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  Sommaire - Interviews -  Thierry Di Rollo


Interview de Thierry Di Rollo
Par Par François Schnebelen

Dernier ajout : samedi 10 avril 2004

"Thierry Di Rollo"

Auteur de trois romans qui ont provoqué de vives réactions, Thierry Di Rollo est un écrivain qui se démarque par des histoires, un style bien à lui, et ne fait pas de concessions à la mode. Lire Di Rollo, c’est savoir que l’on va passer de l’autre côté du miroir, celui qui fait mal, sans tricher et sans fard. Pour la sortie de La Lumière des morts, SF Mag va à la rencontre de cet auteur atypique, qui se révèle très attachant et répond en toute franchise à nos questions.


Pourriez-vous brièvement vous décrire ?



42 ans, programmeur système Unix. Quoi d’autre ? Italien d’origine, j’adore manger un bon plat de pâtes ou une pizza. Pour le reste, ça me regarde.


Je suis écrivain depuis mes treize ou quatorze ans, après avoir lu Chroniques martiennes ; je me cantonnais à la rédaction de courts textes rédigés d’un seul jet – ce n’était pas très bon. Depuis 1986, d’une manière plus “ sérieuse ”.


À travers La Lumière des morts, on dirait que vous cherchez par tous les moyens à heurter le lecteur, à le faire réagir sur notre société. Est-ce le cas ?


Agrave ; heurter le lecteur, sûrement pas. À le faire réagir, oui.

Que ceux qui ont eu le courage de voir en son intégralité le documentaire d’Arte, à propos des “ recherches scientifiques ” de l’armée japonaise sur des êtres humains, lèvent le doigt. Je salue l’exploit. Moi, je n’ai pas pu supporter cette horreur plus de dix minutes. Tout ça pour dire que La Lumière des morts reste un récit, une œuvre d’imagination, et rien de plus. Franchement, je n’ai jamais compris tout le foin qu’on fait autour de mes romans. Ce ne sont que des livres, qui n’ont jamais empêché un type, au fin fond de sa Lozère natale, de continuer à aller acheter son pain chaque matin à la boulangerie du coin. Et puis, la réalité, parfois, c’est nettement moins drôle que la fiction. Je défie quiconque de me prouver le contraire. Je ne suis pas un fou, ni un provocateur. Je n’ai pas peur des mots, c’est tout. Je ne fais que décrire ce qui me déplaît dans ce que nous sommes. Et... il ne faut pas se tromper de cible.


Vous fixez-vous des limites dans ce que vous écrivez ?


Non. Ceci dit, l’acte de création, c’est la liberté, et ça vaut aussi pour celui qui le reçoit. Je n’ai donc jamais forcé personne à acheter mes livres, et encore moins à les lire.


Bon, évidemment, j’ai beau jeu d’affirmer que je ne me fixe aucune limite. J’ai bien conscience de ma chance de vivre et d’écrire en France. Si je subissais la violence d’un régime dictatorial, je ne sais pas ce que je ferais, vraiment. En toute honnêteté.


Ne craignez-vous pas d’être catalogué auteur noir, cruel, violent ? Et pour satisfaire ce lectorat amateur de sensations fortes, ne risque-t-il pas d’y avoir surenchère de votre part dans l’horreur ?


Tout d’abord, si je suis d’accord avec le qualificatif d’auteur noir, qui en vaut bien d’autres, je ne peux pas accepter ceux de cruel et violent. Ce n’est pas moi qui suis violent et cruel, ce sont les situations et les personnages que je mets en scène. Je le rappelle à tout hasard : j’écris de la fiction. Rien que de la fiction. Dans la vie, je ne ressemble pas du tout à la “ noirceur ” – toute relative – de mes nouvelles et romans. Cela me rappelle d’ailleurs la réaction d’un lecteur croisé à l’occasion d’une convention, et qui m’avait dit à peu près en ces termes : “ C’est marrant. Ta personnalité n’a rien à voir avec l’ambiance de tes romans. ” C’est on ne peut plus logique. Sinon, cela ferait longtemps que j’aurais tiré ma révérence. Donc, en clair, je ne peux pas surenchérir, parce que je ne me fais pas “ manger ” par mes univers d’écrivain. C’est moi qui les détermine, pas eux. Enfin, être catalogué, je m’en contrefous parce que je ne peux rien y faire – inutile de perdre de l’énergie à lutter contre un phénomène aussi inévitable qu’humain. Ce sont quelques autres que ça rassure – toujours les mêmes, au demeurant – parce qu’ainsi ils ont l’impression de m’enfermer et donc de me contenir. Pendant ce temps-là, moi, je me contente de vivre au mieux et d’écrire sans tricher. Parce que je respecte profondément tous ceux qui dépensent une dizaine d’euros pour me lire.


Recevez-vous des réactions de lecteurs à vos histoires ? Et si oui, de quelle nature sont-elles ?


Des réactions vraiment violentes de lecteurs, puisque c’est le fond véritable, exprimé sans le dire, de ta question, je n’en ai jamais eu. Simplement parce que les êtres humains sont toujours beaucoup plus intelligents qu’on ne le pense. Même s’il y aura toujours des gens pour lire, par choix ou par confort, mes romans au premier degré. Et, là, franchement, je n’y peux rien. Des réactions positives, oui, j’en ai reçu – on n’en reçoit jamais assez à son goût, de toute manière –, et beaucoup plus que de mauvaises. Aussi, je continue à écrire pour tous ces gars et ces filles qui, un jour, m’ont dit : “ Number Nine, j’ai adoré ” ou “ Archeur, ça m’a botté. ” Alors, ils ne sont peut-être pas légions, affirmer l’inverse serait ridicule de ma part, mais leur “ fidélité ” me touche énormément, et je leur dois beaucoup de mes joies.


Votre livre me semble aussi être un coup de gueule sur une situation africaine qui vous déplaît énormément ?


Oui, en partie. Mais il n’y a tout de même pas que cela, dans mon livre, non ?

On est en train de tout foutre en l’air. Plus on avance, plus on procède en rupture avec la réalité – on n’en veut même plus. C’est quand même malheureux de voir toutes ces richesses foutre le camp. Et l’on ne peut pas non plus en vouloir aux Africains – les vrais, ceux qui voudraient seulement survivre – de réduire peu à peu, à cause de la démographie, le territoire naturel des animaux. Non, ce qui me débecte, c’est que les affaires africaines et celles du tiers-monde continuent d’être réglées par des occidentaux qui n’ont plus rien à faire dans ces pays. Parce que ce sont toujours les mêmes qui tirent les ficelles, derrière la scène. Mais ce qui se passe en Europe ou ailleurs ne me plaît pas plus (et je l’évoque aussi dans mon roman). Je n’ai pas de solutions à proposer, ce n’est pas mon rôle. J’essaie au moins de mettre le doigt là où cela fait mal, c’est tout. L’expression artistique, quels que soient sa portée et son degré, n’est qu’une fenêtre sur le monde, pas une porte. C’est à chaque être humain de sortir, de partir à la rencontre des autres, après avoir eu une idée, par le biais de la lecture, de la musique, etc., de ce qui se passait au-dehors. L’écrivain propose, mais ne dispose pas. Pour moi, en tous les cas.


D’ailleurs vous définissez-vous comme auteur de science-fiction, de fantastique, d’horreur ou plus certainement d’un mélange de ces trois genres ?


La Lumière des morts est un mélange de SF, fantastique et polar, parce que c’est ainsi que je l’ai ressenti. Point barre. Mais bon, c’est vrai que j’ai de plus en plus tendance à mêler les genres, dans mes romans. Parce que je suis préoccupé par la mort – comme beaucoup, je pense – et la mort, c’est le fantastique qui la traite le mieux ; par la peur qu’entraîne la connerie vertigineuse de notre espèce souvent capable du pire, et cette peur, c’est la SF qui la traduit au plus juste ; enfin, par notre inclination quasi frénétique, maladive, à tenter de maîtriser le monde au seul moyen de la réflexion, et ça, c’est le polar qui sait le sublimer. Ouais, au bout du compte, ce n’est rien qu’une belle phrase : ça dépend du sujet, en fait. Enfin, l’horreur, c’est quoi, au juste ? Celle qu’on estime être la mienne ou la vraie ?


Qu’avez-vous actuellement en préparation ?


Les nouvelles que l’on me demande. Et un roman qui, doucement, prend forme, dans ma seule tête pour l’instant ; je suis du genre plutôt lent. Il me faut trouver une idée assez forte, à mes yeux, pour aller au terme d’un long récit. Parce que j’ai besoin qu’elle m’emporte comme elle emporte ceux de mes lecteurs qui m’aiment, et que j’aime en retour. Sans eux, quel que soit leur nombre, je ne serais rien, littérairement. J’espère ne jamais oublier ça. Et la messe est dite. Enfin... tant que je serai publié.



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