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  Sommaire - DVD -  A - F -  Dog pound (Id.) - Edition Blu-ray (France)
"Dog pound (Id.) - Edition Blu-ray (France) "
de Kim Shapiron
 


Avec Shane Kippel, Lawrence Bayne, Adam Butcher, Slim Twig, Trent McMullen
Warner Home Vidéo

Le précédent film de Kim Shapiron, « Sheitan », tout en étant un pur film de genre made in France, n’était pas la plus grande réussite qui soit. A côté, quand on voit « Haute tension », « Frontière(s) » ou dernièrement « La horde », qui constituent le haut du panier, on sait qu’à l’opposé, les nanars et autres ratages sont légion. « Sheitan » n’en fait pas partie, mais il n’est pas non plus dans le tiercé de tête. Et il ne le sera jamais, le film étant très dur à revoir aujourd’hui. Au moment de sa sortie, Kim Shapiron disait qu’il était sur un projet très ambitieux, celui du remake de « Scum » d’Alan Clarke, cinéaste britannique qui a signé au moins deux films parmi les plus violents qui soient venus d’outre-Manche : « Made in Britain » sur les hooligans avec Tim Roth, et « Scum » sur les maisons de redressement avec Ray Winstone. Maintenant, les projets, on sait ce que c’est, entre le moment où on en parle et où on voit le résultat... Sauf qu’avec « Dog pound », Kim Shapiron est devenu un de nos très bons jeunes cinéastes, ni plus, ni moins.
Ils s’appellent Butch, Davis, Angel, Banks, ils ne se connaissaient pas jusqu’à ce qu’ils se retrouvent enfermés dans le même lieu : Enola Vale, un centre de redressement pour délinquants mineurs, une prison avant l’heure. Pour les encadrer, des hommes devant connaitre leurs limites, être constamment sur le fil du rasoir face à des jeunes violent pour tant de raisons diverses. Entre ceux qui sont là parce qu’ils n’ont pas d’autres choix, ceux qui n’y feront qu’un court séjour, ceux qui ne savent vivre qu’au travers de la violence, Enola Vale constitue pour eux le seul endroit où ils se retrouvent face à eux-mêmes, face à leurs peurs, face à un éventuel destin qui peut être voué à rester derrière des murs et des barreaux. En même temps, Enola Vale peut transformer la civilisation en un retour au stade le plus sauvage et violent de l’être humain.
D’abord, pour celles et ceux qui connaissent « Scum », ne cherchez pas le remake : « Scum » se passait en Angleterre, à une époque certes pas si vieille que ça mais aujourd’hui à priori abrogée quant à ces établissements, un peu comme les couvents à la « Magdalene Sisters », ce chef-d’œuvre signé de l’acteur Peter Mullan. On sait aussi que question violence et éducation, la Grande-Bretagne a toujours été bien placée dans le haut degré du genre, limite proche du Moyen-âge. Kim Shapiron a longtemps étudié son projet avant de s’y atteler, visitant pendant presque un an de nombreux établissements sur le continent nord-Américain. Il en ressort une œuvre différente de « Scum », moins perverse et sadique, mais certainement la plus proche qui soit de la réalité actuelle. Il ne faut pas s’attendre à du spectaculaire malsain et dérangeant dans « Dog pound » : ce qu’on y voit, c’est la violence actuelle, quasiment anodine mais si pernicieuse, insidieuse, latente, et surtout quotidienne. Bénéficiant d’un casting essentiellement constitué de réels « prisonniers » en grande partie, son voyage au bout de l’enfer est cependant mené par un remarquable jeune comédien, Adam Butcher (qui a remplacé au dernier moment un acteur également musicien qui préféra enregistrer son premier album...) incarnant Butch, dont le regard, le pur concentré de haine et de violence que renferme son personnage transpire à chaque image, arrivant même à devenir mille fois plus inquiétant que le vrai caïd local, Banks, qui lui sort vraiment d’une taule à la Enola Vale. Tout en Butch synthétise les destins de ces jeunes dans un établissement tel que Enola Vale, sensé leur apprendre certaines valeurs, redevenir civilisé, alors qu’en fait, en rassemblant ainsi tout le monde dans un même lieu, les pires comme les faibles, la violence appellera la violence et transformera même les agneaux en loups. Tout cela, Kim Shapiron le restitue dans un film presque documentaire, sans artifice, sachant placer la caméra où il faut, captant le moindre regard ou geste annonciateur du chaos à venir. Le résultat est là, une œuvre majeure dans le genre, qui peut laisser de marbre par sa « simplicité », alors qu’en fait elle n’est que le triste portrait / reflet de la réalité actuelle. L’édition Blu-ray permet au film de bénéficier d’un excellent rendu quant à son image, volontairement froide comme pourrait l’être un reportage sur le même thème. Par contre, en tant que tel, le Blu-ray est assez surprenant dans le sens où il n’y a pas de menu fixe, le film commence immédiatement, et il faut vite jongler pour trouver la version souhaitée. Quant aux bonus, il y en a, du making-of qui permet de constater que le tournage fut tout de même assez intense, avec les premières rencontres avec de futurs jeunes acteurs complètement étrangers au monde du cinéma aux scènes coupées pas dénuées d’intérêt mais sacrifiables aussi, confirmant la faiblesse des uns et la puissance des autres (Banks...). Le reste concerne des documentaires malheureusement dirigés sous la houlette de Laurent Weill qui comme à son habitude parle de tout et rien, brasse de l’air (la présentation du film au Festival Tribeca à New-York permet de savoir ce que cela fait à Kim Shapiron d’être à New-York... Passionnant !)... On aurait légitimement plus apprécié une carte blanche à Kim Shapiron, sur ses repérages, ce qu’il pensait de « Scum », ce qu’il voulait faire avec son remake, de ses visites dans ces « fourrières » (« Dog pound » en vo...) même si l’ultime plan de son film, implacable, nous le dit.

Note film : 9/10
Blu-ray : copie excellente, format d’origine 1.85, image 16/9ème - Bonus (vostf) : 5/10 : making-of - interviews - reportages sur la présentation du film à New-York.

St. THIELLEMENT



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