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  Sommaire - DVD -  G - L -  Heartless (Id.) - Edition Blu-ray (France) - Inédit
"Heartless (Id.) - Edition Blu-ray (France) - Inédit "
de Philip Ridley
 


Scénario : Philip Ridley
Avec Jim Sturgess, Clemence Poesy, Joseph Mawle, Timothy Spall, Noel Clarke.
Free Dolphin Vidéo

Philip Ridley n’est pas le plus prolifique des cinéastes. Pourtant, sa réputation s’est construite avec ses deux premiers films. Pour commencer, en 1990, il y eut « L’enfant miroir » (ou « L’enfant cauchemar », en vidéo, jamais édité en DVD, introuvable donc...), titre français pour « The reflecting skin », était une étude sur le monde de l’enfance, par les yeux d’un gamin qui voyait et interprétait parfois très mal les histoires des adultes, au point d’en faire mourir certains. Des images magnifiques, une narration étrange, des personnages complètement fantasques (et parmi eux, Viggo Mortensen à ses débuts...), mais au final une œuvre complètement envoutante et passionnante. En parallèle, Ridley écrira aussi le scénario de l’excellent polar biographique british sur la carrière des deux plus grands gangsters psychopathes locaux des années 60, à savoir « Les frères Krays », où on reconnait son style, mais que réalisa le canadien Peter Medak. Cinq ans plus tard, avec « The passion of Darkly Noon » Ridley remet le couvert avec une étude sur un étrange triangle amoureux composé de Ashley Judd (qui n’a jamais été aussi sensuelle), Viggo Mortensen again et Brendan Fraser en colosse simple d’esprit amoureux fou de la femme qui l’héberge lors de sa fuite, et qui attend le retour de son mari sous un soleil de plomb dans une sombre et étrange forêt. Pareillement, des images qui marquent l’esprit, une ambiance passionnelle sulfureuse avant un final apocalyptique et sanglant, le tout rythmé par une musique lancinante, « Darkly Noon » obsède bien au-delà de sa dernière image. Et après, rien, silence radio cinématographique, Ridley se consacrant au théâtre, à la peinture (ses films sont visuellement très graphiques, comme cette forêt repeinte en rouge sang pour « Darkly Noon » !) avant enfin de réapparaitre seulement l’an passé avec, enfin, son nouveau film, « Heartless ». Drame social, polar, épouvante, il y a de tout ça dans le dernier Ridley, et comme pour les deux autres, la première approche peut décontenancer, mais une véritable possession sur l’esprit s’opère, comme d’habitude.
Jamie (Jim Sturgess, un des meilleurs jeunes acteurs britishs du moment, vu dans « Las Vegas 21 », « Les chemins de la liberté » et dans l’excellent et inédit « Guerre de l’ombre ») est un solitaire depuis toujours. Marqué par une tâche de naissance sur son visage en forme de cœur, il a appris à vivre avec face au regard des autres dans un des quartiers les plus violents de Londres. Un jour qu’il accompagne sa mère, un gang de jeunes portant des masques de démons s’attaque à eux et finissent par assassiner lâchement cette dernière. Mais pour Jamie, les démons étaient réels, et la ville est devenue leur nouveau terrain de chasse. La vengeance de Jamie va l’obliger à plonger en plein enfer...
Avec Jamie, c’est un personnage typiquement « Ridleyien » qui va mener le film. Paria, marginal, solitaire, Jamie est tout cela et en plus, il vit en Enfer, côtoie des démons, et semble maudit depuis sa naissance. En même temps, rationnellement parlant, tout cela ne sort que d’un esprit qui peut n’être qu’un schizophrène en puissance, sa santé mentale étant plus que fragile vu la vie qu’il doit parfois mener, lui si différent par rapport à tous ces gens si normaux, à première vue. Tout comme Dove, l’enfant de « The reflecting skin » ou Darkly Noon, Jamie n’est rien d’autre qu’une nouvelle identité de la même personnalité : chacun d’entre eux est le même à un autre moment de savie, dans un autre contexte, dans le monde étrange de Philip Ridley, mélange de réalité pervertie, corrompue, malade ou d’un irréel n’étant rien d’autre que l’Enfer sur Terre. C’est l’intérêt du film, qui ne tranche jamais vraiment, qui nous emmène aux frontières de la folie et où la fin n’est pas vraiment une délivrance mais limite une malédiction. Tout cela étant écrit par un orfèvre, et mis en scène par un pur artiste pour qui bien des plans semblent être travaillés comme des tableaux. Il est donc logique qu’après une découverte qui déconcerte, « Heartless », tout comme ses deux précédents films, imprègne l’esprit jusqu’à l’obsession, jusqu’à une autre vision qui confortera chacun sur ce qu’il ressent du film : un rejet total, ou une étrange fascination pour une œuvre quasi-parfaite... L’édition Blu-ray s’avère en plus techniquement superbe, Ridley ayant souvent shooté son film en HD comme il l’explique dans son interview, très intéressante d’autant plus que le bonhomme se fait rare (et qu’est-ce qu’il a changé depuis « L’enfant miroir » !), comme en témoigne l’intensité visuelle des scènes nocturnes. Question bonus, outre l’entretien avec Ridley déjà cité, des scènes coupées, deux clips où Jim Sturgess pousse la chansonnette, et un making-of, complètent donc cette édition de rêve (hé oui, car nada sur « l’enfant miroir » et une copie 4/3 pour « Darkly Noon », relativement pourrie en plus, donc à côté d’eux, « Heartless » a droit à un traitement de roi !) du troisième film de ce grand cinéaste méconnu et définitivement trop rare qu’est Philip Ridley, poète de la folie et de la mort.

Note film : 9/10
Blu-ray : copie magnifique, format d’origine 2.35, image 16/9ème -Bonus : 9/10 (vostf) : making-of - commentaire audio de Philip Ridley - Jim Sturgess live - entretien avec Philip Ridley.
St. THIELLEMENT



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