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  Sommaire - Dossiers -  La vie de Robert .E. Howard (créateur de Conan)

"La vie de Robert .E. Howard (créateur de Conan)"

La véritable histoire d’amour de Robert Ervin Howard

Il y a des films maudits, des films au destin maléficié que peu ont pu voir en France. Du consensuel à la censure, il semblerait que le cénacle qui décide de la diffusion des films en France soit des plus douteux quand à l’éthique normalement affichée. Sorti en 1997 aux Etats-unis The Whole Wide World a fait l’effet d’un meteor dont la queue flamboyante marqua beaucoup d’esprits par le simple fait que cette romance basée sur des faits réels fut la première véritable tentative d’adapter la vie d’un écrivain issu des littératures dites de l’imaginaire. Ce film c’est un peu la vie, l’amour et la mort de Robert Ervin Howard 1906/1936 dans une histoire qui sera un peu notre Tramway nommé desir, touchant, violent et sincère. Le film est sorti là-bas, loin de chez nous, alors que nous nous ne l’avons même pas honnoré sur nos écrans, et ce même si le doublage en avait été assuré. Un petit festival pu le diffuser le temps d’un week-end pour les chanceux. Puis plus rien......Retour donc sur l’un des plus beaux films réalisé sur un moment pris à la vie d’un homme vraiment extraordinaire........


Quand Patrice Louinet, qui dirige la publication de l’oeuvre intégrale de Howard chez Wandering Star, rencontra Novalyne Price, il me confia que c’était l’une des plus belles rencontres qu’il ait pu faire de sa vie. Douce et avec un regard qui avait ce je ne sais quoi de lumineux, Novalyne, malgré ses 88 ans, est restée une femme magnifique à regarder. Mais Novalyne Price avait un secret, une histoire, celle-là même qui serait un jour à raconter dans un livre. Novalyne Price fut sans doute la seule véritable histoire d’amour de Robert Ervin Howard, créateur de Conan et en même temps de cette branche toute particulère qu’on nomme la fantasy moderne.

Réalisé par Dan Ireland dont ce fut le premier long métrage, The Whole Wide World est une merveille narrative et un magnifique tableau des années 30, avec ses personnages pittoresques et ses paysages hors du temps propre au Texas legendaire. Quand aux acteurs, Novalyne le reconnaîtra elle-même ils sont la parfaite image de ce que fut cette histoire d’amour passionnelle et fusionnelle. L’innocence rêveuse de Renée Zellweger et la présence monolithique et schizophrène de Vincent d’Onofrio participent beaucoup à cette peinture d’une époque fascinante et de cet amour impossible. C’est en 1985 que Novalyne Price écrit ce roman, récit de son amour perdu trop tôt, sa rencontre avec Robert Howard.


Nous sommes en 1934 et Novalyne Price, jeune texane de son état, vient de décrocher son diplôme d’enseignante. Elle n’a qu’un rêve, celui d’écrire et fera une rencontre qui marquera à jamais sa vie ; Au detour de sa vie, au croisement d’un regard, à la découverte d’un homme elle fera la connaissance de celui qui gagnait plus avec sa plume que le riche banquier de sa petite ville de Peaster. Beau comme un Dieu, fou comme un diable, travailleur acharné, Howard est l’archétype de l’écrivain à la Hemingway, sauf qu’il a une sensibilité à fleur de peau, une sensibilité d’adolescent martyr, et Novalyne ne saura à aucun moment qui de ce double obscur qui l’obsède ou de ce géant protecteur l’emportera, jusqu’au dénouement fatal...

Car Robert est un cerebral, un amoureux aux réactions éxcèssives et un névrosé de l’écriture. De plus il est attaché à sa mère « Ann Wedgeworth » comme à la pierre angulaire de son éxistence douloureuse. Prévenue de tout cela par le propre père de Robert « Harve Presnel » Novalyne n’en tiendra pas compte, car elle l’aime, et le coeur a ses raison que......

Deux ans, deux longues années faites de disputes, ruptures, réconciliations. Quand aux silences qui s’en suivent ils enferment Robert howard dans une obstination d’enfant bléssé et Novalyne dans le désespoir. Puis Novalyne quittera ce Texas rêvé pour finir ses études ailleurs. Pourtant, TwoGunBob (c’est son surnom littéraire) viendra la voir une ultime fois, sous le porche de l’éternité, image symbolique, celle que connaissent si bien les amoureux séparés. Il viendra pour lui dire les mots fragiles et maladroits, la promesse de sa fidèle amitié, et peut-être le regret de son amour impossible à réaliser. Rage d’écrire, rage de vivre, Howard est le James Dean tant adoré par ses fans, l’enfant névrosé bléssé peut-être par l’inceste, l’enfant sublime dont les peurs et frayeurs auront la peau au bout de l’histoire. Novalyne s’en va, deux destins se séparent après un moment de partage où l’échange aura été possible. Novalyne en souffrira toute sa vie...


L’été 1936, c’est le drame que nous connaissons tous. Suite au décès annoncé de sa mère Bob rentre dans sa voiture, ouvre la boîte à gants, prend en main le pistolet et met fin à sa douleur. Du concept kantien, impossible de se passer des autres, incapable de vivre ensemble on peut justement ajouter, ce manquement à la possibilité d’aimer, cette erreur qui fait dire non alors que tout clame un grand oui. C’est par delà le vacuité de ce rapport de l’un vers l’autre qu’il faut juger de cette histoire. Novalyne fut son étoile mais la mère de Bob était son soleil. L’étoile ne brillait pas assez fort la nuit peut-être, mais une au moins a brillé dans la nuit de Robert Ervin Howard, et peut-être a-il emporté avec lui cette lumière alors qu’il partait rejoindre sa mère.

Novalyne Price a aujourd’hui 88 ans et son visage porte la marque de cet amour douloureux comme tous ceux qui ont trop aimé ou pas assez pour rendre le miracle possible. Femme merveilleusse vivant en Louisiane elle n’avait jamais raconté son histoire à son mari, une infidélité bien élégante. Renée Zellweger campe merveilleusement bien la jeune Novalyce avec ses hésitations touchantes, sa mélancolie pleine de retenue, mais surtout cette force régénératrice qui n’aura malheureusement pas raison de cette prison de glace qui enserre le coeur de Bob. Quand à Vincent D’Onofrio que dire sinon qu’il faut que vous puissiez voir son regard sous les ciels embrasés par le soleil texan.

L’autre qualité de ce film superbe ce sont ces séquences d’un autre âge, ces moment pris sur pellicule où les deux amants éperdus d’amour s’enlacent en des pauses qui rappelent ces vieux films d’un autre temps. Tout ce passe dans ces instants pleins de grâce, ces baisers comme ne savent plus vraiment nous en servir le cinéma. Figés dans leurs baisers sincères on croirait à du Doisneau en couleur, ou à un Hamilton soudain pris d’un romantisme éffréné. Capturer ces moments pleins de poésie, toucher cet instant où le vrai processus de fusion s’opère entre ces deux êtres qui s’accrochent désespérement à leur courte tendresse, voilà le miracle d’un tel film qui laisse très loin 20 ans de cinéma plus attaché au sensationalisme qu’à ces moments de vérité où la vraie nudité de ces deux être se révèle aux spectateurs. The Whole Wide World est un film fait pour être vu en grand, sur un écran géant. A la splendeur picturale baignée dans la lumière presque iréelle de ce Texas plus vrai que nature, le réalisateur y ajoute l’émotion de l’amour entre ce fou d’écriture qui frôlait le génie, et cette muse rédemptrice qui échouera à chasser ce thanatos qui semble suivre chacun de leur pas, chacune de leurs étreintes sacrées.

Beau comme un mirage le film fait comme arracher une page d’un journal pris à une époque peu connue, ceci pour montrer combien chaque ville, village ou cité, à quelque époque que ce soit, peut cacher des paradis pour amoureux, des paradis qui sont dans la vie, car ils servent de lien entre deux personnes, d’union entre deux coeurs et en même temps symbolise cette rupture, cette séparation fatale, impossibilité à demeurer en un éternel présent. Lieu de tous les possibles, lieu de toutes les douleurs, le Texas apparait dès lors comme la vie rêvée par le truchement de ces deux regards qui s’aiment, ces deux bouches qui s’embrasent, ces salives qui se mélangent en recherche d’un accord impossible. Une éxplosion entre deux galaxies que les cameras du réalisateur retranscrivent magnifiquement bien sur l’écran de nos espoirs perdus et de nos amours trahis, ceci pour dire le souvenir, la trace, et cette folle espérance de croiser de nouveau cette route si belle et lumineuse, cette source vive, cet autre qui nous manquera à jamais. Magique !


Vincent D’Onofrio est le portrait vivant de cet Howard, de sa folie, de sa volonté de vivre et sa nécéssité de mourir. En cela il laisse une interprétation qui est comparable à celle que fit jadis Val Kilmer de Jim Morrison. Plus vrai que nature, puissant et fou, sensible et amoureux, écorché et malheureux, il est le portrait géant de cette amérique des incompris et des inadaptés, cette amérique qui fera toujours rêver. Le visage romantique et sauvage d’une amérique d’un autre temps d’un Texas issu d’un étrange mélange entre un eden perdu et le chaudron des sables rouges d’une terre aux contrées sauvages et sans fin. Une incroyable étude d’atmosphère que les cameras de Dan Ireland illuminent d’une patine subtile touchant à l’éternité, éternité d’un amour sanctifié sur l’écran.

En France, si vous pouvez lire la zone 1 n’hésitez pas une seule seconde, ce film est un magnifique hymne au droit à aimer et au souvenir qui en est l’immortalité. Alors, peut-être que par un étrange jeu de relations et de correspondances vous finirez par vous retrouver dans cette histoire simple et complexe, belle et cruelle, peut-être vous souviendrez vous pour certains de celle que vous avez aimé plus que toutes et qui demeure dans le ciel de vos pensées malgré le temps, les rencontres, les échecs et les renoncements, malgré les plaies et les rides, malgré les malheur, malgré les cons et les salauds, pour dire que cette vie vallait quand même la peine d’être vécue, même si personne ne sortira vivant de cette histoire sans Dieu qui finit toujours par nous tuer et avoir le dernier mot, quand le matin les oiseaux élèvent leurs chants dans le délitement mordoré de l’Aurore, oui, l’Aurore......

Un livre poignant, un grand film et une belle édition DVD.

En France, patrie de suffisance et d’éxclusion, ce film fut censuré. Inutile de chercher qui est responsable. Souhaitons seulement qu’un jour un éditeur ait l’idée lumineuse de publier le livre magnifique de Novalyne Price et le film beau à en mourir qui en a été tiré avec tant de classe et de justesse dans les sentiments........


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