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  Sommaire - Films -  M - R -  Men, Women & Children (Id.)


"Men, Women & Children (Id.) " de Jason Reitman

 

Scénario : Jason reitman & Erin Cressida Wilson, d’après le roman de Chad Kultgen
Avec : Adam Sandler, Jennifer Garner, Rosemarie DeWitt, Dean Norris, Ansel Elgort, Judy Greer
Distribué par Paramount Pictures France
119 mn - Sortie le 10 Décembre 2014 - Note : 9/10

En deux films, Jason Reitman n’est plus resté « le fils de », mais il est bien devenu un cinéaste. En même temps, les avis vont varier pour savoir quels sont ses meilleurs deux films par rapport aux deux trois autres qu’il a fait. En l’occurrence, beaucoup vont citer « Juno » qui au bout du compte ne casse pas trois pates à un canard. Alors que « In the air » révéla déjà quelqu’un de plus mature sur certains sujets. Puis vint l’excellent « Young adult » avec Charlize Theron en auteur à la vie privée foireuse qui retourne dans le bled de son enfance, où elle était la star du lycée, la collectionneuse de superlatifs, celle qui sortait avec le capitaine de l’équipe de football. Sauf que tout un chacun a continué sa vie, sauf elle. Et deux ans plus tard, Reitman change de registre avec une romance plus grave, le très beau et réussi « Last days of summer » où Josh Brolin est un évadé qui se réfugie dans la maison de Kate Winslett, en tombe amoureux, purgera deux bonnes décennies de taule avant de la retrouver. Point commun à tous ces films (incluant même « Juno » et « In the air ») : un regard juste sur ses protagonistes, des sentiments passés au microscope, des vies à venir, des vies gâchées.

« Men, women & children » constitue le plus juste, réaliste, portrait de gens qui cherchent l’amour, se cherchent eux-mêmes, quel que soit leur âge, sans rien trouver parfois, prisonniers qu’ils sont de chaînes qui les empêcheront de vivre au mieux leur vie. Et ce qui accentue cette quête presque perdue d’avance, c’est qu’aujourd’hui, tout passe par la technologie au travers des portables, des tablettes, des émissions qui falsifient la réalité pour en donner une vision aseptisée, faisant passer l’humain, les sentiments, après, pour mieux les modifier comme on a envie de les modifier. Un couple qui bat de l’aile, une adolescente vivant dans la quête du star-system, une ado timide qui accepte n’importe quoi pour ne pas perdre la face, des outsiders qui vivent en marge et finalement s’en sortent mieux en partageant concrètement leurs sentiments et autres envies, une mère trop rigoureuse ou inquiète qui voit le mal partout, un homme qui cherche à se reconstruire après le départ de sa femme... Mélange de destins qui s’entrecroisent mais adroitement, peut-être un poil trop long, un poil trop clichés pour certains, mais tellement juste pour le reste, pour cette frénésie actuelle de ne pouvoir parler qu’au travers d’un écran, par le biais de courrier électronique trop parfaits et qui ne laissent plus de place à l’erreur, mais qui peuvent en créer d’autres. Jason Reitman passe ce panel au microscope, s’en éloigne pour mieux nous ramener à la réalité, livrant un film qui à un moment donné interpellera chacun(e) suite à une image, une impression déjà vue, ou vécue, ou entendue. Au milieu de tout ça, des acteurs qui ne tirent pas la couverture à eux (Adam Sandler est simplement juste, comme quoi quand il veut...), qui se révèlent encore plus que dans leur précédent (Ansel Elgort, vu cet été dans le très beau « Nos étoiles contraires », confirme son énorme potentiel, faut juste qu’il passe à un autre registre maintenant), des mini-intrigues qui mises bout à bout - et malgré quelques petites faiblesses donc - constitue ce film passionnant, révélateur de notre époque, et dont l’émotion finale fait mouche, car elle ne passe pas par un réseau social, mais juste par le cœur de deux humains qui s’aiment...

Stéphane THIELLEMENT



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