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  Sommaire - BD -  Amour & désir

"Amour & désir" de Collectif


Amour & désir éros et himéros.
Certains amours s’accompagnent de désirs. Parfois le désir est seul présent. Des auteurs de BD ont traité ces deux thèmes de manière différente.

L’amour prend toute son ampleur lorsqu’on prend conscience de l’absence de l’autre

Lucie Albon dans Fragile nous démontre que l’amour est fragile comme un carton. Lorsqu’un couple se sépare un autre peut se former. Cependant il arrive que quelqu’un s’incruste, peut-être par facétie, à moins que l’amour ou le désir ne disparaisssent jamais.
Il s’agit d’une démarche semblable à celle de Maxime Péroz qui dans Ai to seiyoku qui met l’accent sur l’oubli impossible. Il ne reste qu’un immense désarroi. Dans Sans te le dire Karo évoque le deuil, alors que Séverine Lambour & Benoît Springer dans Dernier parloir évoquent une séparation qui doit durer vingt ans. Une absence plus grande est relatée par Simon Hureau dans L’ablation, où une petite fille devra attendre 45 ans pour découvrir pourquoi son ami d’enfance est resté enfermé chez lui depuis l’âge de huit ans.

Certains se moquent des amoureux et de ceux qui aspirent à une relation physique.

Le héros de Clément Baloup dans La Douche est un adolescent qui dans les vestiaires de la piscine a une révélation : de l’autre côté du mur... les filles sont en train de se changer !
Celui d’Ipomée dans L’ordinaire constate amèrement que jamais une femme ne fera attention à lui.
Samos Teller dans Toutes les filles s’appellent Mathilde relate les méditations d’un quidam qui pense à l’être aimé en s’inspirant de la philosophie des Shadocks. D’où cette réflexion hautement philosophique " Elle est le soleil de sa vie, la lumière de son âme, le nutella de ses tartines, tout !!! (Romantique n’est-ce pas ?)
Une initiative à rapprocher de celle de Jean-Luc Coudray qui fait intervenir ses deux héros Béret et Casquette pour les faire discuter philosophie :
- L’amour est désintéressé
- Le désir est intéressé
- Ma femme me reproche de ne pas être assez intéressé.

Domas & Marin dans Météor Show nous relatent les mésaventures d’un maladroit qui se fait jeter pour une parole malheureuse. Ses affaires ont ainsi atterri sur le trottoir... et lui aussi.
Caritte dans Unis dans l’amour manie l’humour noir (avec un texte en vers).
Puis viennent les grosses vannes comme Vincent Henry & Sylvain Moizie qui dans Méli-mélo évoquent une partouze aboutissant à une catastrophe. Une démarche à rapprocher de Brasserie des amours d’Hélène Laplaze & Patrick Lacan puisqu’une personne réalise son erreur (il a confondu amateur de fétiches et fétichistes).
De même Eco dans Passion nous démontre la distinction existant entre amour et passion. Ainsi un homme peut aimer une femme et néanmoins avoir une passion pour... ses maquettes
Mathéo Le Rouge Gasoline nous présente les fantasmes d’un individu qui rêve de ce qu’il ne pourra jamais être, pour fuir la terne réalité.
Vingt huit trous est l’occasion pour Simon Hureau de nous présenter un jeune garçon fasciné par les chaussures de la voisine. Ah..., mais avec la suite Soirée portes ouvertes l’auteur fera intervenir une petite fille de l’âge du jeune héros. Allez savoir,... mais il est possible que les perspectives du garçon évoluent.

Certains des auteurs sont plus directs. Puisque l’amour et le désir existent pourquoi ne pas le représenter ou en discuter ?

C’est ainsi que Sylvain-Moizie dans Jef représente crûment le désir, alors que Natacha Sicaud dans La Ronde en profite pour signaler sa parfaite maîtrise du noir & blanc.
Cmax dans Une fumée de soupirs relate une histoire muette traitant d’un amour homosexuel.
Amour plastique donne à Amandine & Drac l’occasion de relater la fascination d’une peintre pour son modèle.
Dans De la Vérité de Maud, des amis se livrant au jeu de la vérité évoquent l’amour ou le désir, dans des histoires (qui sont peut-être authentiques). De même J’aime permet à Soulman de leurrer le lecteur, tout comme d’ailleurs Ella Forbin dans Petits instants où un couple discute de ses opinions concernant l’amour et le désir.
Une pratique semblable à celle des héros de Léa de Tommy Redolfi où l’on s’interroge si ce qu’on éprouve est juste de l’amour ou juste du désir.

Il est également possible d’adapter.

Alors que Vincent Henry & Amandine Puntous réalisent Lemon Incest d’après la chanson de Serge Gainsbourg, Vincent Dutreuil avec Tissu de vérités a adapté la nouvelle "Dans le fourré" (1) de l’écrivain japonais Ryûnosuke Akutagawa.

Puis vient le traitement surréaliste

Dans Trop pur d’Aurélien Bédéneau un psychanalyste et un policier discutent du cas d’un assassin romantique. Tandis que Roda L’acteur, l’auteur et le rappeur évoque la vie privée des acteurs de la série TV "Amours et désirs".
D’autres vont plus loin.
Cela commence doucement avec Jean-Luc Cornette dans Au voleur. Son héros entreprend une démarche intellectuelle qui l’a amené à conclure qu’il existe des créatures dévorant les seins et sévissant principalement aux Etats-Unis, ce qui explique les seins en silicone, extrêmement répandus chez la population féminine américaine. Sa compagne apprécie modérément la plaisanterie. Car ce ne peut qu’en être une n’est-ce pas ? Quoique...
Il est difficile d’établir la distinction entre fantastique et fantasme lorsque Patrice Guillon & Michel-Yves Schmitt relatent dans Sexe, drague et rock n’roll la discussion entre un dragueur et son organe masculin, tandis que Richard Di Martino dans "Par mont et par ton..." nous décrit l’exploration du corps d’une géante par un homme minuscule.
Par contre l’intervention du fantastique est manifeste dans Les Cornes de Moulkri de Joël Alessandra dont le héros fait la connaissance de la femme des origines venue de Somalie.
Nancy Pena dans Amour vampire s’interroge. Que doit faire une demoiselle lorsqu’elle réalise que son soupirant dispose de dents pointues ? Pourquoi ne pas consulter le manuel rédigé par le professeur Van Helsing : "Comment se débarrasser d’un vampire en 20 leçons". Très bien autant mettre la méthode en pratique. Mais qu’est-ce quelle fait ?.... Elle n’est pas en train de... si.
Philippe Coudray dans Le cours du professeur Fesseur évoque ce qui provoque l’horreur ou le dégoût, le désir et l’amour.
Le pire c’est que le discours est cohérent. Précisons que le propos de l’auteur repose sur un humour décalé (très décalé).
De son côté Jean-Christophe Pol dans Hélène se lance dans la science-fiction allégorique, plaçant deux amoureux au milieu de monstres, alors que dans un décor post apocalyptique une rose émerge du béton.

Un recueil d’histoires révélant des auteurs à suivre.

(1) qu’Akira Kurosawa a adapté avec le film Rashomon

Damien Dhondt

Amours & Désirs _ La Boîte à Bulles, collection Contre-jour (février 2008) _ Inédit, 320 pages noir & blanc _ 24 euros



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