir italien, ambitieux, énorme, riche, violent, émouvant, une fresque incroyablement bien écrite, une baffe dans la gueule qui va ientôt être démarquée en série pour Netflix, et gagne haut la main un total respect et d’être à son tour un « grand » avec le sublime « Suburra ».
Rome, divers quartiers, riches, pauvres, dangereux, populaires. Voulant dominer tout un pan du littoral, la mafia envoie ses hommes de main pour faire plier les récalcitrants. Sénateur grande gueule, Filipo Malgradi finit ses journées politiques dans des débauches sexuelles qui ce soir-là se clôt par la mort par overdose d’une très jeune escort-girl. Lâche, il laisse à sa maitresse le soin de faire tout disparaitre. Surnommé le Samouraï, il gère depuis des années tous les trafics et autres guerres de clans de Rome. Il sait aussi utiliser les plus hautes sphères du Vatican pour parvenir à ses fins. Numéro 8 est un tueur à la solde du plus puissant. En tuant un concurrent, il déclenche une vendetta orchestrée par les tziganes, autre famille puissante des quartiers sud. Tous ces destins vont finir par se réunir pour aboutir à une apocalypse de violence, déclenchée par la corruption politique et des jeux de pouvoirs qui perpétuent les actes mortels et ravageurs d’une cité qui connait cela depuis l’Antiquité.
Au début, on est largués, paumés, choqués, effarés par ce qu’on voit : sexe, violence, torture, chantages, assassinats. Et ce au travers d’une galerie de personnages dont on n’arrive pas à situer leur place sur cet échiquier de puissances et autres dominations. Et puis, peu à peu, tout se met en place, s’imbrique, et on suit inexorablement l’autre vie de Rome, celle sous la coupe d’un Berlusconi et qui servait les intérêts des plus puissants, sans s’occuper des autres. Peu importe les moyens, seul compte le résultat. Se déroulant sur une semaine jusqu’au déclenchement d’une apocalypse de morts de toutes sortes, une fois les pions placés et les enjeux révélés, on suit jusqu’à l’inexorable conclusion, le quotidien baignant dans la violence et autres crimes de toutes sortes, la nouvelle chute de Rome. Encore une fois, tout cela est d’un côté magnifiquement rédigé, et également, servi par une mise en scène implacable, grandiose, servant à merveille la recréation d’un tel univers. Stefano Sollima trouve enfin ici un sujet à la hauteur de son talent, et livre une fresque grandiose sur la chronique annoncée de la destruction d’une ville étouffant dans ses vices les plus sordides. Et de faire ainsi de « Suburra » un vrai chef-d’œuvre du genre comme l’Italie ne nous en vaait pas servi depuis longtemps. A ne rater sous aucun prétexte, c’est plus qu’évident.

Stéphane THIELLEMENT



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