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  Sommaire - Interviews -  Florent Siri (Otage)


Interview de Florent Siri (Otage)
Par Stéphane Thiellement

Dernier ajout : samedi 25 février 2006

"Florent Siri (Otage)"

Florent Siri en compagnie de Ben Foster

Voir la chjronique du film
Otage

Florent-Emilio SIRI signa ses deux premiers films, l’intimiste « Une minute de silence » sur les mineurs du Nord de la France et l’excellent « Nid de guêpes ». C’est grâce à ce dernier que Bruce Willis le remarqua et lui demanda de signer la réalisation du polar « Otage » qui vient de sortir en DVD. Un polar d’action certes mais avec une touche européenne, une différence notable qu’on perçoit tout au long de ce qui constitue le meilleur de Bruce Willis depuis « Une journée en enfer », et pour Florent SIRI, une excellente carte de visite au vu de la réussite du film. Résidant à Paris, on ne pouvait échapper à l’envie de rencontrer un des nouveaux grands du genre, et à revenir sur « Otage », certainement le meilleur polar de 2005.

Vous avez commencé avec un film plutôt personnel, « Une minute de silence », puis arrive le choc « Nid de guêpes », le genre de film qu’on est content de voir en France parce qu’il prouve qu’il y a encore des amateurs de films de genre et qui en plus se révèlent très doués...

Merci.

Et là, on vous retrouve aux commandes d’un polar américain, avec Bruce Willis en tête d’affiche ? Comment s’est produit cette rencontre qui, à priori, est due justement à « Nid de guêpes » ?

Oui, c’est lors de sa présentation à l’American Film Market que des contacts avec de grands noms du cinéma américain se sont noués Mais il faut dire une chose avant, c’est que malheureusement pour le producteur et le distributeur, « Nid de guêpes » n’a pas rencontré le succès escompté en salles. Par contre, en DVD, il a été un de plus gros succès connus. Et il s’est très bien vendu à l’étranger, déjà à Cannes ensuite à l’AFM donc. Et à l’issue de la projection là-bas, déjà il a été applaudi, ce qui est rare, ensuite, il y a eu des contacts avec les producteurs connus, des agents, etc... Tous adoraient le film. En fait, ils ne le voyaient pas comme un film français mais comme un très bon film d’action. Et les américains sont toujours demandeurs de « sang neuf » pour leur cinéma et avec « Nid de guêpes », ils ont vu un film qu’ils rêvaient de faire mais qu’ils ne pouvaient pas faire, à cause de certains paramètres liés à des histoires de production des studios, des happy-end, etc... « Nid de guêpes » ne possède pas les caractéristiques type d’un polar à l’américaine, c’est un film noir, et qui ne se termine pas vraiment en happy-end : on « remakerait » le film aux States, le pompier s’en sort, et il y aurait moins de morts en général chez les gentils ! Bon, j’ai eu de la chance, j’ai choisi une agence qui représentait des grands noms d’Hollywood comme Michael Douglas, John Woo, Bruce Willis, la Warner, etc...

Et aujourd’hui avec « Otage » qui s’en sort mieux en vidéo qu’en salles, il y a toujours des retombées pour vous ?

Bien sûr ! Bon, j’ai fais un choix, difficile, celui de revenir en France pour faire des films en France, parce que j’ai une liberté plus grande certes liée à moins de moyens, mais c’est mon choix. On m’a proposé 3 films aux USA après « Otage » que j’ai refusés pour des raisons professionnelles mais aussi personnelles, j’ai une famille ici et bon... En même temps, j’ai dans mes tiroirs des projets que j’aimerais proposer ici et là-bas. Mais je veux garder mes choix. Mes deux premiers films s’adressent au public français mais avec une vision plus internationale du cinéma, plus large.

Personnellement, je vois que dans mes films de genre en DVD, en pur français il y en a peu mais en américain, bien entendu, j’en possède plus parce que eux, outre les moyens, leur cinéma est mieux fait sur ces plans là et parfois, ils font un amalgame de plusieurs tendances surtout avec un œil « étranger » qui ne peut que mieux servir leurs histoires et donc leurs films.

Oui, exactement. Dans « Otage », même si c’est de l’action, on s’intéresse plus aux personnages. Même le héros est présenté de façon peu positive puisqu’il échoue dans la libération d’otages et on voit Bruce Willis qui ne peut empêcher la mort d’un enfant, bon, ben c’est rare ça...

Si, ça s’est vu dans « Code Mercury »...

Ah bon ? Je n’ai pas vu « Code Mercury », ni tous les films de Bruce au passage... Et il y avait une scène avec la mort d’un enfant ?

Oui, Willis était négociateur, ça foirait et il se reprochait la mort d’un enfant. Et il trouvait un retour à la vie en protégeant un gosse autiste... Autrement, pour revenir à « Otage », ce que vous dites sur les personnages se retrouve aussi un peu dans « Nid de guêpes » , ce qui peut expliquer l’échec du film pour un public plus habitué à voir du polar plus calibré...

Non, mais « Nid de guêpes » n’a pas marché en salles, c’est vrai mais en DVD, ça a été un carton. Un record à l’époque, qui a explosé le ratio normal d’un DVD par rapport à la sortie salles. Son échec peut s’expliquer par le fait que l’insécurité baignait les actualités, les élections donnaient Le Pen au second tour, l’affiche montrait des mecs avec des flingues, le casting a été mis en avant au détriment du suspense, c’est pour ça que j’ai changé le visuel pour le Collector pour montrer avec cette image de silhouettes qu’en plus de l’action, c’est aussi un thriller, il fallait travailler le mystère. Aujourd’hui, on est très frontal, on fait très dans le « pop-corn movie » à la française, action dans le giron Besson, quoi. Mais ça ne marche pas tout le temps non plus et pas pour tout.

Justement, les américains y ont vu autre chose, une approche différente. Bon, moi, ça m’a rappelé un film en particulier, mais si tous les films en rappelaient d’autres avec autant de qualités, ce serait génial...

Ils y ont vu quelque chose d’original, des personnages plus consistants que d’habitude. En France, on a vu ça comme un remake du film de Carpenter, « Assaut », mais je suis d’accord, hein, je le revendique. Mais les américains eux, n’ont pas vu ça, ils ont vu un film qui retrouvait une certaine tradition du genre comme le fit « Assaut « à son époque, qui rappelait « Rio Bravo », donc un retour au western, et pour eux « Nid de guêpes » retrouvait tout ça, voir en plus le film catastrophe même ! Ca fait partie de leur culture. Pour moi, « Nid de guêpes » se nourrit de tous ces genres que j’adore, c’est l’association de personnes contre un ennemi commun, je me réfère à tout ça.

En même temps, en tant qu’hommage, « Nid de guêpes » est bien meilleur que le remake officiel. Moi, j’adore « Assaut », un remake arrive, je pensais voir un polar très urbain vu les premières images, il n’en est rien, tout est convenu dès le départ...

Je dirais plus simplement que quand on part d’un chef-d’œuvre, on n’en fait pas un autre. Un remake pur et dur, je trouve que ça ne sert à rien, c’est ridicule. On m’a proposé le remake du « Trou » (note : polar de Jacques Becker se passant en prison), j’ai refusé, je considère ce film comme un chef-d’œuvre. On peut remaker un mauvais film et en faire un bon. Mais pas l’inverse.
« Nid de guêpes », c’est pioché dans plein de références classiques du cinéma populaire que j’adore.

Et on retrouve aussi tout cela dans « Otage » mais pareillement, pour certains, ce sont de graves défauts, ce qui nuit au film. Je me souviens, à la première projection, je savais qui y allait, on a des goûts similaires, et quand il m’a dit que c’était génial, tous les défauts énumérés ailleurs ne tenaient pas, j’en étais persuadé et cela m’a été confirmé quand j’ai vu le film... Tout est justifié par l’histoire.

On m’attendait au tournant pour « Otage », et parfois, je me suis fait allumer grave. Par exemple, on m’a reproché l’usage de ralentis pour certaines scènes comme lorsque Bruce Willis court, quand il descend les escaliers, avec la musique religieuse derrière. Mais j’adore cette scène moi, c’est une de plus belles du film. C’était justifié par le fait qu’il doute qu’il puisse arriver à temps, qu’il y a tellement de sentiments qui se bousculent en lui... C’est très dans l’esprit du cinéma des années 70, ça aussi.

Justement, quand on vous a proposé ce scénario, avec en plus Bruce Willis en tête d’affiche, est-il facile de toucher certains aspects, de le remodeler à vos goûts, votre inspiration par rapport au sujet ?

Bon, moi après « Nid de guêpes », j’étais sur un autre projet de film français, je n’en parlerais pas parce qu’il est toujours viable, je dirais. Bon, le financement était difficile à trouver, il l’est toujours d’ailleurs. Je suis parti sur la demande de mon agent à Los Angeles parce que des gens voulaient me rencontrer pour de projets, comme Michael Douglas mais avec qui le projet n’a pu se faire faute de budget aussi. Et ensuite Bruce Willis mais ce n’était pas dans l’immédiat. Ensuite, j’ai rencontré John Woo qui a plus joué le grand frère avec moi en me disant ce qu’il fallait faire ou non à Hollywood. Finalement, Bruce m’a rappelé pendant mes vacances, me disant qu’il avait un autre film qu’il voulait faire, qu’il ne m’en avait pas parlé parce qu’un autre était sur le coup, et que là, suite à l’abandon d’un autre projet, celui-ci était libre et le poste de réalisateur aussi. J’ai toujours pensé que tu serais parfait pour ce film, je t’envoie le scénario, donne moi ta réponse dans les 2 heures. Ce que j’ai fait, je lui ai dit que j’aimais le scénario mais que son personnage méritait d’être plus développé. J’aimerais l’emmener vers une direction plus loser, à l’inverse de « Die hard » donc, pour lui faire subir une sorte de quête de rédemption. Et Bruce a aimé ça, il était d’accord. J’ai quelques idées, rajeunir les kidnappeurs, en faire une sorte de gosses comme ceux de Columbine University. Enfin, je voulais faire de la maison un personnage et non pas une simple maison de banlieue à la Spielberg. Ce qui inscrivait aussi le film dans un contexte huis-clos que j’adore, une de mes références cinématographiques, c’est « 12 hommes en colère » par exemple. Et là, j’avais un double huis-clos, à l’intérieur et à l’extérieur, ce qui fait un double piège. Et qu’on joue plus sur la notion de double otage aussi, présente initialement mais renforcée dans ma vision du film. Et il m’a dit que c’était super. Et là, il a été très fort parce qu’il a racheté le film à la Paramount pour le produire seul parce que la Paramount ne voulait pas de moi à cause du projet avec Michael Douglas, l’argument était qu’ils ne confiaient pas de film à un « first time director » pour un film américain alors qu’en fait c’était un prétexte pour refuser le film à Douglas. Donc, Bruce possédant les droits du livre, il a repris ses billes et trouver un autre financement. Ensuite, on m’a rattaché un scénariste pour retoucher le script selon mes notes. Je me sentais en totale confiance, même si par la suite, tout n’a pas été de tout repos. J’ai choisi chaque acteur, il y a eu des petites batailles comme c’est souvent le cas. En plus, je choisis en fonction non pas de la filmographie mais sur un essai d’une scène. Mon seul gros problème a été Ben Foster, parce qu’il le trouvait trop jeune. Il a été refusé une première fois, puis je lui ai fait faire un essai en secret, maquillé, fausse moustache, et là, il l’a remporté haut la main. On m’a demandé aussi pour sa fille s’il ne m’avait pas forcé alors que non, il y a eu un essai, positif et elle a été engagée. En plus, Bruce a vécu cette relation encore plus fortement du fait de sa véritable paternité avec elle...

Ca se sent je trouve...

Ah oui, parfois, il était plus que dans le rôle, il le vivait, je peux vous l’assurer. Je vais vous dire, pour vous montrer le grand acteur qu’il est, pour toute scène difficile, il sortait la photo de sa fille avec le flingue pointé sur elle, et là, il se mettait dans la peau du shérif. J’ai vécu des moments avec lui incroyables d’intensité comme la scène ou l’enfant meurt dans ses bras, vous ne pouviez pas lui parler, il était en pleurs, détruit. Non, quand il est motivé, passionné, c’est un super acteur. Et il m’a accordé sa confiance, j’ai pu avoir mon équipe française de « Nid de guêpes »

Et au niveau du ton du film, comment vous avez obtenu d’avoir... En fait voilà, pour moi, un film d’action américain, c’est plutôt costaud, rond, bien poli, si je devais donner une image. Ici, la tonalité est différente, plus européenne, ce qui ne signifie pas ébréchée mais au contraire, l’action et la violence y sont plus acérées, aussi tranchantes qu’un scalpel.

C’est lié au personnage. Bruce Willis a une image de pur héros, déconneur, musclé, invincible. Moi, je voulais l’emmener vers une dimension plus réaliste, plus vraie, avec plus de faiblesses, et de cela nait aussi d’autres personnages similaires tout en étant opposés. Les méchants sont de véritables tueurs qui n’ont pas le temps de faire de l’humour, les kidnappeurs des amateurs dont un complètement dingue. Tout cela donne cet aspect tranchant. Et j’ai essayé de créer une mise en scène au service de ce réalisme, donc qui parfois peut sembler plus stylisée pour certain s. Et tout ça pour qu’on croit à ce type. Putain, c’est Bruce Willis qui a sauvé dix mille fois des gens et moi, je veux qu’on croit à ce personnage différent, traumatisé. Alors d’accord, ce n’est pas de la violence euphorisante, spectaculaire mais simplement plus réaliste. Vous savez pour moi, la scène la plus dure à tourner a été celle de la mort de l’enfant.

Autre source de critique négative, que je ne partage pas...

Mais j’accepte aussi les critiques négatives !

Non, non, je ne dis pas ça pour ça mais si je ne dis que du positif, on va penser que je fais du publi-rédactionnel donc je reprends certains avis négatifs comme ceux liés à l’aspect parfois mystique de certaines scènes, que je trouve parfaitement logique dans ce scénario. Et on ne vous a pas demandé de ne pas trop appuyer sur ces séquences ?

Non, non, parce qu’elles vont avec l’histoire. Pour moi, c’est une rédemption positive. Vous savez, je ne suis pas croyant donc inclure ces séquences n’a rien à voir avec moi. J’ai juste appliqué le principe de dire « Qui veut les sauver doit plonger dans les abymes » ce qui a une connotation mystique, voir païenne. Mais complètement liée aux personnages. Je suis très marqué par le Scorcese qui parle de rédemption, comme Abel Ferrarra. Et la scène finale était logique par rapport au personnage de Ben Foster qui retrouve en la fille une sorte de pureté perdue. Et les test screenings nous donnaient raison, on avait un taux de satisfaction énorme, près de 82%. Et en fait tut le film parle de ces notions indirectement, on vit tous avec nos fantômes et nos traumas. Ce sont des notions très fortes dans le film noir, ça. Et s’y confronter peut aider à retrouver la vie, donc cette rédemption si recherchée.

Maintenant, à propos de l’édition DVD zone 2 du film, vous allez en faire une édition comme vous le souhaitez ou similaire au zone 1 ?

Ben le zone 1 est très pauvre, Bruce Willis a interdit le plateau aux journalistes pendant le tournage. Pourquoi, ça, faudrait lui poser la question même si je pense qu’il se méfie beaucoup d’eux par rapport à la sécurité de sa fille, l’aspect people, et en plus il est très timide et pudique. Donc, quand il se met à nu dans un film, l’équipe est soudée mais il ne souhaite pas que l’extérieur s’en empare à d’autres fins, tu vois. Il avait peur de ça, donc le DVD zone 1, nada ! Pour le zone 2, j’ai essayé de rendre hommage aux collaborateurs principaux de ce film, les techniciens français, les américains au travers de certains acteurs, du scénariste, etc... C’est pas le truc « Un français à Hollywood » mais c’est « Comment une équipe travaille ensemble », la genèse, le story-board, j’ai pu faire tout ce que je voulais, tout. C’est donner la parole à chacun.

Et quand vous travaillez ainsi sur les bonus de votre film, quand vous le revoyez, il n’y a pas de moment où vous regrettez certaines séquences qui auraient pu être plus fortes. Et d’ailleurs et avant tout, comment vous situez « Otage » dans votre filmographie par rapport à un film personnel comme « Une minute de silence », un polar intense comme « Nid de guêpes »...

Déjà, je ne voulais pas refaire de film d’action après « Nid de guêpes », ça c’est sûr. Il s’est trouvé que j’étais en panne sur mon projet français, je travaillais aussi sur « Les rivières pourpres 3 », on n’était pas content du scénario, et Bruce Willis qui vous appelle. Bon, ma motivation n’est pas venue du fait de bosser là-bas avec lui mais plus comment en tirer quelque chose de stimulant, de différent, de ramener ça à moi. Et « Otage », c’est à la fois ma vision du cinéma américain dans ce genre et à la fois des thèmes qui me sont proches comme celui de la famille, la connotation sociale... Je pense que « Otage », c’est pas un scénario que j’aurais eu envie d’écrire, c’est une commande mais j’ai essayé d’y ramener des thèmes qui me sont proches, des codes du genre que j’aime avec la possibilité de diriger une star, ce que je n’avais encore jamais fait. Bon, et puis c’état un vrai challenge de partir un an et demi là-bas pour faire ce film, mais je ne voulais pas faire n’importe quoi, donc je le revendique à 100%, car j’ai eu la chance d’y conserver aussi mon identité

On sent que même si c’est un film d’action, il contient aussi des éléments personnels tant techniques que scénaristiques, vous avez conservé votre identité dans « Otage »...

La seule chose que je regrette un tout petit peu sur « Otage », c’est que je référais un « cut » de 1h53 qui a été abandonné au profit d’un « cut » d’1h47, le premier laissait un peu plus d’air à certain personnages. Mais dans le cinéma américain, on sacrifie souvent beaucoup sur l’autel du rythme, ils sont très à cheval là-dessus. En gros, si vous voyiez les deux versions, il n’y aurait pas de différence majeure mais inconsciemment, l’émotion serait plus forte. Ce sont des petites choses. Des plans avec trois secondes de plus parfois, c’est peu mais... Ils sont sur le rythme, moi, je suis sur les personnages. Mais bon, c’est aussi la politique des studios américains, contrôler le réalisateur... Ce n’est pas majeur encore une fois, mais pour moi, ça respirait encore un petit peu plus le film européen...

Vous considérez que vous avez eu votre « final cut » ?

Oui. Je l’ai eu par la force des choses. C’est un grand mythe le « final cut » aux USA, surtout du point de vue de l’Europe. En fait, c’est quoi le « final cut » : c’est le droit du réalisateur à dire qu’on ne touche plus à son film une fois fini. Très peu l’ont, et sinon, souvent sur un seul film, un gros succès comme Jackson sur « King-Kong » à cause du monumental succès du « Seigneur des anneaux ». mais si « King-Kong » se plante, ça risque de changer. Scorcese l’a mais si il dépasse son planning de 10 jours, ça saute. En fait, le final cut c’est quand tout le monde veut le même film et donc cela repose souvent dans les mains du réalisateur. Moi, ils m’ont demandé de raboter un peu, vu la requête, je n’ai pas fait ma tête de cochon, hein, et donc, je considère que je l’ai eu. Ils avaient adoré le premier montage. Mais bon, parfois, chacun veut son film et là, on perd son film. Moi j’ai failli perdre le prologue parce qu’un type venu de je ne sais où voulait changer sa mise en place, ça a duré 2 mois. Et j’ai montré à Bruce les deux versions, la mienne et celle demandée par le gars et il a reconnu que la mienne était parfaite, fonctionnait très bien mais que l’autre cassait tout. J’ai gagné comme ça.

Au final, vous vous considérez comme chanceux ?

Oui, chanceux qu’un acteur comme Bruce Willis m’accorde sa confiance sur un film qu’il produit, qu’il me protège par rapport au studio. En France, j’ai plus de libertés c’est certain ; là-bas, j’ai d’autres moyens et quand ils sont entre les mains d’une star qui vous accorde sa confiance, oui, j’ai été chanceux. C’est une industrie qui vous donne tous les moyens souhaités. Bon, il y a des défauts comme ces réunions incessantes, c’est des bagarres tous les jours en même temps. Maintenant, je reviens en France, je suis un jeune réalisateur, je n’ai fais que trois films, c’est plus dur. Aux USA, la décision aurait déjà été prise...

Dernière question : pourquoi Florent-Emilio SIRI est devenu Florent Siri ?

Ca, c’est les américains qui avaient beaucoup de mal avec mon prénom, donc je l’ai raccourci. En même temps, c’était un peu pour dire aussi que je ne suis pas à l’origine du scénario. J’aime « Otage », je le revendique, mais il n’est pas sorti de mes tripes, ce n’est pas pareil. Voilà, c’est pour ces deux raisons.

Propos recueillis par St. THIELLEMENT, Octobre 2005


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