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  Sommaire - Films -  S - Z -  Strictly Criminal (Black Mass)


"Strictly Criminal (Black Mass)" de Scott Cooper

 

Scénario : Mark Mallouk & Jez Butterworth, d’après le livre de Dick Lehr & Gerard O’Neill
Avec : Johnny Depp, Joel Edgerton, Benedict Cumberbatch, Kevin Bacon, Dakota Johnson
Distribué par Warner Bros. France
122 mn - Sortie le 25 Novembre 2015 - Note : 8/10
Les Etats-Unis ont une histoire relativement très jeune par rapport à l’Europe, ou d’autres continents. Et en même temps, on retrouve là-bas le record le plus affolant de serial-killers, de présidents assassinés – pour une nation aussi puissante, s’entend – et également de destins de gangsters. C’est donc logiquement que le cinéma s’empare souvent de ces pans de leur « histoire » pour servir de scénario à une « histoire vraie » qu’on trouvera rarement ailleurs. Dans les gangsters, le plus connu restera Al Capone, mais ce serait oublier les frères James – ben oui, quand même ! -, Dillinger, Frank Lucas – devenu célèbre grâce à « American Gangster » de Ridley Scott – et d’autres dont ce James « Whitey » Bulger, totalement inconnu au bataillon il y a encore quelques semaines chez nous, mais qui par le biais de ce film, va voir sa renommée découverte…
Au début des années 70, à Boston, James « Whitey » Bulger est un petit malfrat de quartier au casier judiciaire déjà bien rempli. Un de ses anciens potes d’enfance devenu agent du FBI lui propose alors un marché assez singulier : devenir une sorte d’indic pour les fédéraux pour faire tomber la pègre italienne, et en contre-partie, lui aura une paix royale. Ce que Bulger va vite saisir comme une sorte de permis de tout faire-, de laisser-passer pour élargir son champ d’action dans la criminalité, et ce dans tous les domaines, même le trafic d’armes avec des branches de l’IRA histoire de se donner une bonne conscience bien à lui. Et en plus de tout ça, le frère de Bulger est un sénateur très en vue dans l’état. Voici donc son histoire…
Si « Strictly criminal » - titre français de « Black Mass »… Allez comprendre ! – a titillé rapidement la curiosité, ce n’est pas pour le retour de Johnny Depp, dont la carrière et les choix n’intéressent plus grand monde tant il cabotine le plus souvent du temps – mais à cause de son réalisateur, Scott Cooper. Cooper, on l’a découvert avec un chouette premier film, « Crazy Heart », portrait d’un chanteur de country magistralement interprété par Jeff Bridges qui décrocha du coup l’Oscar pour ce rôle. Ensuite, Cooper fit encore plus fort avec le très noir, violent, et fataliste « Les brasiers de la colère » qui voyait Christian Bale en ouvrier sidérurgique d’une région pauvre de là-bas pourchasser à mort l’assassin de son frère, lequel avait été exécuté par un Woody Harrelson qui n’avait jamais été aussi inquiétant. Bon seul souci, et comme on peut le deviner au travers d’un mot repris ci-dessus, on pensait assez beaucoup à la première partie de « Viyage au bout de l’enfer ». Et dans « Strictly criminal », on pense souvent à certains films de Martin Scorcese, pour des séquences un peu trop copiées parfois. Seule différence, c’est qu’avec Cooper, ce milieu de banditisme reste et demeure un univers pourri, violent, dangereux et surtout, pas du tout, mais alors, pas du tout fascinant, à l’inverse des récits Scorcesiens. Passé ce constat, on suit une biographie étonnante et consternante sur une période américaine, où la corruption était limite honnête aux yeux de certains, où flics et voyous se confondaient souvent, plutôt bien écrite, réalisé avec l’âpreté adéquate pour n’être qu’observateur et non pas complice, dans un contexte d’époque parfaitement bien recréé, et où même Johnny Depp surprend, plutôt en retenue, en équilibre parfait - malgré un look qui rappellerait celui d’un vampire ! – et bien entouré par un casting d’excellente tenue, avec mention spéciale au surdoué du moment, Joel Edgerton. Et pour son troisième film, Scott Cooper arrive à faire quelque part du neuf avec du vieux, livrant ainsi un nouveau portrait d’une « célébrité » américaine comme seuls les Etats-Unis peuvent en concevoir. Pas très glorieux pour leur image, mais on ne peut s’empêcher d’y trouver un intérêt tant tout cela semble être du cinéma qui au final, reflète une réalité qui a bien existé. Alors peut-être est-ce là son film le plus « de commande », mais en l’état, Scott Cooper continue de nous faire croire en lui, pour un prochain qu’on espère cette fois-ci strictement personnel, et définitivement enfin totalement puissant. Car il peut y arriver, et même « Strictly Criminal » le confirme.
Stéphane THIELLEMENT



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