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"Légendes de la Nuit "
de
Richard Matheson

Editeur :
Denoël (6 novembre 2003)
 

"Légendes de la Nuit "
de Richard Matheson



7/10

A-t-on encore besoin de présenter Richard Matheson ? Pour ceux qui auraient passé les cinquante dernières années au fond d’une grotte, disons simplement que c’est l’un des écrivain américains de SF et de fantastique dont l’œuvre a été le plus traduite, diffusée... et adaptée (cinéma, théâtre, pièce radiophonique) ; que “ Journal d’un monstre ”, son premier texte, qui l’a fait connaître dans le monde entier, peut être compté au nombre des meilleures nouvelles jamais publiées ; et que plusieurs de ses romans font figure de grands classiques. La parution en omnibus de quatre d’entre eux vient opportunément rappeler la virtuosité d’un auteur pour qui le qualificatif populaire est aussi juste que flatteur.

Je suis une légende est un récit terrifiant qui met en balance une constante tension apocalyptique et les abîmes singuliers de l’humain. Tension apocalyptique parce qu’il décrit une terre alternative où, à la suite d’une virulente épidémie, les hommes ont été transformés en créatures mi-mortes mi-vivantes et, partant, où la société telle qu’on la connaît aujourd’hui s’est effondrée. Au milieu de ces vampires d’un nouveau genre, la légende du titre est un homme que le virus a épargné, un individu tout ce qu’il y a de banal dont on va suivre au quotidien la lutte pour la survie - et la quête désespérée d’un sens à donner à cette survie.

C’est là que le texte nous confronte aux abîmes singuliers de l’humain, puisque cette quête va inciter Robert Neville (le survivant) à braver sa peur, à sortir de la maison-forteresse où il s’était barricadé, et l’entraînera à la recherche de la vérité sur l’origine du virus ainsi que dans une impitoyable odyssée vengeresse, ponctuée par quelques mémorables rencontres (le chien ; Ruth). Le roman se transforme alors en une subtile parabole sur la condition humaine, avant de se boucler - au-delà de la solitude et des passions - par la métamorphose finale du héros, devenu aberrant à force d’être normal quand la norme autour de lui est l’anormalité.

Le jeune homme, la mort et le temps revêt la forme d’un manuscrit publié à titre posthume par le frère du protagoniste principal, Richard Collier. Ledit manuscrit commence à la façon d’un simple journal de bord, où le narrateur relate dans un style concis et sec les événements qui l’ont amené à se détourner de sa carrière de scénariste TV et à partir au hasard des routes : il est atteint d’une maladie incurable, il va mourir sous peu, il veut dès lors s’offrir un peu de solitude pour méditer sur les manques de sa vie, l’épanouissement, l’amour.

Dans un hôtel de la côte, Richard tombe en adoration devant la photographie d’une célèbre actrice, Elise McKenna, qui y séjourna au cours d’une tournée en 1896, soit trois quarts de siècle plus tôt... Irrationnellement, il pense pouvoir rejoindre Elise par-delà la frontière du temps, car de troublantes coïncidences lui font pressentir qu’il a vécu quelque chose avec elle, avant même sa propre naissance. Hallucination psychotique provoquée par l’obsession ? Délire ? Fantasme ou réalité ? Le récit s’emballe, à la fois transe victorienne et parodie d’autofiction, le tout dans une atmosphère trouble d’illusion où les repères sont effacés, et que le moindre accident risque de dissiper. Une belle histoire d’amour. Un rêve. Qui finit mal quand même.
Plus anecdotique, Otage de la nuit met en scène une histoire de maison hantée et de possession. Pour tenter de sauver un mariage ravagé par les non-dits et l’adultère, David et Ellen décident de s’offrir une seconde lune de miel - à l’endroit même où la première avait eu lieu. Cependant le chalet dans lequel il ont trouvé refuge est la proie d’une présence surnaturelle, une femme (fatale) semble-t-il morte depuis des années qui ne peut de fait maintenir de consistance qu’en attirant à elle des hommes vigoureux et en aspirant leur vie. Autant dire que les problèmes conjugaux de David et d’Ellen ne vont pas s’arranger... Classique dans la trame et jusque dans la résolution, le roman se distingue surtout par son climax très lubrique, très cru (à partie de la page 565), une étonnante scène de dédoublement et de possession (digne de L’exorciste) qui reste dans les mémoires.

A sept pas de minuit quant à lui se présente comme le roman dickien du recueil. Chris Barton est un mathématicien sans histoire engagé dans d’austères recherches, et dont la vie n’est pimentée que par la lecture de romans populaires ; jusqu’au jour ou ce petit train-train va subitement lui être dérobé. Ça commence avec la disparition inexplicable de sa voiture sur le parking du labo qui l’emploie ; ça continue avec la rencontre d’un étrange auto-stoppeur dans la nuit, une discussion et un pari non moins étranges sur la nature de la réalité, et la découverte qu’un double de lui-même occupe sa maison. Bien sûr, Barton vire parano : sa famille ne le reconnaît plus, on meurt autour de lui, des gens lui veulent du mal.

Ça finit donc par tourner en traque et en course contre le temps, contre une sorte d’entropie qui semble-t-il menace d’avaler le monde... Du fin fond de l’Arizona à Venise, en passant par Londres, Paris et une Suisse de carte postale, voilà Barton lancé dans un périple haletant à la recherche du secret de cette douloureuse énigme. Tous les poncifs de la littérature d’espionnage y passent : bagarres, poursuites (à pieds, en voiture, etc) rendez-vous mystérieux, échanges de documents, épisodes galants. S’il n’y avait ces brusques glissements de réalité, ces gens qui disparaissent, ces messages incompréhensibles, et cette mystérieuse matrone romaine réincarnée, on aurait cru (et Barton avec nous) voir se dérouler un film de James Bond ou la trame de quelque roman de gare. Alors : hallucinations ? machination diabolique ? Le dénouement est un peu convenu ; sans doute, la surprise aurait été plus vive si le cinéma n’était depuis passé par là...

Mad Dog.

Richard Matheson, Légendes de la nuit, traduit de l’américain par Nathalie Serval, Ronald Bunden, Alain Dorémieux et Hélène Collon, Editions Denoël “ Lune d’encre ”, novembre 2003, 892 pages, 29 €


Présentation de l’éditeur

" De tous les auteurs que j’ai lus, c’est Richard Matheson qui m’a e plus influencé dans mon travail d’écrivain. " Stephen King. C’est en 1950 que Richard Matheson publie sa première nouvelle, " Né de l’homme et de la femme ", aussi connue sous le titre " Journal d’un monstre ". Quatre ans plus tard, il publie son premier roman, Je suis une légende. Avec cette histoire qui mêle vampires et fin du monde, il devient un géant de la littérature de genre ; il n’a alors que vingt-huit ans. Souvent adaptés au cinéma-L’Homme qui rétrécit, Je suis une légende (Le Survivant), La Maison des damnés, Echos (Hypnose), Le Jeune Homme, la mort et le temps (Quelque part dans le temps), Au-delà de nos rêves- ses romans, tous genres confondus, font d’ores et déjà figure de grands classiques





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