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  Sommaire - Cinéma bis et culte -  Les Gardiennes du pénitencier

"Les Gardiennes du pénitencier" de Allan W. Steeve (Jésus Franco, Alain Deruelle et Julio Perez Tabernero)


Réalisateur : Allan W. Steeve (Jésus Franco, Alain Deruelle et Julio Perez Tabernero) - 1979

Avec Pamela Stanford, Monica Swinn, Roger Darton, Nadine Pascal, Michel Charrel, Lina Romay, Paul Muller, Jésus Franco.

Peu après la seconde guerre mondiale, un ancien officier SS se réfugie en Amérique du Sud, dans une forteresse dirigée de main de fer par une femme sadique. Les prisonnières subissent tous les caprices des gardiens, quand un commando monté par des rescapées de la guerre investissent le lieu pour réclamer justice.

Dans la grande masse des métrages touchant à la nazi-exploitation produit par Eurociné, LES GARDIENNES DU PENITENCIER constitue un cas véritablement à part. D’abord parce que le film se situe bien longtemps après la fin de la seconde Guerre Mondiale et déplace l’intrigue dans les geoles d’une prison d’Amérique Latine, se rapprochant par conséquent davantage des Women In Prison. Ensuite parce que ces GARDIENNES DU PENITENCIER sont en réalité échappées de nombreuses réalisations antérieures.
Tout commence donc par une scène avec Roger Darton en officer nazi tirée de ELSA FRAULEIN SS, laquelle n’a pas vraiment sa place dans ce GARDIENNES DU PENITENCIER puisque l’action se déplace ensuite dans une prison de femmes bien connue des admirateurs (il y en a !) de Jésus Franco. Notre nazi (toujours Roger Darton dans de nouvelles scènes de liaison spécialement tournées pour l’occasion) est devenu gouverneur, ou directeur de prison ou...en fait cela n’a guère d’importance puisque tout le monde s’en fiche. La compagne du nazi (Monica Swinn) est, pour sa part, devenu directrice de prison et un militaire est chargé de les abattre. Pourquoi, comment...une fois de plus le spectateur n’en a que faire. Car le producteur Marius Lesoeur souhaite surtout recaser une maximim d’images issus du FEMMES EN CAGE de Jésus Franco, tourné quatre ans plus tôt et ensuite inclus dans la liste des Video Nasty anglaise. Jésus Franco avait déjà tourné une poignée de Women In Prison au début des années 70, tout d’abord le classique 99 WOMEN puis QUARTIER DE FEMMES et enfin le fameux DES DIAMANTS POUR L’ENFER. Il va tourner ce FEMMES EN CAGE précité en 1975, qui servira de base aux GARDIENNES DU PENITENCIER après bien des péripéties...Alain Petit, dans les bonus, nous expliquera les différentes hypothèses ayant mené à la création de cette série Z.
Mais revenons à notre histoire de nazi... Après cette laborieuse introduction déboule le générique (sur fond de musique de Daniel White) et le métrage commence vraiment...enfin c’est beaucoup dire puisque LES GARDIENNES DU PENITENCIER se contente alors de reprendre des séquences entières du FEMMES EN CAGE de Franco, entrecoupées de dialogues entre deux prisonnières, Lola et Teresa (Pamela Stanford) qui, bien sûr, tuent le temps en se caressant langoureusement. Mais il faut néanmoins un argument pour justifier tout cela, même minimaliste, et il s’agit ici d’une supposée lettre envoyée par une détenue au gouverneur de l’île afin de dénoncer les tortures perpétrées dans une chambre spéciale. L’amateur de bis se frotte déjà les mains, la bâve aux lèvres, en imaginant les ignobles sévices auquel il va assister à la fin du métrage. Malheureusement les tortures promises ne seront jamais montrées à l’écran... rageant !
Bref, le métrage se poursuit tandis que Nestor, un gardien au sourire niais, ne se lasse pas de contempler Lola et Teresa se lécher les seins et le reste du corps, des scènes qui reviennent à intervalles réguliers à la satisfaction du public mâle. Or, Lola n’est autre qu’une espionne au service des autorités de la prison et Teresa, après un calin humide, lui avoue avoir écrit la fameuse lettre de dénonciation. Lola, suivie de Nestor, vont cafter auprès du directeur qui demande alors à Teresa de recopier cette lettre en changeant de crayon de couleur à chaque mot. Ouf, heureusement qu’on est dans un film de prison de femmes, on pourrait se croire revenu à l’école primaire.
Ensuite, nos deux détenues continuent de se faire des confidences idiotes, l’une avouant avoir tué son mari avant d’en prendre pour vingt ans, l’autre se mettant à rire, sans doute involontairement mais la pellicule coûtant cher, la scène restera telle quelle. La mort du mari est d’ailleurs un grand moment humoristique, en particulier la vision de sa poitrine traversée de plusieurs balle mais sur laquelle on a juste fait tomber un très mince filet de peinture rouge. Autre moment hallucinant, le viol de Lina Romay par son père incestueux (joué par Franco lui-même) dans un flash-back tourné au ralenti et dans un flou rougeâtre.
Le reste du métrage continue sur la même lancée et échappe définitivement à toute tentatives de résumer tant les incohérences abondent. Les différentes intrigues se répondent, se répètent, s’opposent,...bref, le scénario plonge dans le délire le plus outrancier et accumule les scènes les plus invraissemblables. Les dialogues semblent d’ailleurs à peine connectés au métrage et n’ont simplement aucun sens, d’autant que les réactions des personnages sont le plus souvent aberrantes ou incompréhensibles.
En dépit d’une volonté évidente de jouer la carte de l’exploitation, LES GARDIENNES DU PENITENCIER se révèle finalement d’une grande sagesse. L’érotisme se limite à de nombreuses nudités, à de timides papouilles lesbiennes et à de molles étreintes hétérosexuelles. La violence, elle, est pratiquement absente d’un métrage qui se refusera à la moindre scène de torture. A ce niveau c’est carrément misérable : pas la moindre flagellation, pas la plus petite fessée et même pas une simple scène de douche à se mettre sous la dent...bref un désastre !
Confectionné par Alain Deruelle à partir du métrage tourné par Jésus Franco, LES GARDIENNES DU PENITENCIER s’enfonce donc dangereusement dans le n’importe quoi. Alain Deruelle, ayant surtout œuvré dans le porno anodin, occupa d’ailleurs ensuite une fonction similaire sur TERREUR CANNIBALE, réalisé dans la foulée du MONDO CANNIBALE du même Franco. La méthode de recyclage Eurociné dans toute sa splendeur. Bref, dans le cas de Deruelle, il ne s’agit même plus de mise en scène mais simplement de lier au mieux (enfin, disons au pire) différentes séquences, puisées dans trois films différents n’ayant aucun lien entre eux si ce n’est la présence du comique belge de Roger Darton. A ses côtés nous trouvons donc les interprètes coutumièrs de Franco, en particulier la belle Lina Romay et Monica Swinn, sans oublier Paul Muller et - pour les scènes additionnelles - Pamela Stanford et Nadine Pascal.
Considéré comme une des plus mauvaises productions d’Eurociné (c’est dire !), LES GARDIENNES DU PENITENCIER ne peut s’apprécier, à la rigueur, que par les inconditionnels du nanar le plus gouleyant. Mais la plupart des spectateurs risquent d’apprécier davantage les bonus érudits où l’on retrouve Alain Petit que le métrage en lui-même, sommet d’incohérence et de crétinerie.

Suppléments : présentation de Daniel Lesoeur, entretien avec Alain Petit, bandes-annonces, galerie de photos, filmographies, fiche technique.

Frédéric Pizzoferrato



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