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  Sommaire - Cinéma bis et culte -  Zombie Strippers

"Zombie Strippers " de Jay Lee


Avec Jenna Jameson
Robert Englund
Roxy Saint
Joey Medina

-  « Ce sont des zombies »
-  « non ce sont des strip teaseuses »
-  « ce sont des... zombie strippers !!! »

ZOMBIE STRIPPERS est un métrage en apparence stupide dont les arguments marketing sont la présence de deux comédiens « mythiques » : d’un côté Robert Englund, la dernière véritable star du cinéma d’horreur dont tous les fans se souviennent des prestations dans la saga Freddy. De l’autre Jenna Jameson, la plus fameuse porn-star de ces dix dernières années, décidées à changer de registre et à tâter du cinéma « sérieux » (via PRIVATE PARTS ou plus dernièrement EVIL BREED) après plus d’une centaine de porno (dont les remakes récents des « class’X » DEVIL IN MISS JONES et THE MASSEUSE). Bref, voilà de quoi appâter l’adolescent mâle typique en lui proposant, en gros, du sexe et du sang. Mais ZOMBIE STRIPPERS n’est pas uniquement ce produit d’exploitation basique que l’on pouvait craindre (ou espérer pour les plus pervers) et il se démarque rapidement de cette veine à la « Troma » pour trouver sa propre voie... ou du moins la chercher, ce qui n’est déjà pas si mal.

Le métrage commence comme une satire politique et prend place dans un futur proche, après que George W. Bush ait été élu à la présidence des Etats-Unis pour la quatrième dois. Une morale stricte doit régner sur le monde et la nudité vient d’être interdite, forçant les hommes à fréquenter des boites de strip-tease illégales. C’est dans l’une d’elles, le Rhinos, que se réfugie un jeune soldat mordu par un zombie créé par l’armée lors d’une opération scientifique ayant échappé à tout contrôle. Notre mort-vivant infecte alors la vedette du club, la belle Kat. En dépit de quelques menus inconvénients (des clients mangés par exemple) le patron de la boîte, Ian, décide de continuer comme si de rien n’était. Les « zombie strippers » ne tardent pas à avoir beaucoup de succès...mais peut-on vraiment les contrôler ?

ZOMBIE STRIPPERS est donc une comédie érotique et horrifique accompagnée d’une satire socio-politique amusante (et qui vaut bien celle tant vantée des derniers films de George Romero) avant tout destinée aux grands adolescents américains qui téléchargent en cachette les œuvres de jeunesse de Jenna Jamesson. Cependant le réalisateur Jay Lee n’hésite pas à se référer à quelques œuvres sérieuses (il avoue s’être inspiré de la pièce Rhinocéros de Ionesco et ponctue le métrage d’allusions philosophiques) afin de brouiller les cartes. Soit, admettons. Mais la majorité (la totalité ?) des spectateurs de ce métrage voudront sans doute le voir pour ses nombreux numéros sexy entrecoupés de scènes bien gore. A moins que ce soit l’inverse ?
Quoiqu’il en soit ZOMBIE STRIPPERS contient son lot de passages humoristiques et même si la plupart des gags ne sont pas très originaux une bonne partie d’entre eux parviennent cependant à donner le sourire aux spectateurs. A condition d’être dans de bonnes conditions, ce que les distributeurs avaient semble-t-ils compris en servant aux journalistes de l’alcool lors des projections presse américaines.
Les répliques spirituelles sont nombreuses, par exemple lorsqu’une Jenna Jameson zombifiée termine sa lecture de Nietzsche, débutée de son vivant, et s’exclame « Ouah ! ça me paraît bien plus sensé à présent ». ZOMBIE STRIPPERS fourmille de petites citations de ce style, sans doute pas d’un niveau particulièrement élevé mais bien plus recherchée que les gags pendables des pantalonnades à la AMERICAN PIE.
Pour revenir sur les arguments de vente principaux du métrage (sexe et sang), Jay Lee ne triche pas avec son public et lui donne ce qu’il est venu chercher. Les actrices sont sexy et tombent la chemise, et le reste, à intervalles réguliers. Le gore est, pour sa part, gratiné et inventif, dans la meilleure tradition des « splatter comedy » du milieu des années 80. Les effets spéciaux font ce qu’ils peuvent mais sont globalement d’un niveau acceptable. Il ne faut pas en attendre le luxe des productions hollywoodiennes mieux nanties mais l’abondance de sang compense ce défaut.
Quand à Robert Englund il compose un personnage mémorable de refoulé qui utilise un jet de désinfectant chaque fois qu’une strip-teaseuse (« herpès sur pattes ») s’approche de lui. Du pur cabotinage (dans la lignée de son jeu outré pour 2001 MANIACS) qui donnera le sourire à ses fans.
Jenna Jamesson, enfin, prouve qu’elle est capable de jouer de véritables rôles et se moque gentiment de sa carrière dans l’industrie du divertissement pour adultes sans pour autant cracher dans la soupe. Une scène mémorable montre d’ailleurs le zombie Kat insérer des boules de billard dans son vagin avant de les expulser avec force pour défaire son adversaire. Un grand moment !
ZOMBIE STRIPPERS n’est pas pour autant un chef-d’œuvre : si le premier quart d’heure et les dernières minutes sont très réussies, le corps du film oublie un peu ses intentions politiques et tourne rapidement en rond. Malgré un scénario plutôt intéressant Jay Lee se perd parfois dans des longueurs et des scènes inutiles qui auraient mérité davantage de travail. Il faut dire que le bonhomme devait être très occupé puisqu’il était à la fois réalisateur, scénariste, caméraman et monteur. Sans doute trop pour un seul homme et, malheureusement, ZOMBIE STRIPPERS n’évite pas toujours le montage approximatif et la photographie passe-partout des direct-to-DVD ou même des pornos de série.

En dépit de ses nombreux défauts, ZOMBIE STRIPPERS est parvenu à faire parler de lui et à se bâtir un très modeste mais réel « following » auprès des amateurs de films cultes, ce qui était probablement l’objectif du réalisateur dès le départ. Il a donc, en partie, réussi son pari et ce divertissement sympathique mérite bien une vision et un peu de soutien !

Frédéric Pizzoferrato



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