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  Sommaire - Films -  A - F -  Et l’homme créa la femme


"Et l’homme créa la femme" de Frank Oz

 

Et l’homme créa la femme (Stepford Wives)
Réalisé par Frank Oz

Avec Nicole Kidman, Bette Midler, Matthew Broderick, Christopher Walken, Faith Hill, Glenn Close, Roger Bart, Jon Lovitz.

Comédie fantastique

2/10

Présidente de TV Networks, Joanna Eberhart est licenciée suite au dérapage meurtrier provoqué par l’une de ses émissions de télé réalité. Sombrant dans une profonde dépression elle part avec ses enfants, et sous la pression de son mari (Matthew Broderick) , pour Stepford, petite ville bourgeoise du Connecticut, afin de se soigner. Or, Stepford est une bourgade pour le moins étrange. Tous les gens sont animés de pensées positives, il semble y régner un bonheur permanent à l’image de ces femmes, ménagères modèles et bimbos idéales pour l’homme, des femmes crétines, belles et bornées qui semblent toutes formatées selon le même modèle. Des soupçons qui cachent un terrible secret........

Remake, Remake, quand tu nous prends.

Oui, mais encore faut-il tenir la ligne. C’est que tout est question de crédibilité dans les remakes, or cette nouvelle version live (Bryan Forbes en avait tiré un film un peu pâlot jadis) du roman de Ira Levin se révèle être la pire réalisation faite à ce jour, à tel point qu’on finit par se demander si le film n’en est pas une parodie. Exit la satire sociale et le basculement irrémédiable vers l’horreur absolue et aseptisée du premier film qui avait au moins la volonté de retranscrire le climat du livre de Levin. Au lieu de ça nous avons une espèce de grosse farce stupide où les acteurs n’ont aucune crédibilité. Christopher Walken, magnifique acteur, apparaît complètement anonyme, comme si on lui avait interdit de vivre son rôle comme il le fit jadis si brillamment. Matthew Broderick, en mari fade et stupide, apparaît plus comme la retranscription masculine du complexe de la femme frustrée, et Nicole Kidman avec ses gesticulations donne plutôt l’impression de régler ses comptes avec Tom Cruise, de fustiger les absences de Tommy et les carences de son couple. Matthew Broderick d’ailleurs ressemble furieusement à Tommy.

Alors allez savoir ce qu’il en est......A moins que Nicole ait un grand besoin d’argent, ce qui justifierait ce film poussif où elle a bien voulu se perdre.

Du roman sur l’émancipation féminine de Ira Levin il ne reste malheureusement rien. Les dialogue sont insipides, attendus, stéréotypés et calibrés comme des produits sortis d’usine. Il faut savoir que nous ne sommes plus dans les années 70 où il était question de l’émergence des banlieues parallèlement à celle des femmes, de la pilule et du droit à l’avortement. Oz a voulu établir un passage entre les deux films, du moins était-ce sa démarche. Ainsi, de la condition des femmes décriée dans le premier film, Oz aurait voulu passer à un slogan bien "Force de vente" du genre "Nobody is perfect" et donc donner une farce sympa où finalement tout le monde s’en sort bien, et qu’il faut mieux se comprendre, et je vous en passe, et des plus crétines. Rajouter un couple gay n’y change rien, l’entreprise de Oz s’écroule sur ses bases foireuses.

Nicole kidman fait ce qu’elle peut en gémissant, s’excitant contre son mari qui change peu à peu, et cette société fermée sur elle même. A tel point qu’elle fâchera un moment son mari et son mari alors n’est pas content et lui déclare qu’il a envie de divorcer. Alors Nicole provoquera un terrible coup de théâtre en s’exclamant "j’ai tort". Matthew Broderick se retourne alors, on dirait qu’il tente de lire un texte sur un bout de papier, et lui pardonne. Alors là on est consterné et on rit sans pouvoir se retenir devant cette scène surréaliste à l’attention des gros ânes. Le pire, c’est lorsque la salle entière se met à rire au moment où il ne faut pas. On peut aussitôt s’imaginer un temps un lampiste s’écriant "Arrêtez, c’est pas bon, je n’ai pas levé la pancarte Rires". On est en plein show et on supporte vaillamment ces 1 heure 33 de pellicule gâchée. Le générique a des airs de Dany Elfman et c’est le meilleur moment du film. Mais n’est pas Tim Burton qui veut et la fin est confondante de nullité où les maris sont punis, ils ont compris la leçon et vont faire les courses à la place de leurs compagnes. Quand au thème du robot, ben faut dire qu’on ne comprend pas trop. L’une d’entre elles tombe en panne à un moment et Christopher Walken (Mike Wellington) la répare comme un Robot en imprimant un mouvement de dévissage sur sa tête. Or, à la fin du film il nous sera révélé qu’en fait les femmes de Stepford sont des femmes comme les autres mais qu’elle ont été en quelque sorte lobotomisées par des puces implantées dans leurs cerveaux. Et Walken, lui, se révélera être le vrai Robot. On a dû rater un wagon là.....

Glen Close est poussive mais remplit son contrat, même si elle non plus ne semble pas vraiment y croire. Il semblerait que ce soi Bette Midler qui s’en sort le mieux, délicieuse dans le rôle de cette femme écrivain en manque d’inspiration, seule lumière dans ce grotesque montage. Elle vole la vedette à kidman qui elle attend vite d’être payée ainsi que le retour de son tommy.
Le plus étonnant et le plus insultant à l’intelligence dans ce film c’est cette fallacieuse critique de la société américaine que le script se donnait pour profession de foi. Bien sûr c’était un peu écrit à l’avance et voilà qu’on a droit comme à une explication des travers de la société américaine par le biais des fameux lobbies. Alors à chaque "petite bite" du cénacle masculin qui tient la bourgade de Stepford de dire qu’en fait ils sont complexés par les femmes, complexés par leur infériorité nouvelle face aux femmes. De fait, ils pensent justifier leur société idéale. On croit rêver. Comme si Microsoft, Mac Donalds, etc.... étaient les méchants mais pas les autres. On a l’impression humiliante de subir un réquisitoire par l’administration de Bush des Lobbies ennemis. D’ailleurs pourquoi donc ne citer que Jesus dans le film comme archétype de la société américaine alors que la vétusté de son idéologie est plus à chercher dans la vieille Bible dans un sens plus large.

Ce qui fait dire à un Georges Bush "oeil pour oeil, dent pour dent " ou "Dead or alive" est la parfaite illlustration de ce Biblisme frauduleux proposé à une masse de Bikers racistes relevant plus des WASP (White anglo-saxon protestant) que d’une quelconque religion et encore moins des vrais bikers épris de liberté comme les films américains nous les ont souvent montré. Ceux qui auront la critique plus acerbe relèveront donc cette explication d’un "politiquement correct à rétablir". On se mettrait presque à genoux si une quinte de fou rire ne nous prenait pas soudain devant cette singerie politisante voulant faussement régler ses comptes avec les travers d’une société, mais qui se révèle plutôt au final que comme un réajustement idéologique, fustigeant certains lobbies et en oubliant d’autres autant contestables.

Un film à ne voir que pour se faire une idée d’une caméra au service du politiquement correct et de l’hypocrisie d’une société qui refuse de se comprendre et d’accepter le monde comme un tout fait de différences, non pas un monde sous l’égide d’un dieu de courroux comme celui qui a fait s’asseoir Bill Clinton devant ses juges de moralités, mais un monde fait de femmes et d’hommes en recherche d’accords et de compréhension sous l’égide de la raison. Mais une raison qui ne sera pas érigée en dogme, une raison qui aura évité le piège du totémisme et de ses fanatiques inhérents au processus de l’adoration. La société religieuse américaine a peut-être oublié d’habiter poétiquement le monde au profit de cette "incarnation" dans la vie qui rend tellement familier et même au groupe et si étranger au monde comme autre. Ce qui expliquerait mieux ce film au formol.

Emmanuel Collot



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