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  Sommaire - Films -  S - Z -  Spring Breakers (Id.)


"Spring Breakers (Id.)" de Harmony Korine

 

Réal. & scénario : Harmony Korine
Avec : James Franco, Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson, Rachel Korine.
Distribué par Mars Distribution
92 mn
Sortie le 6 Mars 2013

Note : 7/10

Déjà, une affiche qui ne reflète pas vraiment le vrai contenu du film, une affiche qui fait plus penser à de la comédie US teen-ageresque bovine et débile sur fond de plaisirs balnéaires post-estudiantins. Du « Porky’s » version 2013 quoi ! Sauf que « Spring breakers » est bien loin de cette image pré- ou post- pubère pour ados boutonneux. Ce serait plutôt l’envers du miroir, la dure réalité, le cauchemar caché par le rêve, ou encore plus simplement, quand la réalité reprend sa place, triste, implacable, à en mourir pour y échapper.
Quatre étudiantes, copines depuis les bancs de l’école, décident de s’extirper de la morosité de leur lycée perdu d’une bourgade perdue pour aller s’éclater sur les plages de Floride et passer ainsi le plus déchirant des « spring break », à savoir s’éclater totalement avant de repartir prendre les cours. Sans argent, elles rencontrent lors de soirées, quelques personnes qui après les avoir menées en taule, les libèrent pour mieux profiter d’elles. Comme Alien, qui va les initier aux choses situées hors des lois, comme savoir manier un flingue, dealer, profiter un max du moindre dollar qu’on puisse gagner illégalement. Sauf qu’Alien n’est rien d’autre qu’un minable, qui va finir par déranger la pègre locale, et qui transformera alors ces « spring breakers » en véritables machines à tuer dépourvues de tout sens moral...
Et tout cela n’a rien de drôle, ni d’agréable, ni de fantasmant. Harmony Korine, découvert avec son portrait d’une Amérique plus vraie que nature, mais totalement inconnue de la grande majorité des américains eux-mêmes avec « Gummo », s’attache ici à remettre les pendules à l’heure d’une autre Amérique, celle de fun, du culte de la beauté, de la simplicité d’une vie facile rêvée le temps de quelques jours avant de retourner s’enterrer dans un quotidien limite basique dont chacun(e) ignore tout des lendemains que cela donnera. L’argent aisé, sexe, soleil, plage, insouciance totale, cela n’existe pas pour la vie, on peut juste y toucher, l’effleurer ; le vouloir pour plus longtemps, pour tout le temps, c’est s’exposer au danger, à un retour de flammes qui peut être fatal, surtout si on n’est pas taillé pour. Et même dans ce cas-là, l’espérance de vie ne sera pas longue, et dépasser les limites constituera un voyage sans retour, le début de la fin, la chronique d’une mort annoncée. C’est tout cela que décrit « Spring breakers », par un traitement qui peut agacer et ennuyer dans sa première moitié, avant d’asséner en coups de massue l’inexorable réalité qui attend ces pauvres âmes perdues que sont ces adolescents en quête de facilité pure. Après une plongée dans la vie de glande débile d’une jeunesse perdue, son film prend alors la direction d’un trip qui met de plus en plus mal à l’aise au fur et à mesure que se profile le destin de ces filles. L’étude sociale cède la place au polar noir, au final pouvant faire penser à celui de « Thelma & Louise », mais en moins poétique, en plus sombre, en plus inexorable, en plus glauque. Et de se dire en sortant que cette affiche n’aide en rien une œuvre qui vaut mille fois plus, une sorte de voyage au bout de la nuit sans espoir de revoir le jour. Certes, la mise en forme manque parfois de subtilité, mais dans l’ensemble, le but est atteint et d’avoir du coup un autre regard sur cette période de perdition d’une jeunesse qui ne sait plus où elle en est, et surtout, où elle va...

St. THIELLEMENT



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