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  Sommaire - Livres -  S - Z -  La guerre des fleurs



"La guerre des fleurs "
de
Tad Williams

Editeur :
Fleuve noir
 

"La guerre des fleurs "
de Tad Williams



Présentation de l’éditeur

La vie de Théo a basculé : un groupe de rock, une petite amie, un bébé en route et soudain, tout s’écroule. Son groupe l’abandonne, sa fiancée le plaque, sa mère disparaît : le cauchemar. Et voilà que surgit une petite créature magique qui l’envoie, allez savoir comment, dans un monde digne d’un conte de fées déjanté peuplé de personnages bizarres. Théo va très vite comprendre qu’il n’est pas dans un dessin animé mais dans un univers bien réel où l’accueil qu’on lui réserve est franchement désagréable. Guidé par quelques compagnons facétieux (une elfe gothique, une fée colérique et des trolls jumeaux gardes du corps), Théo découvrira en Faërie le mystère de sa destinée...

Biographie de l’auteur

Robert Paul "Tad" Williams est né en 1957 en Californie. II exerce toutes sortes de métiers : chanteur de rock, illustrateur et cartooniste ou encore présentateur de radio et de télé. A vingt-cinq ans, il commence écrire "L’Arcane des Epées" et connaît un succès mondial. Il est également l’auteur de la saga de SF "Autremonde" et de la trilogie de fantasy "Les Royaumes des Marches".

Avis de Domino

Il est des livres qu’on peut prendre, laisser puis reprendre sans que le plaisir de la lecture s’en trouve altéré, des livres qu’on peut déguster page après page, tel un gourmet face à un met particulièrement délectable. Et puis il y a des livres qui ressemblent à des chevauchées épiques, qui vous entraînent dans une cavalcade échevelée... à condition de disposer à chaque fois que vous le prenez entre vos mains de plusieurs heures pour vous plonger dans sa lecture.

C’est la grande force mais aussi le défi que représente ce roman. La force car il vous plonge dans un univers quotidien voire prosaïque mais également féerique où toute créature rencontrée appartient au domaine des contes, où toute action est empreinte de magie. Le défi car il s’agit tout de même d’un grand format de près de 700 pages !

N’espérez pas achever ce livre en un week-end, n’envisagez même pas d’en commencer la lecture si vous n’êtes pas prêts à tout oublier autour de vous, tout autre livre ou toute autre activité ! Ce roman est un monstre qui vous dévore car si vous acceptez d’être happé par l’intrigue et son univers vous aurez du mal à le lâcher mais lorsque contraint par les contingences de la vie (dormir, manger, aller travailler) vous en arrêterez la lecture, il vous faudra un certain temps avant de vous replonger avec délices dans les arcanes de cette intrigue particulièrement complexe, comme si le livre se vengeait de votre abandon temporaire !

Alors, lecteur imprudent, ne t’aventure pas parmi les pages de ce roman si tu n’as pas fait le deuil pour plusieurs jours d’heures de sommeil ou de vie sociale ! Ne le choisis pas pour accompagner tes trajets en train ou en bus à moins qu’une panne ou qu’une grève ne t’accorde au moins 2 à 3 heures d’attente...

Ces précautions oratoires prises, disons-le tout de go, ce roman sera selon le lecteur soit un pur ravissement soit une purge de première grandeur ! Tout est question d’état d’esprit et d’investissement personnel !

Tad Williams nous projette donc dans le royaume des Feys ou « Faërie » qui est loin d’être féérique et idyllique. C’est plutôt un lieu de crainte et d’horreur et cela tant au niveau des créatures rencontrées que de son organisation sociale. Imaginez un monde où les pires travers du monde médiéval et du monde capitaliste se trouveraient conjugués et où l’élite dominante, les Familles Fleurs, des feys « supérieurs » exerceraient leur joug sur une population à la fois soumise et résignée et cependant magique... Des maîtres cruels, les feys dominants faisant peser une main de fer dans un gant d’acier sur tout le menu peuple des feys inférieurs, que cela soit les gobelins, les pookas, les nuxies ou les nymphes ! Qui a dit que tout était rose au royaume de Faërie ?

C’est donc dans ce monde cruel et sans pitié que le héros Théo Vilmos se trouve catapulté. Lui-même avant d’atterrir presque à son corps défendant dans ce monde est passé par une série d’épreuves et a vu en quelques mois tout son monde, somme toute confortable et quasi parfait s’effondrer comme un château de cartes. Quand il arrive dans Faërie, il a tout perdu et toutes ses certitudes ont volé en éclats. Il croit avoir touché le fond, avoir tout perdu...mais il se trompe et il apprendra à ses dépens au cours de ses aventures qu’on a toujours quelque chose à perdre même quand on a tout perdu et ce n’est pas toujours la vie, que même quand on a touché le fond, on peut tomber encore plus bas !

Théo va donc découvrir au fur et à mesure que l’intrigue se déroule qu’il est un pion dans un jeu qui le dépasse, un jeu dont il ne connaît ni les règles ni la finalité. Son seul objectif est de sauver sa peau pour revenir parmi les mortels. La cruauté semble être le maître mot de ce royaume et Théo tel le Candide de Voltaire explore effaré un monde effrayant, un monde de plus en plus sombre à mille lieues de l’univers des contes de fées. Et chemin faisant, il s’aperçoit qu’il est l’enjeu d’une bataille qu’il ne comprend pas et qui le dépasse. Manifestement, on attend quelque chose de lui le problème c’est qu’il ne sait pas quoi...

La construction en forme de puzzle du roman peut rendre la lecture ardue...En fait, le lecteur tout comme Théo apprend en même temps que lui, part sur les mêmes pistes, croit avoir compris pour s’apercevoir qu’il a fait fausse route et cela peut déconcerter le lecteur qui ne voit pas où Tad Williams veut l’entraîner ! Et ce n’est qu’au terme des 700 pages que tous les faits évoqués, que toutes les phrases prononcées, que toutes les scènes vues prendront leur sens... Le lecteur découvrira tout comme Théo qu’il s’est abusé sur le sens de certaines scènes. C’est peut-être là que réside l’extrême originalité de ce roman, cette intrigue qui ressemble à un labyrinthe, cette impression d’avancer à tâtons dans un univers qui nous échappe, d’être tout comme Théo un fétu de paille emporté par le vent, à la différence près que le fétu Théo a un rôle central dans toute l’aventure mais cela aussi on ne le découvre qu’à la fin.

Une multitude de personnages croisent la route du héros, certains ne feront qu’une courte apparition, simples silhouettes, d’autres l’accompagneront tout au long de son voyage et viendront longtemps hanter l’imaginaire du lecteur. Et si comme dans tout conte de fées qui se respecte, la fin est heureuse elle est également douce-amère.

En quelque sorte La Guerre des Fleurs est un livre qui se mérite ! Si vous vous investissez dedans, il vous le rendra au centuple par l’univers à la fois chatoyant et terrifiant qu’il va vous proposer, par les personnages désopilants, sinistres, cocasses, profondément émouvants ou désespérés qui le peuplent, par l’intrigue particulièrement complexe au point d’en avoir le tournis, mais une fois arrivé au bout vous vous surprendrez, peut-être, à vouloir le relire pour en en apprécier les moindres nuances ! Alors, si deux à trois heures de lecture assidue par jour ne vous font pas peur, foncez, ce livre est fait pour vous !

Dominique Simon

Fiche Technique

Format : broché
Pages : 686
Titre original : The War of Flowers
Editeur : Le Fleuve Noir
Collection : Rendez-vous ailleurs
Sortie : 31 août 2007
Prix : 25 €






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