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  Sommaire - Livres -  G - L -  L’Énigme du cadran solaire



"L’Énigme du cadran solaire "
de
Mary Gentle

Editeur :
Denoël, coll. Lunes d’encre
 

"L’Énigme du cadran solaire "
de Mary Gentle



Mary Gentle avait engendré l’enthousiasme de nombreux lecteurs lorsque son « Livre de Cendres » avait été traduit en 2004. (Même éditeur, même collection) Cette uchronie barbare menée par une guerrière maudite, une folle mystique guidée par la voix d’un saint, avait fait sensation.

Avec le présent roman, l’auteur ne quitte pas le moyen-âge. L’intrigue débute en 1610 par le cas de conscience de Valentin Raoul Rochefort, l’espion principal de Sully. Il a reçu l’ordre de Marie de Médicis, tout nouvellement couronnée, d’assassiner son mari, le Roi Henri IV, l’ami et protecteur de Sully. Ne pouvant pas désobéir à la nouvelle reine, il conçoit de faire capoter le projet. Pensant qu’il est incapable de réussir, il convainc un illuminé de s’attaquer au Monarque. Mais quand le sort s’en mêle ! Le 14 mai, Ravaillac, profitant d’un embouteillage dans les rues de Paris, (Ah tiens ! Déjà !) saute sur le marchepied du carrosse et poignarde le Roi.

Rochefort doit fuir, pour sauver sa vie et protéger son maître. Alors qu’il se prépare, Dariole, un jeune bretteur, le rejoint. Par des allusions, il lui fait comprendre qu’il le soupçonne d’être responsable du régicide. Rochefort pense ne faire qu’une bouchée de ce jeune blanc-bec malgré sa réputation de fin duelliste. N’a-t-il pas l’expérience des combats ! Ils se battent et le maître espion prend une leçon d’escrime en même temps qu’il se sent physiquement attiré par le jeune homme. Les circonstances les contraignent à faire alliance et ils s’embarquent pour l’Angleterre. En chemin, ils prennent la défense d’un samouraï qui les accompagne jusqu’à Londres.

Et les ennuis continuent ! Robert Fludd, grâce à ses recherches en mathématiques, peut prévoir le futur. Ce qu’il voit n’est guère réjouissant, car ce n’est, ni plus ni moins, que l’apocalypse. Pour l’éviter, il faut remplacer le Roi Jacques Stuart. Il contraint donc Rochefort à récidiver dans le régicide et pour mieux le convaincre, Fludd enlève Dariole. Et quelque part, sous terre, un cadran solaire...

« L’Énigme du cadran solaire », le troisième roman traduit de Mary Gentle, révèle la capacité de l’auteur à aborder un type romanesque particulier, mélange harmonieux de genres. Dans un roman de cape et d’épée, de fantastique, d’aventures, elle intègre une dimension psychologique et matérielle des personnages, avec une confrontation de leurs pulsions, leurs envies à la réalité. Elle ajoute une dimension sensuelle et sexuelle fortes. L’auteur, qui écrit sous pseudo des romans pornographiques, use d’une grande liberté de ton par rapport à tout ce qui concerne la sexualité de ses personnages.

Mary Gentle impulse un ton jubilatoire et une succession de rebondissements allant du tragique au comique, du barbare au sentimental, du trivial au sublime. Cet amalgame entraîne une lecture plaisir.
Le choix des personnages à la fois solides et fragiles, le traitement de leurs caractères, de leur état d’esprit, les rend attachants. Le héros, un homme sur le retour qui s’imagine être toujours le meilleur, se retrouve contraint de vivre une aventure qu’il n’a pas souhaitée et où il s’engage à contrecœur. L’auteur en fait un personnage de chair et de sang, avec toutes ses pulsions, même sexuelles. Mary Gentle ne lui épargne rien, créant des conditions réalistes pour un voyage qui va se dérouler dans des conditions épouvantables. Mais foin d’un héros superbe et triomphant, c’est un individu qui râle, gémit, se plaint. Cela donne un côté tragique (car la vie est menacée) et un aspect comique. De plus, Rochefort n’a vraiment pas de chance et ses relations avec Dariole qui ne perd pas une occasion de le persécuter, ne sont pas faciles.

Elle ajoute, pour compléter heureusement l’intrigue, une énigme fantastique, avec des modélisations mathématiques, tout à fait crédible.

Il faut souligner le superbe travail de traduction de Michelle Charrier pour retranscrire cette fresque et restituer l’atmosphère captivante du livre.

« L’Énigme du cadran solaire », un vibrant hommage au genre de cape et d’épée dans son ensemble, est un roman à l’intrigue solide, aux péripéties variées et au ton divertissant : un grand moment de lecture et d’évasion.

Serge Perraud

L’Énigme du cadran solaire, T.1 et 2, Mary Gentle, Denoël, coll. Lunes d’encre, octobre 2007, respectivement 656 et 400 pages, 28 et 23 €






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