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  Sommaire - Films -  A - F -  Anna Karenine ( Anna Karenina)


"Anna Karenine ( Anna Karenina) " de Joe Wright

 

Scénariste : Tom Stoppard, d’après le roman de Leon Tolstoï
Avec : Keira Knightley, Jude Law, Aaron Taylor-Johnson, Matthew McFadyen, Emily Watson.
Distribué par Universal Pictures International France
131 mn
Sortie le 5 Décembre 2012

Note : 10/10.

Un des plus grands classiques de la littérature. Une œuvre souvent adaptée au cinéma ou à la télévision. Un roman fleuve quand même assez casse-pieds à lire mais portant en lui de superbes moments de romance et d’amour impossible. Qu’est-ce qui pourrait faire qu’on ait envie d’aller voir une nouvelle adaptation de « Anna Karenine » au cinéma ? Faire du neuf avec du vieux, d’accord, mais les réussites sont rares. « Les liaisons dangereuses » de Stephen Frears, et même la version ado pourris-gâtés de Roger Mitchell, « Cruel Intentions ». Et il y a quelques années, sept pour être exact, la surprise totale que fut « Orgueil & préjugés » d’après le roman de Jane Austen. Dur à lire, effectivement. Mais magnifiquement adapté et mis en scène par un petit nouveau, Joe Wright. On sort de son film transporté, ce dernier ayant réussi à rendre vivant comme jamais les héros de Jane Austen. Son film suivant est encore plus fort : « Reviens-moi » démontre avec maestria que le coup d’avant, coup d’essai, était un coup de maitre, et que Joe Wright n’a pas son pareil pour rendre vivant et violent les forces des sentiments amoureux, même dans une seule pièce. Le temps de deux autres films - « Le soliste » et le polar d’espionnage « Hanna » - ne convainc guère. Est-ce un hasard si Wright revient à quelque chose de plus « classique » pour lui, domaine dans lequel il sera le plus performant ? Non, pas vraiment. Et le voir s’atteler à « Anna Karenine », c’est déjà un pas en avant pour découvrir ce qui pourrait être l’adaptation référence de l’œuvre de Tolstoï.
A la fin du 19ème siècle, à St Petersbourg, la belle Anna Karenine mène une vie de rêve. Mariée à un haut dignitaire russe, son temps se passe entre l’éducation de son fils, les fêtes et autres activités aristocratiques auxquelles son rang lui donne droit. Un jour, en se rendant chez son frère lui donner des conseils quant à sa vie maritale, Anna rencontre la comtesse Vronski avec elle se lie. Mais c’est surtout la venue du fils de cette dernière, Vronski, à la gare qui va perturber sentimentalement Anna. En quelques regards, l’amour est né. Rentrant chez elle, elle fait tout pour l’oublier mais Vronski la suit et Anna cède à cette liaison qu’elle sait interdite. Pourtant, Anna va de plus en plus prendre conscience de son amour pour Vronski, qui va bien au-delà d’une simple passade. Mais autour d’elle, la rumeur enfle, son mari poussé par son entourage et son statut à respecter, lui ordonne de mettre fin à cette adultère qui scandalise toute la ville et sa société. Pour Anna, seul son bonheur amoureux prime et quand acculée, elle devra faire un choix, c’est celui de l’amour qui prévaudra.
Du roman, toute la passion amoureuse constitue le sel du récit, ce qui enflamme par la plume inspirée de Tolstoï, faisant se succéder les pages à un rythme effréné. Par contre quand arrive les descriptions de la société russe du moment, là, c’est autre chose... Pour Joe Wright et son scénariste Tom Stoppard, c’est surtout la passion amoureuse d’une respectable aristocrate russe qui va faire revivre « Anna Karenine » au cinéma. Et on ne peut que rester admiratif devant la force et la maitrise de Wright qui n’a pas son pareil pour rendre vivant dans tous les extrêmes que cela peut signifier la beauté et la pureté de l’amour de cette femme pour son amant. Vivant et torturé, vivant et violent, vivant et passionnant, vivant et désespérant, une histoire d’amour sublime car pure, charnelle, passionnelle, destructrice à force de ne pouvoir être vécue comme elle le devrait. Wright capte chaque geste, chaque regard, chaque émotion qu’il s’approprie pour mieux en rendre le cœur, l’intensité. On retrouve dans « Anna Karenine » les mêmes forces du réalisateur que celles inoculées à « Orgueil & préjugés », et surtout « Reviens-moi ». A ce jeu, Joe Wright est un pur orfèvre. Mais là où il fait encore mieux, encore plus fort, c’est dans le choix volontaire de faire des lieux de vie de son film, des scènes de théâtre où là également, il donne une puissance qui, après l’étonnement d’un tel choix, amplifiera la portée romanesque de son film, donnant là-aussi, vie à l’inanimé, rendant vivant des décors peints en eux-mêmes superbes, et faisant oublier à tout spectateur où il se trouve si ce n’est dans une splendide histoire d’amour, en une autre époque, en d’autres lieux... A une époque où les prouesses techniques ne cessent d’avancer, découvrir un tel film, qui fait enfin vivre une des plus belles histoires d’amour de la littérature de façon aussi magistralement vivante, procure une sensation limite inédite. Et en tant que telle, juste en tant que telle, cette version de « Anna Karenine » est un pur joyau, ce qui dans le Septième Art se nomme aussi un chef-d’œuvre.

St. THIELLEMENT



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