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  Sommaire - Cinéma bis et culte -  Nathalie dans l’enfer nazi

"Nathalie dans l’enfer nazi " de Alain Payet


Production : Eurociné - France - 1977

Avec Patrizia Gori, Jack Taylor, Jacqueline Laurent, Pamela Stanford, Claudine Beccarie.

NATHALIE DANS L’ENFER NAZI, également connu sous le titre plus optimiste de NATHALIE RESCAPEE DE L’ENFER se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale. La belle Nathalie est une médecin de campagne à qui les nazis ordonnent de soigner le lieutenant Muller, blessé dans une embuscade menée par la résistance. Suite à la mort d’un général, les nazis décident de déporter tous les villageois dans des camps, reléguant les femmes dans la sinistre forteresse de Stilberg. L’endroit est aux mains de la cruelle Helga mais Muller, amoureux de Nathalie, parvient à la protéger du mieux qu’il peut des tortures dispensées par la sadique kapo aux prisonnières de Stilberg. Nathalie, en réalité une espionne chargée de contacter une certaine Ingrid dont les connaissances pourraient mettre en danger la résistance, finit pourtant dans les geoles de Stilberg. Le cuachemar commence...
Dans la série des nazi-exploitations tournées par Eurociné à la fin des seventies, NATHALIE DANS L’ENFER NAZI fait plutôt bonne figure et s’inscrit même parmi les rares réussites du genre. Réussite modeste bien sûr, eut égard aux ambitions limitées de ces métrages essentiellement commerciaux, mais réelle. Le scénario, signé Patrice Rhomm, mélange les ingrédients coutumiers du genre (romance gentillette et impossible, tortures variées, fétichisme du cuir, séquences timidements sado-maso, érotisme, action guerrière, drame et espionnage hérité du roman de gare) avec une véritable efficacité, servi par une musique miélleuse signée de l’inévitable Daniel White, plutôt agréable pour les nostalgiques. On y retrouve aussi des références aux autres nazi-exploitation d’Eurociné avec la forteresse de Stilberg et la présence d’Helga, des noms interchangeables à la sonorité efficace.
Dommage que les interprètes ne mettent pas un peu plus de cœur à l’ouvrage. Patricia Gori et Jack Taylor ne sont pas pleinement convaicants dans leur numéro amoureux mais, heureusement, Jacqueline Laurent en fait des tonnes dans son rôle de tortionnaire sadique, un cabotinage complet qui donne un certain cachet au métrage dans son ensemble. Ricanante dans ses cuissardes, le fouet à la main, l’actrice surjoue de manière tellement éhontée qu’il devient impossible de prendre le thème nazi au sérieux, le film glissant dans un délire érotique digne des bandes dessinées pour adultes florissant dans les années 70.
Pour revenir un peu sur la distribution, la présence de Jack Taylor peut surprendre. Né en 1936, le bonhomme accuse en effet une carrière de 50 ans, débutée dans le bis pur et dur, par exemple pour Jésus Franco (EUGENIE DE SADE, LES NUITS DE DRACULA, LA COMTESSE AUX SEINS NUS). Il connu une seconde vie à partir des années 80 en jouant des seconds rôles dans des productions beaucoup plus prestigieuses comme CONAN LE BARBARE, LE RETOUR DES MOUSQUETAIRES, LA NEUVIEME PORTE ou même des œuvres plus exigeantes comme LES FANTOMES DE GOYA de Milos Forman. Bref, le bis mène à tout à condition d’en sortir, une maxime qui s’applique également à Claudine Beccarie, une des premières sex stars françaises qui devint célèbre avec les do-cul-menteurs EXHIBITION et EXHIBITION 79 avant de quitter le milieu du porno au début des années 80. Enfin, Jacques Marboeuf, Pamela Stanford, Richard Allan et Alban Ceray, vétérans du X français, complètent la distribution de cette production des plus bis mais indéniablement sympathique.
Evidemment, les ambitions de l’œuvre restent limitées et toute prétention artistique s’efface au profit d’un sens...du profit, justement ! Eurociné a toujours été réputé pour ses budgets indigents (c’est même pratiquement devenu une marque de fabrique, voir un étendard, de la firme !) mais Alain Payet semble avoir reçu un peu plus d’argent que ses collègues. Les costumes, véhicules et décors, quoique restreints, sont utilisés avec un indéniable savoir-faire de batteleur, permettant au métrage de paraître relativement bien nanti pour une série Z, bien aidée il est vrai par le principe des tournages simultanés et des stock-shots. La mise en scène se révèle donc plus appliquée que de coutume et ne donne pas trop un sentiment de baclage ni de misère malgrè une certaine mollesse et un manque de folie certains. Payet, en fin cinéphile, n’hésite pas d’ailleurs à recréer des orgies inspirées des DAMNES de Visconti. Mais, à côté des délirantes productions italiennes (LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH et ses jeunes Juives dévorées par des nazi cannibales, HOLOCAUSTE NAZi et son monstre violeur dévorant l’entre-jambe de ses proies en attendant d’accoucher d’une race supérieure,...), ce NATHALIE paraît bien mièvre et plus proche du mélodrame ponctué de sexe que d’un véritable film choc.
Les élements essentiels à la nazi-exploitation ayant toujours été la violence et le sexe, il faut admettre que le fameux pornocrate Alain Payet, récemment décédé, s’intéresse davantage au second qu’au premier. Aucune scène gore ne vient épicer le plat et seule quelques flagellations et de brèves tortures (bien soft elles aussi) émaillent un récit sinon plus porté sur l’érotisme.
Les scènes érotiques, pas très nombreuses et fort soft, se révèlent plutôt jolies et bénéficient de cadrages et d’éclairage un minimum travaillés. Bien sûr nul ne songerait à crier au génie mais au sein d’un sous-genre caractérisé par sa médiocrité crasse, NATHALIE DANS L’ENFER NAZI constitue finalement un "divertissement" acceptable.

Ajout sympathique pour le DVD : la présentation très décontractées d’un Christophe Lemaire affalé sur son divan qui en 20 minutes nous rappelle les hauts faits d’Alain Payet et révèle son grand projet : tourner un remake de ce NATHALIE avec Mylène Farmer dans le rôle titre.

Suppléments : présentation de Daniel Lesoeur, entretien avec Christophe Lemaire, bandes-annonces, galerie de photos, filmographies, fiche technique.

Frédéric Pizzoferrato



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