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  Sommaire - DVD -  G - L -  La Saga Freddy Krueger
"La Saga Freddy Krueger"
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Décidément, 2002 sera riche en événements vidéo. Après les éditions Collector de Ghosts of Mars, Predator ou Le Seigneur des Anneaux, voici qu’arrivent enfin les DVD de tous les Freddy. À l’unité ou en coffret Digipack (même principe que pour X-Files) regroupant les 7 films, dans des copies restaurées, remastérisées, nanties de bonus revenant sur chaque tournage, Freddy reçoit des hommages à la hauteur de sa réputation et de son succès pour le plus grand bonheur des fans... Et des autres ! Le plus original des psycho-killer, le roi des croquemitaines, l’homme de vos rêves est de retour en DVD.

Au total, 7 films (bientôt 8, si on compte le projet Freddy Vs Jason, que prépare actuellement Ronny Yu) auront été consacrés à Freddy Krueger, le tueur d’enfants brûlé vif par les parents des victimes, et qui revint des enfers pour traumatiser les adolescents en se glissant dans leurs rêves pour mieux les massacrer. Sa seule arme : un gant muni de couteaux taillés en griffes. Coiffé d’un vieux feutre, vêtu d’un pull aux rayures vertes et rouges (“ parce que ce sont les couleurs qui agressent l’œil”, dixit Wes Craven), le visage défiguré par les flammes, la panoplie est complète pour en faire une des icônes du genre, un nouveau monstre du bestiaire fantastique.

C’est en 1984 que Wes Craven, passé à une certaine postérité avec 2 shockers bien traumatisants, La Dernière Maison sur la Gauche et La Colline a des Yeux, réussit enfin à trouver un producteur pour son projet de tueur sévissant dans les rêves. Alors toute petite compagnie, la New Line Cinema dirigée par Robert Shaye, au compte en banque ne dépassant pas les 100 000 dollars (tout ça, vous l’apprendrez dans le documentaire le plus intéressant de tous les bonus, 50 minutes d’interviews des protagonistes du premier volet, qui reviennent 16 ans plus tard, sur leurs souvenirs) alors qu’aujourd’hui, le chiffre peut être multiplié par plus de 1 000, grâce entre autres à la trilogie du Seigneur des Anneaux, Austin Powers, etc. La New Line, donc, se jette à l’eau. Un coup de génie, un coup de maître. Ce fut leur premier succès financier.

Revoir aujourd’hui Les Griffes de la Nuit (pour une fois que le titre français est excellent, servons-nous en !) c’est retrouver un plaisir identique à celui de la première vision. Qui ne connaît pas l’histoire de Nancy Travis et de ses amis, qui découvrent qu’un maniaque les poursuit pour les tuer dans leurs rêves ? Et, petite surprise, son boy-friend qui sera littéralement “bouffé” par un lit n’est autre que le jeune Johnny Depp, hé oui ! Trips oniriques, meurtres sauvages et notre première rencontre avec ce grand brûlé de Freddy Kruger comptent parmi nos meilleurs souvenirs de la grande époque du Fantastique et de l’Épouvante. Le film n’a pas vieilli, conservant son côté bien plus taré que les autres épisodes, bien plus déjanté, noir, gothique, et terrifiant. Dans la carrière de Wes Craven, on peut dire sans trop de contestation qu’il s’agit là de son œuvre la plus originale, la plus aboutie dans le genre, même s’il déteste l’actuelle fin tout en reconnaissant que Bob Shaye avait raison de prévoir des suites. Un chef-d’œuvre, tout simplement. Le DVD restitue le film dans une superbe copie, l’agrémente de bonus dont le plus conséquent est celui déjà cité, et d’autres qui seront récurrents pour les 6 autres films : énumération des scènes cauchemars les plus fortes, mini-documentaires sur le tournage, bande-annonce. Avec le septième, il sera aussi le seul à posséder un commentaire audio de son réalisateur, à savoir Craven himself. Tout ça en vostf, bien sûr.

Les Griffes de la Nuit connaîtra un très grand succès commercial et critique, gagnant plus de dix fois son budget rien qu’aux States. Bob Shaye raconte dans les bonus à ce propos une anecdote liée à Paramount qui avait été approchée pour distribuer le film en salles, et qui pensa que le risque était trop grand, suite à l’échec quelques mois avant d’un autre film sur les rêves, Dreamscape. Shaye reconnaît aujourd’hui qu’il bénit encore ce refus.

Et Freddy 2 fut mis en chantier. C’est Jack Sholder (dont la meilleure carte de visite demeure Hidden) qui le réalisa, intégrant Freddy dans une autre communauté de jeunes, autour de la principale victime, Jesse, qui devra lui aussi livrer un combat titanesque dans ses cauchemars pour en sortir vivant. Un scénario un peu mince mais pas inepte, comportant d’excellents passages, tel celui où un bus se retrouve dans un décor dantesque au sommet d’une aiguille rocheuse, sauve cette première séquelle, et surtout renforce la popularité de Freddy auprès du public, le film ayant alors pas mal de fans dans la communauté gay (!) à cause d’une scène de douche, vous verrez, ou vous vous souviendrez.

Déçu de voir le personnage lui échapper, Craven écrit le scénario du troisième qui posera de nouvelles bases pour les épisodes suivants. Cette fois, les jeunes “perturbés” dans leur sommeil sont mis en clinique, et se découvrent dans les rêves des super-pouvoirs qui leur permettent de combattre Krueger. Réalisé sans grande inspiration, à l’inverse du scénario donc, par Chuck Russell (Le Blob, L’Effaceur, The Mask et tout récemment Le Roi Scorpion...)), Les Griffes du Cauchemar casse davantage la baraque, partout dans le monde. La licence Freddy prend sa vitesse de croisière.

Mais si on ne surveille pas mieux les meilleures créations, leur devenir peut se dégrader. Et c’est ce que fit Renny Harlin, éclateur de budgets par excellence, pour des résultats parfois pathétiques (au hasard... Driven ?) et dont la filmographie compte au moins trois réussites : Cliffhanger, le génial Au revoir à jamais et Peur Bleue (celui avec les requins, pas celui avec le loup-garou, quand même !). Son Cauchemar de Freddy se contente de repiquer le concept du troisième, et de jouer avec la caméra sur des scènes qui en perdent tout suspense et toute terreur. Une seule idée est à sauver : celle de la pizza à têtes humaines. C’est mince pour un film où l’on n’apprend rien de plus sur Freddy Krueger. Cet opus 4 ressemble à un mauvais remake du précédent. Ce n’est pas le pire de la série, mais c’est loin d’être le meilleur, malgré pourtant un excellent score au box-office. Ce sera aussi la dernière fois que Freddy atteindra de tels chiffres.

C’est Stephen Hopkins qui eut la tâche de prendre les rênes du cinquième Freddy, L’Enfant du Cauchemar. Si son scénario continue sur la lancée des deux précédents, il leur est tout de même bien supérieur. On découvre le secret de la naissance de Freddy, et l’onirisme des cauchemars est magnifiquement illustré par le talent de l’Australien, qui prouvera par la suite ses qualités au travers de Predator 2, Blown Away, L’Ombre et la Proie, etc. Toutes les scènes se déroulant dans l’asile sont superbes, gothiques en diable et enfin, on recommence à avoir un peu peur. Là encore, copie presque conforme de l’opus trois sauf que le talent de Stephen Hopkins en fait une excellente copie. Manque de bol, c’est le film qui rapportera le moins. On amorce la fin du mythe.

Et ce n’est pas La Fin de Freddy qui terminera en beauté cette saga, loin de là même. Là, c’est carrément la fille de Freddy qui livre l’ultime combat contre le monstre dans ce qui constitue le plus mauvais, ou du moins le moins bon, film de la série. Voir Freddy “mourir” dans de telles conditions est d’une grande frustration, et ce n’est pas l’apport du 3-D, gadget bien inutile quand un film ne tient pas la route scénaristiquement, qui y changera quelque chose. Même si la séquence finale constitue le clou du spectacle, avec une maison propulsée dans l’atmosphère, et les détails qui vous sautent à la figure, 3-D oblige. Réalisé par Rachel Talalay, productrice exécutive sur les cinq premiers Freddy, cette expérience démontra son manque total de talent derrière la caméra. Alors, Freddy est-il bien mort ? Non, pas dans ces conditions.

C’est Wes Craven himself qui enterrera définitivement Freddy Krueger dans ce qui est considéré comme le meilleur film avec... Le premier ! Rendre à César ce qui appartient à César, tel semble être la conclusion qui s’impose en (re)voyant Freddy Sort de la Nuit. Cette fois-ci, on mélange réel et imaginaire, les acteurs jouant leurs propres rôles, Craven jouant Craven pour démontrer qu’en créant Freddy, il a fait sortir le Mal au grand jour. On reprend les protagonistes des Griffes de la Nuit, on les appose à Freddy Krueger et là, c’est réellement la fin de Freddy dans un final quasi apocalyptique, aux dimensions des pouvoirs maléfiques de Freddy Krueger. Et si Freddy revient un jour, ce sera uniquement dans un film tout à fait fantastique, où il combattrait l’increvable Jason Voorhees, par exemple...

Après avoir (re)vu ces sept films, plusieurs conclusions s’imposent : Freddy Krueger appartient bel et bien à Wes Craven : il l’a créé, il l’a détruit. Les meilleurs films de la saga sont tous de rang impair : Les Griffes de la Nuit, Les Griffes du Cauchemar, L’Enfant du Cauchemar et Freddy Sort de la Nuit. Cela ne signifie pas qu’il faille “sauter” les autres. Le plaisir qu’on a à revivre les aventures du plus célèbre des croquemitaines demeure intact, même dans ses moins bons exploits. Mais une chose est certaine : cette année, retrouver la saga Freddy en DVD, dans les conditions les plus optimales possibles, fait partie de ces grands événements vidéo auxquels le DVD nous habitue depuis quelque temps. Allez, jetez-vous dans les bras de l’homme de vos rêves, n’ayez pas peur, ce ne sont que des cauchemars...

Spécificités des DVD : bonus tous sous-titrés en français, reportages sur les tournages, focus sur les meilleurs cauchemars, filmographies, bande-annonce originale. Clip Vidéo des chansons tirées du film uniquement pour Freddy 3 et Freddy 5. Commentaires audios de Wes Craven uniquement sur Freddy 1 & Freddy 7. Documentaire inédit de 50 minutes avec interviews de tous les protagonistes du projet uniquement présent sur Freddy 1. Format respecté, tous compatibles 16/9e.



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