SF Mag
     
Directeur : Alain Pelosato
Sommaires des anciens Nos
  
       ABONNEMENT - BOUTIQUE - FAITES UN DON
Sfmag No102
102
E
n
 
K
i
o
s
q
u
e
s
RETOUR à L'ACCUEIL
BD   CINE   COUV.   DOSSIERS   DVD   E-BOOKS  
HORS SERIES    INTERVIEWS   JEUX   LIVRES  
NOUVELLES   TV   Zbis  
Encyclopédie de l'Imaginaire, plus de 13 000 articles
  Sommaire - Cinéma bis et culte -  L’effroyable secret du Docteur Hichcock (1962)

"L’effroyable secret du Docteur Hichcock (1962) " de Robert Hampton



Ce film est de Riccardo Freda qui utilise son habituel pseudonyme anglo-saxon.
Il faut savoir que les réalisateurs italiens de fantastique des années 60 ont tous utilisé ce procédé pour faire croire à un film anglais car ils voulaient surfer sur le succès des films de La Hammer (Dracula, Frankenstein, etc.), mais aussi, jusqu’aux années 70, sur des films d’horreur américains, comme Lucio Fulci avec ses deux films de Zombies.
L’éditeur du DVD de ce film (Artus Films) le classe dans sa collection « Gothique ». Je veux bien si on se réfère au fait que ce film est construit comme les films de Terence Fisher avec les couleurs et les plans habituels des films de La Hammer. Mais en fait, tout cela n’est qu’un camouflage artistique pour raconter une histoire très rare au cinéma, celle d’un nécrophile. C’est cela le « secret effroyable » : la nécrophilie. Mais ne vous inquiétez pas, pas question de scènes nécro/pornos... Non, tout est suggéré, c’est ce qui fait la beauté de ce film.
Il a un autre atout : la présence de Barbara Steele comme actrice principale. Tout film avec cette actrice mérite d’être appelé un bon, voire un grand film.
Le générique est en noir et blanc mais le film est en couleurs. L’intrigue se déroule à la fin du XIXe siècle comme tous ces films de La Hammer inspirés de près ou de loin des œuvres littéraires que sont le Dracula de Bram Stoker et le Frankenstein de Mary Shelley.
Contrairement à ce que j’ai lu quelque part, le nom du docteur « Hichcock » n’est pas ressemblant par hasard au nom du grand réalisateur Hitchcock. Ce serait bien prendre Freda pour un imbécile de le croire. C’est, bien sûr, un hommage et sans doute Freda a-t-il enlevé le « T » pour se protéger juridiquement d’une accusation d’utilisation du nom d’un autre réalisateur. D’ailleurs plusieurs scènes sont un hommage à l’œuvre de Hitchcock. Et il va sans dire que l’on sent nettement l’influence du film Psychose (1960) dans le scénario du film de Freda...
Plus tard, en 1965, Roger Corman reprendra le thème de l’épouse d’un veuf hantée par la conjointe disparue, mais sans la nécrophilie. C’est dans le film La Tombe de Ligeia (1965) inspiré d’une œuvre d’Edgar Poe (Ligeia 1838).
Une suite : Le Spectre du professeur Hichcock (1963)

Les cinéastes fantastiqueurs italiens :

Antonio Margheriti, (1930 - 2002, Pseudonyme : Anthony Dawson). Surnommé le « Corman italien », spécialiste de la série B, il réalise, entre autres, quelques films fantastiques avec ce sens du baroque spécifique aux réalisateurs italiens. C’est lui qui supervisa les excellents Chair pour Frankenstein (1973) et Du Sang pour Dracula (1974) de Paul Morrissey.
L’année 1964 a été particulièrement faste pour le cinéma fantastique.
La Danse macabre (1964) Noir et blanc. Sous le pseudonyme de Dawson. Pari tenu par un journaliste de passer une nuit dans une maison hantée. Il va y voir de drôles de drames. (Inspiré semble-t-il d’une nouvelle d’Ambrose Bierce, dont le thème a été repris plusieurs fois au cinéma).
La Vierge de Nuremberg (1964) Noir et blanc. Sous le pseudonyme de Dawson. Un horrible appareil qui vous transperce de toutes ses pointes.
La Sorcière sanglante (1964) Noir et blanc. Sous le pseudonyme de Dawson. Délicieuse ambiance gothique dans cette histoire de vengeance terrible.
Quant à Alien la créature des abysses (1989) il vaut mieux ne pas en parler...

Dario Argento, né en 1940. Disciple de Mario Bava (Le Masque du démon (1960) - Hercule contre les vampires (1961) - Le Corps et le fouet (1963, sous le pseudonyme de John Old) - Les Trois visages de la peur (1963) - Six femmes pour l’assassin (1964) -...), Argento a développé le thriller italien appelé giallo, en référence à la couleur jaune des livres policiers des années soixante. Pour lui, l’expressionnisme n’est pas mort, il l’a développé à partir du regard et de l’oreille, du regard par la succession de plans si rapprochés que l’image reste souvent partielle et des couleurs vives qui marquent toujours l’approche de la mort, notamment la couleur jaune ; et la musique, toujours lancinante, angoissante, voire énervante. Son œuvre est surtout policière, mais ses chefs-d’œuvre sont du pur fantastique, comme Suspiria et Inferno. Certaines situations ou actions sont totalement invraisemblables, mais contribuent à l’angoisse de départ, comme la scène de la plongée dans l’eau claire des étages inférieurs de la maison, inondés (par une fuite d’eau) et renfermant un cadavre... Dans Quatre mouches de velours gris, en dehors d’une invraisemblable exposition de cercueils qui sert de cadre à l’entrevue de deux personnages, l’œil d’une victime joue un rôle déterminant. L’image de l’assassin que restitue la rétine de la morte ne donne que quatre mouches de velours gris ! Le regard... le regard, comme celui du détective joué par Jean-Pierre Marielle qui voit son assassin resté hors-champ, sourit avant de mourir et dit : « J’avais raison, j’ai réussi enfin... » C’est qu’il avait échoué dans toutes ses enquêtes précédentes, la seule qu’il réussit le conduit à la mort. Le regard dans Les Frissons de l’angoisse qui confond un reflet dans le miroir avec un tableau, le regard de la jeune anorexique de Trauma qui croit (sous la pluie qui est toujours présente dans les films d’Argento) voir la tête coupée de sa mère alors que c’est une mise en scène de cette dernière. Couteaux vrais ou faux, cordes à piano qui décapitent, lames qui pénètrent dans les chairs, décapitation par ascenseur... avec sa caméra, Dario Argento braque notre regard sur le gros plan de ces blessures mortelles infligées par l’assassin. Avec Mario Bava, Dario Argento est le véritable inventeur de ces films d’assassins en série, thème à la mode depuis avec Halloween (1978) de John Carpenter et la série des Vendredi 13 (1980) de Sean S. Cunningham.
Dario Argento est également producteur, il a notamment produit le terrible Zombie le crépuscule des morts-vivants (1978) de George Romero avec qui il réalisera Deux yeux maléfiques en 1990. Son père Salvatore Argento a produit plusieurs de ses films.
L’Oiseau au plumage de cristal (1969) Enquête d’un écrivain sur une série de meurtres. Là aussi le regard a toute son importance.
Le Chat à neuf queues (1970)
Quatre mouches de velours gris (1971) Attention ! Le meurtrier est parfois à côté de vous...
Les Frissons de l’angoisse (1975) Mais c’est bien sûr ! Ce n’est pas un tableau que j’ai vu reflété dans le miroir au début du film juste après le premier meurtre...
Suspiria (1977) Affreuse sorcière qui tue d’innocentes jeunes filles et un pauvre aveugle.
Inferno (1979) Infernal immeuble et pauvre voleur de chats. (Les chats ont toujours beaucoup d’importance dans l’œuvre d’Argento)
Ténèbres (1982) Meurtres atroces et très saignants. Grâce au Chien des Baskerville de Conan Doyle, le policier trouvera le coupable. Enfin... un coupable. Il y a Lamberto Bava et Michele Soavi au générique. (Voir ci-dessous)
Phenomena (1984) Insectes nécrophages.
Deux yeux maléfiques (1990) Réalisé avec Romero.
Trauma (1993) Décapitations en série avec une arme surprenante mais moderne.
Le Syndrome de Stendhal (1996) La victime tue son bourreau et finit par se confondre avec lui. Cauchemar quand tu nous tiens...
Le Fantôme de l’Opéra (1999) Une adaptation étonnante du fameux roman.
Le Sang des innocents (2002) Un remake du film Les Frissons de l’angoisse ? Presque...
Il Cartaio (2004)
Mother of Tears (2007) Ce film clôt la trilogie de la sorcière qui a commencé avec Suspiria et Inferno. Un petit chef-d’oeuvre !
Giallo (2008) Retour aux sources du tueur en série
Dario Argento a participé à la série télé "Les Maîtres de l’horreur". je dois dire que là il ne m’a pas convaincu...

Les autres Italiens :
Avec Mario Bava, qui amorce un courant italien contrariant le néoréalisme, de nombreux cinéastes se sont spécialisés dans le fantastique, particulièrement le gore, manifestation idéologique du mépris de la matière et du corps au profit de l’esprit (mais lequel ?), grand guignol duquel il faut être capable de prendre ses distances pour en comprendre tout l’humour (macabre voire sadique) au second degré. Certains se sont saisi des thèmes inventés par les américains pour leur donner ce style grand-guignolesque qui a un air de famille avec la Comedia del Arte. À propos de néoréalisme, un très grand artiste comme Federico Fellini (1920 - 1993) a commencé sa carrière avec un chef-d’œuvre du genre comme La Strada (1954), véritable manifeste du néoréalisme, et qui, plus tard, a placé nombre de ses films dans un climat fantastique. Citons pour mémoire : Huit et Demi (1963) qui marque justement les doutes du cinéaste au sujet de son art, Juliette des Esprits (1965), Histoires extraordinaires - troisième sketch (1968) qui est une adaptation de nouvelles d’Edgar Allan Poe, Satyricon (1969), Roma (1971) avec, notamment, la superbe scène de dissolution dans l’air des fresques ro-maines souterraines découvertes lors de la construction du métro à Rome, La Cité des femmes (1980) cauchemar éveillé, Et vogue le navire (1983)...

Le plus ancien est Riccardo Freda (1909-1999), grand maître du cinéma populaire, spécialiste des adapta-tions des aventures de Coplan, qui résista héroïquement au néoréalisme et réalisa quelques films fantastiques célèbres. Citons : Les Vampires (1956), Caltiki, monstre immortel (1959) qu’il aurait abandonné en cours de tournage, Mario Bava ayant pris la relève pour cette histoire inspirée du mythe de Cthulu de Lovecraft, une panse de vache ayant été utilisée comme effet spécial pour représenter Caltiki (Cthulu), la guerre froide avec son danger atomique étant sous-jacente. Et surtout, deux chefs-d’œuvre du fantastique : L’effroyable secret du docteur Hichcock (1962), sous le pseudonyme de Robert Hampton, et sa suite : Le Spectre du professeur Hichcock (1962 - 1963).

Lucio Fulci (né en 1927) est un grand spécialiste du gore qui ne craint pas de montrer les plus horribles dé-tails viscéraux et sanglants. Il reprend les films américains et y ajoute sa patte personnelle, ou plutôt son gore personnel. Un grand maître. La Longue nuit de l’exorcisme (1972), L’ emmurée vivante (1977), L’enfer des zombies (1979), Frayeurs (1980), L’au-delà (1981), Le Chat noir (1981), La Maison près du cimetière (1981), L’éventreur de New York (1982), Manhattan Baby (1983), 2072, les mercenaires du futur (1984), Zombi III (1988).

Giuseppe Avati, dit Pupi (né en 1938) a réalisé quelques films fantastiques dans lesquels il développe une atmosphère particulière dans des décors qui y contribuent par leur ambiance, comme dans La Porte de l’enfer (La casa dalle finestre che ridono : La Maison aux fenêtres qui rient), histoire de meurtres rituels tournée dans des décors naturels de marais fantastiques en eux-mêmes. La Porte de l’enfer (1976), L’étrange visite (1978), La Ballade inoubliable (1983), Une Saison italienne (1984).

Michele Soavi qui fut l’assistant de Terry Gilliam pour son « Münchausen » a réalisé un petit chef-d’œuvre avec Dellamorte Dellamore (1994). Autres films : Bloody Bird (1990), Sanctuaire (1990) et La Secte (1991).

Joe D’Amato, pseudonyme d’Aristide Massaccessi, qui a réalisé des pornos soft, une suite interminable et en-nuyeuse d’Emmanuelle, s’est lancé alors dans le gore le plus délirant notamment avec L’anthropophage (1980) dans lequel on voit le dit mangeur d’homme arracher le fœtus d’une femme enceinte pour le dévorer et qui finit par se manger les tripes... Blue holocauste (1979), La Nuit fantastique des morts-vivants (1980), Horrible (1981) sous le pseudonyme de Peter Newton...

Lamberto Bava (né en 1944), fils de Mario Bava a tourné des films d’épouvante sous le pseudonyme de John Old Jr (d’après celui de son père), mais sans réussir à créer de véritables chefs-d’œuvre.
Baiser macabre (1980), La Maison de la terreur (1983), Apocalypse dans l’océan rouge (1984), Démons (1985).
Il tourne beaucoup pour la télévision et a réalisé une adaptation de la Vénus d’Ille (1978) avec son père, Mario Bava. Il est le réalisateur de l’interminable série d’Héroïc Fantasy de La caverne de la Rose d’Or et Desideria et le prince rebelle qui connaît beaucoup de succès auprès des amateurs. Il y en a eu d’autres ensuite... J’ai vu de lui un téléfilm Le Maître de la terreur dans lequel il semble régler ses comptes avec son père...

Enfin, n’ayons pas peur de citer le spécialiste du western dit « Spaghetti » :
Sergio Corbucci (1927 - 1990) qui a réalisé un véritable western fantastique (1968) dans lequel l’intrigue s’enfonce inexorablement vers la victoire du mal dans un décor de neige inhabituel dans ce genre de film. Le titre Le Grand silence » indique le paysage enneigé et la mort qui est la principale héroïne du film. Il en est de même dans Django (1966) dans lequel le héros traîne derrière lui un cercueil. Très bon film qui a appelé de nombreuses suites réalisées par d’autres.

Alain Pelosato

L’étude sur les cinéastes italiens est tirée de mon ouvrage "Un siècle de cinéma fantastique et de SF".



Retour au sommaire des films bis et culte