SF Mag
     
Directeur : Alain Pelosato
Sommaires des anciens Nos
  
       ABONNEMENT - BOUTIQUE - FAITES UN DON
Sfmag No102
103
E
n
 
K
i
o
s
q
u
e
s
RETOUR à L'ACCUEIL
BD   CINE   COUV.   DOSSIERS   DVD   E-BOOKS  
HORS SERIES    INTERVIEWS   JEUX   LIVRES  
NOUVELLES   TV   Zbis  
Encyclopédie de l'Imaginaire, plus de 13 000 articles
  Sommaire - Dossiers -  X-Files -  Histoire et contenu des X-files...

"Histoire et contenu des X-files..."




Aux frontières du réel - The X-Files (V.O)

Vous le savez tous désormais : la vérité est ailleurs. La maxime de Chris Carter est devenue en quelques années le symbole du succès de sa série Aux frontières du réel (The X-Files en V.O). Un succès fulgurent, inattendu mais moins inexplicable que les mystères sur lesquels enquêtent Mulder et Scully, le couple d’agents du F.B.I le plus célèbre du petit écran. Car la vérité d’une réussite est belle et bien là. The X-Files s’impose d’elle-même quand on dresse l’inventaire des meilleures séries de la décennie 90. Téléspectateurs et critiques sont unanimes. Chris Carter est le génial instigateur d’une intrigue labyrinthique, d’un suspens endémique, d’une histoire captivante devenue mythique de son vivant ! Les récompenses et des audiences records jalonnent le parcours d’X-Files, qui sans avoir un jour rêvé d’être grande, est devenue un phénomène de société pour toujours.

Synopsis :

L’agent spécial Fox Mulder s’occupe d’un obscur service au sein du F.B.I : les affaires non-classées. C’est dans ce service troglodytique qu’échouent toutes les affaires n’ayant pu être élucidées par les méthodes d’investigation traditionnelles. Souvent, ces affaires présentent des caractéristiques paranormales. Bien que brillant criminologue, Mulder est raillé par ses collègues qui le surnomment « le martien » et discrédité par ses pairs et ses supérieurs. Mais sa pugnacité est à toute épreuve car les affaires sur lesquelles il planche représentent avant tout un espoir de retrouver sa sœur Samantha disparue quand ils étaient enfants.

Mulder soutient la thèse insolite d’un enlèvement par des extraterrestres. La curiosité de ce marginal finit par déranger en haut lieu et ses supérieurs décident de lui adjoindre une collègue, scientifique de formation. Dana Scully est missionnée pour le surveiller et disqualifier ses rapports taxés d’extravagances en les soumettant à sa rigueur scientifique. Dès lors, deux points de vue s’opposent mais se complètent également. Mulder possède l’ouverture d’esprit qui manque à Scully et Scully est un garde-fou précieux pour Mulder en privilégiant un processus de pensée logique et basé sur les réalités scientifiques. Le temps passe et les conclusions d’enquête éprouvent le scepticisme de Scully. La science ne suffit pas à expliquer les phénomènes dont elle est le témoin. Mulder lui fait alors part de sa conviction qu’un complot gouvernemental très élaboré et aux ramifications mondiales étouffe la vérité sur les activités extraterrestres depuis des années. Ces créatures utilisent la Terre comme terrain d’expériences. Leurs visées colonialistes semblent implacables étant donné qu’ils sont couverts par certains dignitaires qui voient en la collaboration une unique chance de survie. Scully finit par se joindre à la quête de vérité de Mulder après que plusieurs évènements résistant à ses interprétations cartésiennes aient fini par faire germer la graine du doute.

Le point de départ :

C’est en 1992 que Chris Carter est engagé par la Fox pour développer de nouvelles séries. Passionné d’histoires mystérieuses comme celles traitées par les classiques que sont La Quatrième Dimension (The Twilight Zone en V.O)ou Alfred Hitchcock présente (Alfred Hitchcock presents en V.O), le concept d’ X-Files naît très vite dans son esprit. Une ancienne série en particulier fait office de source d’inspiration : Kolchak, the Night Stalker (Dossiers brûlants en V.F).

Dans un deuxième temps, le livre de John Mack, Abduction : Human Encounters with Aliens, représente une véritable bible à laquelle se rapporter. Ce psychiatre réputé prétend que chaque année des milliers d’américains sont victimes d’enlèvements extraterrestres. D’après lui, ils sont utilisés comme cobayes pour des expériences diverses et variées aux finalités secrètes. Après quoi, ils sont hypnotisés et relâchés. Chris Carter s’approprie une matière première solide qu’il enrichit en creusant un peu la culture populaire et médiatique. Il sait que le thème de la conspiration provoque l’intérêt de l’opinion publique et par extension du téléspectateur. Le mythe du gouvernement compromis qui passe sous silence certains faits d’actualités (WaterGate, IranGate,...) a ses adeptes. Le battage autour d’affaires telles que Roswell confirme que les histoires de complot ont toutes les chances d’accrocher le public. The X-Files s’annonce comme une vraie série de science-fiction. Force est donc de se pencher à l’occasion sur les grands classiques du genre. Un large éventail de légendes et de polémiques plus contemporaines attend d’être rafraîchi, d’être traité, toujours dans le respect de l’œuvre ou du mythe originel.

A présent, il ne reste plus qu’à inscrire l’intrigue dans la durée. Le truc c’est de l’ancrer dans une réalité historique et une continuité qui fidélisera l’audience. Le fil conducteur d’ X-Files prend peu à peu forme et chaque épisode doit enraciner l’histoire dans un tout. Chaque épisode est une pièce supplémentaire qui se met en place dans le grand « puzzle Carter ». Bref, des bases sérieuses sont jetées ; des fondations sur lesquelles une série intéressante peut se bâtir sont creusées. Et pourtant, l’adhésion publique escomptée n’est pas encore au rendez-vous des premiers épisodes. L’avenir d’ X-Files n’est pas tout tracé. La Fox commande malgré tout une première saison. La suite, nous la connaissons tous. Après quelques épisodes aux scénarios ciselés voire digne du cinéma , le téléspectateur est conquis. L’univers oppressant, paranoïaque, en un mot typiquement « x-filien » est planté et en moins d’un an, Chris Carter a donné une nouvelle dimension à la définition de série culte.

Les acteurs :

David Duchovny alias Fox Mulder :

Plus jeune, David Duchovny (de son vrai nom Ducovny qui signifie « spirituel » en russe) ne se destine pas au métier d’acteur. Il étudie la littérature anglaise à Princeton puis à Yale. Parallèlement, il prépare un doctorat en philosophie. Un jour, un ami l’encourage à se présenter au casting pour une publicité sur une marque de bière. Là, c’est tout simplement le coup de foudre. Il monte d’abord sur les planches des théâtres et finit par décrocher le rôle d’un personnage atypique dans la série Twin Peaks. Il est le détective travesti. Il tourne ensuite dans quelques films passés inaperçus. Durant quatre ans, David Duchovny devient le narrateur de la collection érotique « Red Shoe Diaries ». Enfin, en 1993, il saisit la balle au bond et est retenu pour incarner l’agent Fox Mulder. Dans ce rôle, il crève le petit écran et dès 1998, il peut alterner le tournage d’X-Files avec celui de plusieurs films. Il s’illustre même dans une publicité pour la Ford Mondéo. Reconnu pour ses rôles au cinéma, à partir de 2001-2002, il abandonne complètement son personnage de Mulder pour se consacrer exclusivement à sa carrière cinématographique. En 1997, David Duchovny épouse l’actrice Téa Leoni.

Sa filmographie comporte quelques titres à signaler parmi lesquels : Beethoven (1992), Le Damné (Playing God en V.O, 1997), Droit au cœur (Return to me en V.0, 1999), Evolution (2001), Zoolander (2002), Full Frontal (2002),... Il sera aussi à l’affiche de films annoncés pour 2004 : My Dark Places, Connie and Carla et House of D.

Gillian Anderson alias Dana Scully :

Gillian Anderson passe son enfance à Londres et ne retourne vivre aux Etats-Unis qu’à l’âge de l’adolescence. A l’école, elle fait les quatre cents coups et se fait plus remarquer par ses écarts d’attitude que par son travail. Ce n’est qu’après avoir un diplôme du Goodman Theater school of Drama de l’université De Paul de Chicago en poche, qu’elle se voit proposer d’être représentée par deux agents. Elle part alors pour New York histoire de se rapprocher de Broadway. Elle enchaîne les rôles au théâtre et est même récompensée pour sa prestation dans Absent Friends. Une période faite de hauts et de bas s’ensuit et les auditions qu’elle passe ne donnent rien. Elle obtient malgré tout un rôle dans The Turning et dans la pièce The Philanthropist. Gillian Anderson finit par s’envoler pour Los Angeles où elle se présente pour interpréter l’agent Dana Scully.

Mais si Chris Carter sent d’emblée qu’il a trouvé la perle rare, les producteurs sont plus difficiles à convaincre. C’est donc lui qui l’impose et lui permet de faire rapidement ses preuves. La filmographie de Gillian Anderson est encore au jour d’aujourd’hui relativement erratique mais certaines apparitions laissent entrevoir l’étendu de son talent : Les Puissants (The Mighty en V.O, 1998), La carte du cœur (Playing by heart en V.0, 1999), The House of mirth (2000),...

A la loupe :

Le thème :

Dans la lignée des Envahisseurs (The Invaders en V.O), The X-Files est indéniablement une valeur sure de la série de science-fiction. Les investigations de l’agent Mulder débordent du champ d’action policier habituel. Il est systématiquement entraîné à la frontière entre science et paranormal. Quant à sa motivation première, elle est en elle-même un ingrédient de science-fiction. Mulder est à la recherche de sa sœur enlevée par des extraterrestres. Un tel vécu le prédispose à se tourner vers le surnaturel. Mais dans science-fiction, Chris Carter n’oublie pas le mot « science » et il associe à Mulder le personnage de Dana Scully. De confession sceptique, elle est la partenaire indispensable pour rattacher chaque enquête à une réalité scientifique. La science en tant que référentiel apporte un réalisme appréciable. Elle contrebalance la propension de Mulder à explorer l’irrationnel.

L’équilibre entre science et fiction est ainsi atteint et fonctionne à la manière du tandem Mulder/Scully c’est à dire incroyablement bien. Bien sûr, The X-Files, comme toute série, raconte une histoire. Fox Mulder cherche sa sœur Samantha. Pour Chris Carter, le personnage de Samantha est avant tout la personnification d’une quête plus abstraite au relief philosophique : celle de la vérité. La vérité est une notion puissante et libératrice qui ajoute aux enquêtes de Mulder une résonance universelle. Il s’agit d’un thème si fort qu’il devient le leitmotiv de la série : la vérité est ailleurs. Une vérité insaisissable qui se cache aussi bien dans les non-dits du gouvernement que dans une kyrielle d’histoires aux thèmes classiques ou plus inventifs. Vampires, loups-garous, sorcières, maladies ou dérives technologiques sont autant de mystères sur lesquels s’interroger.

Le ton :

Quand il introduit le complot et sa mondialisation, Chris Carter tient une histoire qui parle à tout le monde. Il sait que le téléspectateur aime être manipulé. Pour le tenir en haleine, il sollicite ses nerfs et sa fibre paranoïaque jusqu’à satiété. Tout dans X-Files, des décors aux scénarios, contribue à créer et densifier une atmosphère oppressante de suspicion où l’issue n’existe pas. Les ressorts scénaristiques de l’enlèvement, du combat et ceux plus ponctuels de la maladie ou de la solitude des deux héros perpétuent l’intensité dramatique. The X-Files est une série noire d’où l’humour n’est pas totalement absent mais se manifeste essentiellement sous la forme ironique. Les épisodes plus décalés ponctuent les saisons et mettent une fois encore la fantaisie des scénaristes en avant. Du début à la fin, l’intrigue constitue la priorité de Chris Carter. Les digressions et le changement de ton alimentent la trame du complot que Mulder et Scully tentent de mettre à jour. La violence est omniprésente sans être exprimée visuellement par une multiplication de scènes d’action. Elle est un élément narratif à part entière. L’univers X-Files est donc un savant mélange de tous ces sentiments.

Le rythme :

La règle d’or de Chris Carter pourrait être : aucun temps mort. Les épisodes distillent les indices les uns après les autres. L’histoire progresse par étapes à mesure que les enquêtes avancent et apportent des réponses. Regarder X-Files peut s’apparenter à un véritable jeu de piste. La série a ses codes, son vocabulaire et Chris Carter maîtrise à merveille les ficelles du suspens. Les fausses pistes, les rebondissements et les renversements de situation interviennent aux moments propices pour donner une nouvelle impulsion à l’intrigue. Les fins de saison sont par conséquent des instants charnières où le temps, comme le souffle du téléspectateur, se suspendent. Mais l’originalité d’X-Files réside dans sa composition. Les épisodes se classent en deux catégories. Les premiers, mis bout à bout, forment le fil conducteur et la mythologie de la série. Les autres marchent de façon indépendante. Les fans parlent de « Loners ». Ils démultiplient les possibilités des scénaristes qui savent les exploiter pour étoffer leurs personnages et s’aventurer dans des registres différents.

La mythologie X-Files :

Les fans y font sans arrêt référence. L’expression est indissociable de la série. Le tout étant de définir avec précision ce qu’englobe ce terme générique. La mythologie X-Files, c’est d’abord un état d’esprit. Mulder et Scully évoluent dans un univers où plus que jamais les apparences sont trompeuses et les mensonges convaincants. La vérité est fugace et même lorsqu’on croit la tenir, elle se dérobe à nouveau ou bien ne s’avère être qu’une infime partie d’un tout. La mythologie, c’est ensuite tout un monde d’une complexité rare sorti tout droit de l’imagination fertile de Chris Carter. Ce monde évolutif a une organisation laissée dans l’ombre et des notions propres. Le déroulement de la série permet de le découvrir, pièce après pièce. Etrange et nébuleux, il s’articule autour de structures tels que le syndicat, groupe d’hommes en contact avec les extraterrestres ou de notions telles que la colonisation, la collaboration ou la résistance. Cette mythologie repose bien entendu sur une galerie de protagonistes. Des héros aux ennemis de la vérité, tous gravitent dans un univers dont Chris Carter détient les clefs.

La relation Mulder/Scully :

L’un des points forts d’X-Files est indubitablement la relation qui unit les deux personnages principaux : Fox Mulder et Dana Scully. Si au début de la série, Scully est annoncée comme une gêne supplémentaire pour Mulder, elle devient rapidement une alliée extraordinaire. Les caractéristiques de son personnage favorisent une dynamique de duo fantastique. La confrontation de deux points de vue : croyance et scepticisme donne lieu à des joutes verbales inoubliables. A n’en pas douter donc, Mulder et Scully portent en grande partie le succès de leur série. Leur alliance dans un combat qui s’il n’est jamais vain semble infini, est un atout et une touche positive primordiale.

Les produits dérivés :

Le film :

Est-il besoin de le rappeler, en une décennie, The X-Files a révolutionné la notion de série culte. Succès oblige, en 1998, Chris Carter se paye le luxe d’une adaptation au cinéma. The X-Files : Combattre le futur (The X-Files : Fight the futur en V.O) est réalisé par Rob Bowman. Fait de manière à pouvoir à la fois s’insérer dans la trame de la série (entre la saison 5 et la saison 6) et plaire aux néophytes, il connaît une réussite honorable.

Les jeux vidéos :

La reconnaissance de X-Files n’étant pas uniquement publique, son potentiel commercial est logiquement exploité avec la sortie d’un premier jeu sur ordinateur et d’un deuxième, pour fin 2003, sur Playstation 2 et Xbox. Résister ou servir (Resist or serve en V.O) est une prolongation interactive de l’histoire, dans le plus pur esprit de la série.

La fin :

Toutes les bonnes séries ont une fin. Bien qu’ X-Files ait su garder une qualité de scénario irréfutable sur tant d’années, la série s’essouffle. La cause majeure de la désaffection de l’audience est sans nul doute le départ progressif de Fox Mulder et de son interprète David Duchovny. Il était au cœur de l’histoire et Scully sans Mulder, c’est un peu comme Starsky privé d’Hutch. La mécanique bien huilée commence à grincer. Chris Carter essaye de rebondir en déclinant une nouvelle mythologie, soutenue par un autre couple d’enquêteurs : John Doggett (Robert Patrick) et Monica Reyes (Annabeth Gish). Des idées neuves donnent des épisodes remarqués mais l’ensemble est fragile et ne décolle pas. Beaucoup d’efforts ne parviennent pas à faire oublier le bon vieux temps. The X-Files est la preuve, s’il en fallait, que les protagonistes sont une composante fondamentale de la série. C’était Mulder et Scully ou rien d’autre, les téléspectateurs se sont exprimés.



Retour au sommaire