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  Sommaire - Films -  A - F -  American Sniper (Id.)


"American Sniper (Id.) " de Clint Eastwood

 

Scénario : Jason Hall, d’après l’autobiographie de Chris Kyle
Avec : Bradley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes.
Distribué par Warner Bros. France
132 mn - Sortie le 18 Février 2015 - Note : 9/10

Après s’être un peu égaré dans des projets mineurs comme « La dernière chance » ou trop académiques comme « J. Edgar », Clint Eastwood revient sur le devant de la scène avec les honneurs. Et surtout pour ce qui constitue à ce jour son plus gros succès commercial, dépassant les 300 millions de dollars de recettes rien qu’aux States. Pourtant, son film suscite la polémique. Bon, ça ce n’est pas nouveau, ça existera toujours. Mais de là à tirer trop vite des conclusions, non, quand même pas. Car « American sniper » est un pur Eastwood, une œuvre dont la réflexion est laissée libre à chacun, même avec un tel sujet, même avec un tel personnage.

Au lendemain du 11 septembre, Chris Kyle décide de s’enrôler dans l’armée. Envoyé en Irak, ses aptitudes au tir le font se diriger vers une section d’assaut où il sera un sniper chargé de protéger ses troupes. Très vite, Kyle aligne un impressionnant tableau de chasse, sans faire cas de la différence de cible, mélangeant hommes, femmes et enfants. Chez lui, Kyle est marié, devient père mais l’homme devenu un pur soldat, a du mal à renouer avec cette vie. Car pour lui, son absence sur le terrain risque de coûter la vie à d’autres soldats américains.

C’est ce changement dans la personnalité de l’individu, qui est montré au travers de ce portrait d’un pur patriote devenu soldat et même d’élite puisqu’étant sniper. Chris Kyle est du concentré d’américain droit dans ses bottes, pour qui toute atteinte à son pays est une atteinte à lui-même. Et l’homme de devenir excellent dans son « art », n’hésitant pas à tuer - exécuter, si on veut - femme ou enfant à partir du moment où cela représente une menace pour ses frères d’armes. Kyle s’arroge ainsi un rôle protecteur qui va paradoxalement, lui nuire dans sa vie privée, l’homme n’étant plus que l’ombre de lui-même quand il rentre. Et en parallèle, il côtoie des soldats complètement traumatisés, déshumanisés, sur le terrain qui eux n’ont qu’une envie : retourner au bercail. Sous la caméra de Clint Eastwood, sous l’œil de ce cinéaste de 84 ans, ce portrait de super-soldat devient le portrait d’un homme persuadé du bienfondé de sa mission, qui se laisse peu à peu gangréner par sa « mission », au point de ne plus exister quand il rentre auprès des siens. Eastwood s’approche au plus près de Chris Kyle, sans porter de jugement comme à son habitude, mais en faisant en sorte de nous montrer tout pour qu’ensuite, on décide simplement de ce qu’on peut en penser. Soldat ? Patriote ? Monstre ? Homme ? Père ? Mari ? Tout ça à la fois. On a toutes les cartes en main, on a plongé dans l’enfer de ce soldat quand il est sur le front. Et si « American sniper » n’est pas aussi puissant qu’un « Démineurs », c’est parce qu’il est peut-être aussi trop construit comme un film d’action, solide et remarquable certes. Mais en tant que tel, il n’y a pas à plonger dans une polémique, juste à découvrir une des œuvres maîtresses de la carrière de cet immense bonhomme du Septième Art, véritable légende vivante, qui arrive encore à donner une puissance rare à une œuvre telle que cet « American sniper ».

Stéphane THIELLEMENT



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