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  Sommaire - DVD -  A - F -  Black death (Id.) - Edition Blu-ray (France) - Inédit
"Black death (Id.) - Edition Blu-ray (France) - Inédit "
de Christopher Smith
 


Scénario : Dario Poloni
Avec Sean Bean, Carice Van Houten, Eddie Redmayne, David Warner, Kimberly Nixon.
Seven Sept Vidéo

Dans les nouveaux grands (petits) noms du Fantastique au cinéma, ceux qui sont à considérer comme tel avec plus d’un film réussi à leur actif, on citera Jaume Balaguero (certainement le meilleur dans la terreur) et certains de ses condisciples ibériens, James Wan, Greg Mclean et côté outre-Manche, Christopher Smith. Lui, c’est simple, quatre films, quatre réussites, et plus ça va, meilleur c’est. Commençant sa carrière avec « Creep » et son monstre du métro, pauvre gosse torturé par un savant fou, poursuivant avec « Severance », survival saupoudré d’humour, il était acquis que tout prochain film serait attendu avec une certaine petite impatience. Il y a maintenant deux ans, on découvrait son petit chef-d’œuvre de pure terreur, variante sur le thème du bateau fantôme, qui finit (enfin !) par passer à Gérardmer cette année, récoltant le Grand Prix Inédit Vidéo (ne riez pas, c’est une compétition parallèle qui parfois a plus d’intérêt que l’Officielle !) face à un autre excellent challenger, « Terreur », bref Christopher Smith commence sérieusement à avoir sa renommée et « Triangle » l’a confirmée. On reparlera de « Triangle » dans quelques semaines, il sort directement en DVD et Blu-ray (encore heureux !) en Juin prochain. Mais depuis, Smith a signé une autre œuvre, passé au Festival du Film Britannique de Dinard en 2010, ignoré à Gerardmer en 2011, une plongée dans les périodes les plus noires du Moyen-âge, qui rappelle souvent « La chair et le sang » de Paul Verhoeven (en voilà un qui nous manque, tiens !), en soi, un second nouveau petit chef-d’œuvre, pas parfait-parfait, certes, mais qui grandit à chaque nouvelle vision, comme « Triangle » d’ailleurs, et il est donc temps de parler de « Black death ».
A la moitié du 14ème siècle, en Angleterre, la peste bubonique fait des ravages. Un jeune moine, Osmund, meurtri par la mort de celle pour qui il éprouvait des sentiments amoureux, accepte d’accompagner le seigneur Ulric et ses mercenaires vers un village qui suscite bien des questions, voir des craintes. En effet, il semblerait que la peste n’y sévisse pas, pire que certains morts reviennent à la vie. Et à la tête du village, une femme que l’église condamne déjà comme étant une nécromancienne. Pour le groupe de chevaliers et Osmund, ce périple sera le pire de leur vie, un voyage en enfer qui les damnera pour l’éternité.
Un peu grandiloquent, mais bon, quand vous arriverez à la fin, vous vous rendrez compte qu’on en est très proches. Le Moyen-âge, période peu fréquentée du cinéma, surtout à cause de questions budgétaires et de retours financiers peu enrichissants pour les producteurs. Les réussites se comptent sur les doigts d’une main, en commençant par le chef-d’œuvre incontesté, « La chair et le sang » bien entendu, suivi par « Le seigneur de la guerre » avec Charlton Heston et c’est tout. Ca fait peu. Contre toute attente, Christopher Smith, doté d’un budget plus que minimaliste, arrive sans montrer de châteaux-forts, de batailles homériques, de cavalcades chevaleresques épiques, à recréer une époque plus vraie que nature. S’appuyant sur ses personnages, dominés par l’impérial Sean Bean (lui, c’est simple, même un nanar prend de la valeur quand il joue dedans...), barbares dans le sens le plus basique du terme, des hommes sans sens moral, n’hésitant pas à tuer femmes et enfants si cela rentre dans leur mission, priant malgré tout un Dieu quand ils en ont besoin, « Black death » prend rapidement forme, et prend toute son existence, renforcé par ces visions rappelant certaines gravures témoins de ces temps, et si bien restituées ici. Puis arrive la partie « fantastique » avec ce village où la peste ne semble pas sévir, régi par une femme (Carice Van Houten, découverte en héroïne de l’excellent « Black book » de Paul Verhoeven...) dont les éventuels connaissances médicales passent pour de la sorcellerie, mélangeant aussi un peu de sorcellerie pour gagner par la peur un pouvoir sur les villageois. Mais si tout se mélange, c’est en respectant le réalisme voulu, point de démons et autres entités purement fantastiques ici, Christopher Smith et son scénariste Dario Poloni voulant conserver cette base pour mieux démontrer comment l’horreur et la barbarie des hommes peut découler d’une ignorance totale dominée en plus par toute forme de superstition, même divine, même si elle s’appelle religion envers un Dieu qui semble que peu d’intérêts pour l’humanité au vu des massacres perpétrés en son nom. Et quand arrive le final, « Black death » plonge alors en plein cauchemar, qu’une ultime révélation vient marquer au fer rouge, débouchant alors sur une des pires périodes de l’époque, l’abominable Inquisition. Comme on le voit, le scénario est riche, les moyens limités, mais tout le talent est là pour réussir ce que d’autres foirent avec des budgets ne serait ce que dix fois plus importants (la partie Moyenâgeuse du « Prisonniers du temps » de Richard Donner, qui s’en était bien mieux sorti avec son très beau « Ladyhawke »...). Christopher Smith n’en oublie pas ses premiers amours, surtout celui lié au Fantastique, mais l’enrichit de façon remarquable en la transposant dans un contexte historique et réaliste ? faisant de son « Black death » son film quelque part le plus ambitieux et certainement difficile à monter, qui ne pêche à la rigueur que par certaines scènes de bataille un peu brouillonnes, du moins à la première vision, elles passent beaucoup mieux par la suite, s’intégrant complètement au reste. Côté Blu-ray, une copie excellente, restituant une lumière voulue assez ténébreuse, et une bande-son parfaite, détaillant presque lors des batailles chaque combat. Les bonus montreront un peu du tournage, avec interviews de l’équipe, dont une de Sean Bean rallongée, à savoir reprenant certains propos cités dans le module précédent, complétés par d’autres. Et même avec les scènes coupées, cela reste bien anecdotique, excepté le fait que tout le monde tombe d’accord sur le fait que Smith a fait un travail incroyable, et possède une énergie impressionnante se qui laisse même abasourdi un Sean Bean qui en a pourtant vu bien d’autres. Il ne fait que confirmer tout le bien qu’on peut penser de Christopher Smith, qui signe donc avec « Black death » une quatrième réussite, en soi un petit chef-d’œuvre, le second avec « Triangle ». Dans sa catégorie, quatre films excellents dont deux chefs-d’œuvre, qui dit mieux ?

Note film : 10/10
Blu-ray : copie excellente, format d’origine 2.40, image 16/9ème -Bonus : 6/10 (vostf) : scènes coupées -scènes de tournage - interviews de Christopher Smith et des acteurs - interview rallongée de Sean Bean - bande-annonce.

St. THIELLEMENT



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