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  Sommaire - Dossiers -  Retour au pays d’Octobre avec Pierre Grimbert : légendes d’automne

"Retour au pays d’Octobre avec Pierre Grimbert : légendes d’automne"


Le connaissez vous ? L’avez vous déjà rencontré au pays d’Octobre ? Avez vous entendu la mélodie qui s’échappe de sa plume éffilée lorsque les soirs clairs il inscrit les légendes qu’il a rêvé le jour ?
Et avez vous vu sa femme chanter les matins de buée, les matins frais, cueillant le gui, les baies, les fleurs inconnues qui fleurissent en Octobre ?
Parcourons quelques instants la constellation Grimbert pour mieux sentir Ji, son monde, et l’amitié, sa religion, partons vers ce lieu impossible, ce lieu de conjecture, allons rendre visite à Pierre et Audrey et partager avec eux un peu d’éternité,un brin de belladone et un soupçon de jus de groseille. Car là-bas vie et mort se neutralisent, et les fêtes sont célébrées en des cimetières habités par ceux qui nous ont quitté pour retourner à la demeure de leurs parents, sous un saule, un châtaignier, un arbre aux cheveux dorés, sous les feuilles qui tombent sur les pas de nos espérances regrettées.......Venez et parcourez avec moi le pays de cet étrange barde dont l’instrument est une plume et de cette enchanteresse dont les chants clairs et les danses guerrières sont la force vive à partir de laquelle toute vie prend son élan, connait sa fin, et devine son passage.............

Voyage en Octobre

Sous la lumière cendrée d’un automne encore jeune dans son dépouillement, par-delà les feuilles mortes craquant sous nos pas hésitants, sous les grands bois des légendes, dort une histoire vieille comme le monde et belle comme le visage d’une adolescente. Ce pays où l’on va toujours vers l’arrière saison, ce pays où les rivières sont de brume, où les midis s’estompent vite laissant les ombres s’attarder au crépuscule, ce pays où les minuits qui demeurent semblent se voiler d’une poussière dorée. Ce pays composé de tertres, de caves, de cryptes sous les caves, de caches souterraines et de tunnels profonds creusés dans la terre ou la roche. Ce pays où les soirs clairs des piétinements, des chuchotements, des rires et des gloussements se font entendre sous les racines des arbres aux troncs parés de brume. Ce pays dont les gens sont des gens d’automne, ne pensent que des pensées automnales, ce pays est le pays d’Octobre. Bradbury doit également connaître ce pays pour l’avoir si joliment mis sur page (cf : Le pays d’Octobre) , et il doit probablement avoir déjà croisé Pierre.......

L’aurore sous les grands bois

Or, en cette contrée sans frontière, en ce pays de rivières dorées et rivières de brumes, en ce pays de fruits hallucinogènes, en ces terres regorgeant de vallons, de prairies, forêts et cimetières sans noms ni tombe, il y a un lieu où siège l’étrange maison d’un poète. On dit qu’il demeure là-bas, dans la forêt sans limites, là où se cache le petit peuple, là où Mélusine, Cassandre et Circée déclament leurs sortilèges, là où on ensorcelle tendrement les voyageurs égarés où les âmes en peine. On dit de ce poète que sa demeure gît sur le haut d’une éminence rocheuse couverte d’une mousse verte et fraîche et quelle est comme un havre de paix, sans serrures ni barreaux, sans armes ni chien de garde. On dit que les feuilles d’or qui tombent des arbres géants racontent des histoires au poète quand dans leur chute elle parlent tout haut comme le font les vieille personnes qui aiment tant raconter de belles histoires. Quand aux baies qui sont à profusion, il est dit que leur consommation inspire l’amour ou la création, voir les deux, et des enfants poètes naissent souvent de cette contradiction. On dit également de ce poète que chez lui tout semble illuminé par une clarté douce, qui prend des teintes argentées la journée, et des tons mordorés quand vient la nuit impatiente. On pourrait jurer qu’un petit soleil au coeur timide aurait trouvé refuge en ces lieux cachés pour échapper au feu sacré de sa mère, et que s’y étant plus il n’aurait jamais voulu s’en retourner au foyer. On dit que chez ce poète il y a toujours un gâteau en préparation et que la farine étale sa riche robe blanche et duveteuse sur de larges tables constellées d’ingrédients, de mets délicats et autres crèmes blanches ou chocolatées. Il se dit aussi, le soir dans les chaumières isolée et chaudes que dans la demeure de ce poète où de douces chansons échappées des gorges de vierges amoureuses se font entendre par magie, on dit qu’il se cache un lieu secret, un lieu nommé Ecriture.

Germination

Là, dans son cabinet d’écriture, dans sa chambre des mots le poète rédige des histoires au moyen d’une plume d’où s’écoule une écriture fine et dorée, et qu’à chaque mot gravé ce sont des volutes de poudres multicolores qui doucement s’élèvent dans l’air saturé de parfums subtiles, des parfums de femmes mêlés aux effluves sacrées des patisseries chaudes qui évoquent le lointain orient. On dit également que la femme de ce poète est belle comme une fée et farouche comme une guerrière et que de l’amour habile qu’elle dispense dans ses paroles cristallines elle peut en faire également le baiser de la dernière danse. On dit d’elle qu’elle est si belle, que de la voir une fois on peut en perdre jusqu’à notre chemin, et que l’on peut vivre à jamais sans boire ni même manger. car de sa présence qui nous a nourrit nous en gardons à jamais satiété. On la nomme sorcière, enchanteresse, Walkyrie, prophétesse, diseuse. Mais son baiser est comme le souvenir du premier baiser et la promesse des lendemains. Ce poète se nomme Pierre Grimbert et cette étrange enchanteresse Audrey Français.

Quand en 1996 apparut sur les étals des libraires le nom de Pierre Grimbert, nul ne donnait cher de son avenir et peu auraient parié sur une quelconque postérité même à titre posthume. Or, par quelque arrangement entre les Dieux, voici que ce secret de Ji si joliment illustré par un jeune illustrateur de passage au pays d’Octobre, voici que ces livres constellés de cette belle écriture subtile et habile, obtint le prix Julia Verlanger. Alors en Octobre tout fit silence et une douce mélodie entonnées par de petites mains agiles sur de petits instruments de musiques monta des talus, cryptes, souterrains et autres orifices du monde secret. La mélodie se fit mélopée et la demeure de Pierre se remplit dès lors d’une immense joie, une quiétude presque magique, comme pour saluer les heures d’une maison qui était un monde à elle toute seule, une vie rythmée par ses propres saisons, fraîche la journée, douce et tiède la nuit. Et Pierre de demeurer dans son atelier, afin de penser à sa prose célébrée......

La première quête

Le Secret de Ji nous contait l’histoire de plusieurs histoires dont les divers confluents allaient se réunir pour participer à une autre grande histoire. Une légende ancienne, une quête sous l’égide de Nol le mystèrieux, un voyage vers la silencieuse île de Ji, la mort au bout et l’oubli pour les survivants dévorés par la bouche du temps. Mais les mémoires ne s’éffacent pas comme cela. Les tueurs des Héritiers sont de retour, sanctifiant par l’élimination des descendants et des survivants de l’équipée de Ji leur serment servile au secret maudit. Bowbacq, le guerrier barbare aux allures de patriarche, sent le danger venir. Dès lors il n’aura plus qu’une idée en quittant ses contrées neigeuses : réunir les Héritiers et leur descendance, réunir Corenn, Grigaàn, Rey, ceci pour tenter d’infléchir la marche du destin et par la sauvegarde du monde se sauver eux-même. La Tour de Romine, Le Grand temple Ithare, les accumulations en référents géographiques, topos de leurs espérances individuelles et devenir des jeunes royaumes, semblent les condamner au jeu d’un monde sans règles, avec des Dieux cruels et cachés, dont le visage machiavélique s’élève peu à peu au-dessus de leur parcours fait de profanations/rédemptions, ce qui ne fera que renforcer leur détermination même si elle doit avoir pour coût la douleur et le deuil. Yan et Léti, figures tutélaires des apprentis en devenir, seront les portes drapeaux de cette quête, quand par delà le Rideau, voile d’Isis et porte du secret des Dieux, ils seront confrontés au plus ancien des gardiens, véritable verrou des sépultures des anciens et insaisissables Dieux. Entre épopée fantastique, intérrogation sur le sens de la quête et plaidoyer pour l’amitié et la fraternité, Le Secret de Ji emmènera avec lui des cohortes de lecteurs qui du matin frileux à la nuit abyssale seront à jamais marqués par une prose puisée au lait de la tendresse humaine, celle là même qui veut dire amour, amitié, et édification, trinité d’un genre humain se débattant avec les archétypes de sa propre rédemption.

Ji est un requiem pour l’humanité et un débat sur l’humaine destinée par le truchement des grandes sagas de fantasy ; Une prose belle et enlevée, des dialogues fluides et un sens du destin implacable qui même si on ne peut pas en éviter les blessures, peut être surmonté par cette touchante ambition de se sauver par le salut d’un monde où on est né, où on espère quand même. Le Secret de Ji est l’acte de naissance d’une fantasy d’Octobre enfin libre de ses origines et capable de se mouvoir librement. Les masques tombent au gré des combats et épreuves, on a l’impréssion de vivre un moment solennel, et c’est ce qui fidélise l’adolescent avide de ré-enchantement, avide de sauver ce qui peut l’être encore dans le monde vivant des demi-morts. A travers la fatalité des rapports de forces et des phénomènes magiques, Ji est la réalisation de l’idéal d’un petit groupe uni par l’amitié. Et Pierre avait bien travaillé.
En posant sa plume d’où s’échappait encore les volutes de ses écritures passées, il s’accorda une pause, un répit..............

La légende de celui qui avait perdu les mots

Or, en Octobre, il se dit qu’après plusieurs années de joies et de plasirs, de travail et d’abnégation, Pierre perdit le goût de vivre, le goût d’aimer. Alors il sortit de sa demeure silencieuse, comme s’il avait oublié les chants qu’elle entonnait. Il sortit et erra dans la forêt, des jours et des nuits. Audrey n’était plus là, l’enchanteresse semblait avoir disparu, comme un songe, un enchantement, un rêve. Plus illusion que souvenir, brise ayant bifurqué vers d’autres terres, d’autres esprits rêveur à aimer........

Quelques années plus tard, Octobre souffrait d’un étrange maléfice. Les nuits devinrent plus noires et froides comme les galaxies lointaines. On racontait qu’une bête étrange errait les soirs de grande nuit que même la lumière ne parvenait plus à percer. Souffrant et tuant aveuglément, elle battait les contrées le coeur en peine, hurlant à la lune bleue et gémissant derrière les buissons. On dit que c’était Pierre cette Beste, et on l’appela dès lors Monstre.
Monstre était devenu célèbre et néfaste, il tuait et détruisait mais aucun balle ne pouvait l’atteindre, tombant en leur course sur le sol spongieux des monts et forêts. Quand à son ancienne demeure elle dispaissait peu à peu, sombrant sous les feuilles d’Octobre qui étaient devenues noires et sales, aussi sûrement que les suaires des plus profonds tombeaux. Or un jour, une nuit, nul ne le su exactement quand, une grande tempête s’abattit sur le monde. Beaucoup pensèrent que c’était les Dieux qui venaient punir Monstre. Au détour d’un chemin, à la croisée des routes du destin, Monstre avait posé sa patte sauvage sur le corps d’une fillette se disant que ce serait un beau jour pour la croquer. Mais une voix, un murmure, une psalmodie et un bruissement de feuilles, un souffle retint la patte de Monstre qui se retourna tel un fou. Museau au vent il tentait de flairer cette étrangeté, griffes au clair il guettait un danger, mais il ne sentit que douceur et colère. Laissant là la fillette toute sanglotante, Monstre s’élança vers l’origine de cette étrange mélancolie qui flottait tel un parfum de jadis. Il bondit de buissons en buissons, de talus en fossés, et de ses muscles puissants et souples partit en quête de ce remugle du temps. Il finit par aboutir dans une clairière dont la phosphorescence lui brûla ses yeux immenses et sauvages. Une lionne blanche siégeait sur une roche noire qui semblait avoir été déposé là exprès, au beau milieu de cet espace clairsemé.
Alors Monstre sentit un cri le déchirer de l’interieur et bondir hors de sa gorge de tueur velu, comme un puissant souffle, une douleur ancienne. La lionne descendit du promontoir dans la même stridence sauvage et furieuse. Or, quiconque se serait trouvé dans les parages à ce moment là aurait pu jurer que deux bêtes s’affrontaient en une étreinte sauvage. La clairière retentit de cris furieux et horribles, des bris de branches cassées et d’arbres éventrés, d’éclairs et de flash lumineux, confinant à la scène l’allure d’un sortilège en action. Puis tout retomba en un dernier chant laissant la forêt silencieuse tel un enfant éffrayé retenant son souffle au creux de son lit.

Redemption

On raconte alors que sortit de la clairière ravagée par les feux de Dieux, deux personnes auréolées de lumière. Un homme aux yeux couleurs d’automne, des yeux couleur de la morte saison, couleur de terre, des yeux tristes et joyeux, les yeux d’un sage. L’autre était une femme, dit-on, à la grande beauté. Ses boucles d’or devenaient jais comme les raisins noirs, puis rouges commes les plus belles pommes des vergers sauvages. Ils se tenaient par la main et de leur étreinte et leurs regards qui ne faisaient qu’un naquit une nouvelle légende, celle du chasseur sauvage devenu sage et celle de la guerrière oubliée cherchant la paix. Une étrange mélodie douce et triste, forte et joyeuse s’éleva et quelque part une maison sembla reprendre vie. Les lumières et les chants reprirent possession des lieux jadis célébrés, dipensant magie et enchantements. Alors la amants revinrent dans la belle demeure. Alors, comme chaque pièce de la maison portait un nom, comme chaque recoin avait une fonction bien particulière, Pierre et Audrey remarquèrent qu’une nouvelle pièce avait fait son apparition, là où jadis il n’y avait qu’un mur. Ils ouvrirent la porte et eurent la surprise d’y découvrir, fait du bois le plus noble et des décorations les plus belles, un berceau qui, tranquillement, balançait de gauche à droite. Personne dedans, juste une petite musique douce qui se répendait comme un souffle d’air dans la petite chambre. Une fenêtre était ouverte. Dehors des milliers d’ailes translucides voletaient dans la moiteur d’une après midi, charriant dans leur vol des petits cris éspiègles et piaillements de fées et autres esprits facétieux. En bas, un verger emplit de fruits et légumes énormes et généreux, et au beau milieu un arbre dont l’immensité évoquait un sage. Ecrasé et large il portait sur sa plus haute branche le trône d’un Harfang blanc comme neige dont le plumage était caressé par le voile cuivré d’un vieux soleil pâle, presque blanc, le soleil d’Octobre dans sa splendeur.................
Pierre et Audrey refermèrent la porte légère et belle et se surprirent à contempler le nom qu’elle portait à présent : Promesse.
Alors Pierre repartit dans Lecture, son atelier d’écriture, et Audrey décida de faire un gros gâteau dans lequel elle pensait déposer certains voeux en secret, pour qu’en les mangeant Pierre les réalise.......

Sur la route du grand retour

La nuit arriva à pas feutrés et Pierre qui se remémorait son périple, pensa qu’après avoir été Monstre, puis Chasseur Sauvage, s’en était assez comme ça. Alors Pierre reprit sa plume d’où se dégageaient toujours d’étranges nuées mordorées, et il voulut écrire. Mais l’inspiration ne venant pas, il voulut appeler Souvenir.
Et Souvenir fit son apparition, vieux sage bossu à la chasuble noire et triste mais doté d’un étrange visage, espiègle et farceur, comme si du noir désespéré dont il se revêtait il faisait contempler l’autre face de la pièce, rire doux amer. Et de cette ambiguïté factice que l’oeil unique de Souvenir distillait en le fusillant du regard, Pierre pensa à revenir au pays de Ji........

Où ? comment ? quand ? Ah ! il les connaissait bien tous ces faux amis qui vous emprisonnent dans l’expectative et la confusion qui font les grandes oeuvres et les pauvres réalisations. Il fallait revenir à Ji, mais en contentant toutes les sensibilités. Il fallait faire le lien entre le premier cycle et ce nouveau volet mais tout en ésquissant un visage neuf et actuel. Alors naquit Le Testament oublié, premier chant du cycle Les Enfants de Ji et nouvelle fresque de sa diptyque de Fantasy. La plume prit son élan et ne s’arrêta plus durant des heures qui parurent des nuits, des nuits qui parurent des années, puis des siècles.....
Pierre n’avait pas oublié qu’il avait été Monstre, et que de ce personnage double devait naître un autre Ji. Ses années d’errances donnèrent une nouvelle histoire à raconter, une histoire qui devait se dérouler des années plus tard.......

Le Testament oublié

23 ans après les assauts des barbares Wallates contre Ith, les rumeurs du mal continuent à distiller leur poison fatal de part le monde des hommes. Bien du temps a passé et les Héritiers ont eu des enfants. Mais la disparition un à un et collectivement des premiers Héritiers, ainsi que les sombres agissements d’une secte sans nom, vont jeter sur les routes incertaines les fils et filles des Héritiers conduits par Bowbacq, seul rescapé des disparitions magiques qui ont décimé les porteurs du talisman, vecteur principal de leurs malheurs. Pourquoi ?
Seuls Bowbacq et ses jeunes compagnons d’aventure qui ont tout à apprendre de la vie, pourront tenter de résoudre cette étrange énigme. Les traditions et rites de certaines tribues du monde connus semblent être perturbées par une force mystèrieuse et maléfique. Le monde semble être de nouveau menacé et le Rideau refait parler de lui. Une entité demoniaque est sur le point de revenir dans le monde préparant le retour des anciens dieux.
Mais pour éviter la répétition et la lassitude, Pierre n’oublia pas de dresser des portraits justes et subtiles de ses personnages, ces personnages qu’il aimait tant, tel un père, et il édifiera une fois de plus ces réseaux de rapports qui font la fable de l’amitié et la religion du coeur. Bowbacq, quand à lui, en tant que père fondateur de cette communauté, incarnera encore et toujours cet émissaire de l’amitié et de la réconciliation et leurs corollaires que les personnages vont parfaitement illustrer. Bowbacq frôlera la légende rejoignant un peu par là ce Barbare trempé aux sources de la philosophie que fut Anarchasis.
Odyssée de la métamorphose, quête du devenir, incertitude quand à une possible issue bienheureuse, tous les artefacts du drame de Pierre furent mis sur papier parcheminé, un papier qui semblait en accueillir avec bienveillance les mots fébriles qui font les commencements.

Dans la forêt aux souhaits, dans la forêt fertile....

Voilà qu’il était enfin revenu, après l’épreuve de celui qui oublie les mots et se perd. Monstre était mort et Pierre en vie. On dit alors aussi de part la contrée magique que toutes les victimes de Monstre reparurent par on ne sait quel enchantement ou jeu du hasard. Et que les familles fêtèrent nuit et jour leur grand retour, dans la liesse et la joie de part tout le pays d’Octobre, là où la joie demeure toujours à part égale avec la tristesse douce. Car en Octobre il n’y a pas de vrai changement, le temps est automnal, entre l’ombre et la lumière, le clair et l’obscur. On ne brûle pas de désespoir ni ne disparaît, happé par le noir profond. Il y a au pays d’Octobre cet accord subtile et sincère qui fait que la tristesse n’est pas vraiment tristesse et la joie pas vraiment de la joie, juste ce milieu atteint par l’enchantement sacré qui dort lové dans la terre au coeur du bois magique et sacré.
Quand vous aurez lu Pierre Grimbert et Audrey Français, peut-être que vous aurez alors la curiosité de les connaître ; Et si un jour vous allez en pays d’Octobre et qu’au détour d’un chemin tortueux vous croisez un homme aux yeux couleurs de feuilles mortes, et que vous contempliez dans vos errances ivresque la guerrière vêtue de blanc cueillant des baies dans la clairière toute proche, ne prenez pas peur. Car peut-être voudront-il bien vous inviter chez eux, dans leur demeure aux formes changeantes, parmi les salles, pièces et chambres qui incarneront vos souhaits les plus sincères. Non, ne prenez pas peur, et croquez sans vous en soucier s’ils vous offrent une poire à la peau d’or pure, éclatante au jour et même dans la nuit ; Croquez et soyez assuré que vous partagerez un bien plus grand enchantement.

Célébrations

Dehors, le jour tiède et pâle se retire avec douceur laissant la nuit calme et lumineuse dresser sa belle robe d’apparat. Pierre s’étire, repose sa plume magique et s’en va rejoindre sa compagne. Il n’a pas vu dans le ciel le visage doux et bienveillant de la dame, celle qui y demeure pour descendre chaque soir faire l’amour au père demeurant dans le terreau fertiles de la terre. Sur son perchoir, l’Harfang au plumage blanc fait son nid pour l’avenir et tout en bas dans le verger de Pierre et Audrey se fait entendre comme l’écho lointain et fantomatique de cris et rires d’enfants aux pieds dorés et ailés, mèches bouclées et tignasses au vent. Ils attendent en s’amusant parmi les recoins du vaste verger, ils attendent de venir au monde plein de mystères, de dangers, de malheurs et de promesses. Puis c’est le silence, l’heure belle et grande où le monde est en accord parfait avec l’éternité.

Un ami, un songe.

Un peu plus loin dans les bois, adossé ivre au pied d’un arbre millénaire, dort un jeune enlumineur. Demain, il aura en charge de donner un visage au texte de Pierre. Julien en a bien de la chance, se disait-il en buvant son dernier verre d’hydromel, avant de sombrer dans son sommeil bienheureux, sous l’alcôve du ciel constellé d’étoiles qui étaient autant de promesses d’amours futurs et d’étreintes victorieuses. Il se rassura. L’une d’entre elles serait probablement sa bonne étoile. Une feuille vint délicatement se poser sur Julien Delval, illustrateur et rêveur, amoureux et saint travailleur, buveur et ascète.

Emmanuel Collot

Cliquez pour accéder au site de l’éditeur :

Une évocation du monde de Ji et du monde de Grimbert à l’occasion de la sortie du premier tome de sa trilogie Les Enfants de Ji T. 1 : Le Testament oublié

Les saisons changent mais Octobre demeure dans la gloire de nos coeurs emplis de feuilles froissées, de vents capricieux amenant avec eux les souvenirs tristes et heureux des jours anciens où je t’aimais et où je suis resté dans l’attente du grand retour......

Voilà comment, avec cet hommage, on pourrait faire accueil à cette nouvelle maison d’édition à laquelle SF-MAG souhaite longue vie, comme toutes celles qui tiennent encore contre le vents givrants de l’hiver.
A bientôt, Pierre et Audrey.........


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