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  Sommaire - Livres -  M - R -  Cowboy Angels



"Cowboy Angels "
de
Paul McAuley

Editeur :
Robert Laffont
 

"Cowboy Angels "
de Paul McAuley



« Nous voulions donner notre mode de liberté, notre mode de vie à toutes les contreparties de l’Amérique que nous pourrions trouver. Et tu sais quoi ? La plupart nous détestent à cause de ça. »

En 1966, sous la présidence de Richard Nixon, les Etats-Unis parviennent à trouver la voie vers des univers parallèles, grâce aux Portes de Turing, le scientifique ayant inventé le concept de l’ordinateur quantique universel. Dans certains de ces mondes parallèles, l’Amérique est devenue communiste, ou est la proie des gangs, quand elle n’a pas été ravagée par la guerre nucléaire, la crise des missiles de Cuba ou la Guerre froide ayant pris la pire des tournures possibles. Autant d’uchronies qui évoquent "Le Maître du Haut Château" de Dick - auquel McAuley adresse un clin d’œil -, avec son Amérique sous le joug de l’Allemagne nazie et du Japon. On pense aussi à "En attendant l’année dernière", où un tyran manipulateur va chercher dans d’autres dimensions des doubles de lui-même pour asseoir son règne.

Fort modestement, l’Amérique dépeinte par l’auteur se considère comme « Le Réel », et voit tous les autres mondes comme autant de « faisceaux » où l’Histoire a dévié de son cours naturel. Sous l’impulsion de Nixon et avec tous les moyens de la Compagnie (services secrets équivalents à la CIA), le Réel s’investit d’une mission : répandre sa version d’une Amérique libre et démocratique dans les différents faisceaux. Ironiquement, l’Amérique doit libérer les Amériques, c’est-à-dire les versions dévoyées de son idéal originel, unique et incontesté. Pour remplir cette mission, la Compagnie a à son service les voltigeurs, de super agents des Opérations Spéciales, experts ès meurtres, machinations et coups d’état, des barbouzes dimensionnels aussi redoutables et expérimentés que Jason Bourne en son domaine et en son époque. Que l’on puisse voir en ce roman une parabole sur l’interventionnisme américain - au Vietnam, mais aussi en Irak et en Afghanistan - est une évidence. "Cowboy Angels" est aussi ce que l’on appelle communément un roman post 11 septembre, où l’Amérique peut être touchée sur son propre territoire, par ses propres armes - dont la plus effrayante d’entre elles, le feu nucléaire - et peut-être par ses propres enfants.

Quand Jimmy Carter est élu, il met fin à toutes ces prétendues guerres de libération et tente de rétablir la paix dans une douzaine de faisceaux. Les agents sont sur la touche, les responsables en disgrâce, la Compagnie en sommeil, même si elle n’a pas dit son dernier mot, et projette de sourds complots. Si l’assassinat d’un président n’est plus de nature à changer de façon considérable le cours de l’Histoire, un attentat nucléaire majeur sur le sol américain aurait des répercussions d’une toute autre ampleur, pour les Etats-Unis, et pour la Compagnie. C’est alors qu’aujourd’hui, en 1984, Adam Stone - vétéran à la retraite retiré dans le faisceau paisible d’une Amérique rurale - est forcé de reprendre du service. Il doit retrouver son vieux frère d’armes Tom Waverly, accusé d’avoir assassiné dans six univers différents six doppelgängers (des versions parallèles) de la même personne : Eileen Barrie, mathématicienne spécialiste de la théorie quantique et des portes de Turing.

Le décor est planté pour une incroyable course poursuite entre Stone et Waverly, épaulé dans sa mission par Linda, la fille de Waverly, qui travaille aussi pour la Compagnie. Entre sacrifice et trahison, l’amitié sur un fil des deux vétérans peut à tout moment basculer, selon les circonstances, selon leurs intérêts. Cette course contre la montre sera une course contre la mort - la leur, celles de leurs proches - et aussi une course dans les couloirs du temps. En effet, à un moment clé du roman il s’avère que ces voyages dans d’autres dimensions peuvent se doubler de voyages temporels. De quoi donner le vertige, mais pas à ces deux professionnels qui ont tout vu, tout fait, et qui vont vivre une aventure palpitante, doublée d’une réflexion sur l’Histoire et le cours de l’Histoire, le libre arbitre et le destin, les notions de pouvoir, d’impérialisme et d’expansionnisme. Complexe sans être confus, riche en rebondissements, en personnages forts, "Cowboy Angels" est un thriller de SF musclé comme du Spinrad, intelligent comme du Greg Egan, machiavélique et haletant comme du Ludlum. Une réussite à tous les niveaux, et une nouvelle preuve du talent de McAuley.

Hervé Lagoguey

Cowboy Angels, de Paul McAuley (Cowboy Angels, 2007), traduit de l’anglais par Bernard Sigaud, Robert Laffont, Ailleurs et Demain, 2009, 484 pages, 22 euros.

Une autre chronique de ce livre (signée Emmanuel Collot) est disponible dans le sfmag N° 63 vendu en kiosques du 21 mai au 20 juillet 2009. Puis disponible en PDF dans la rubrique e-books de ce site.






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