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  Sommaire - DVD -  S à Z -  Zodiac - Edition zone 2
"Zodiac - Edition zone 2 "
de David Fincher
 

Avec Jake Gyllenhaal, Robert Downey Jr., Mark Ruffalo
Warner Home Vidéo

C’est injuste. Injuste qu’un des dix meilleurs films de cette année n’ait pas rencontré le succès qu’il méritait en salles. Injuste qu’un tel film soit en partie rejeté par quelques critiques au Festival de Cannes (mais bon, Cannes de ce côté-là, a toujours contenu son lot d’incultes qui se la jouent...). Injuste enfin qu’une telle œuvre soit cantonnée à une sortie DVD relativement modeste, ne serait-ce qu’au vu des bonus constituant l’interactivité du produit. Pourtant, derrière « Zodiac », il y a deux éléments fascinants : le premier, c’est ce serial-killer qui terrorisa San Francisco à la fin des années 60 - début des années 70 et qui ne fut jamais vraiment identifié. Le second, c’est David Fincher, un des cinéastes actuels les plus ambitieux et (sur)doués qui soient. Et si Fincher est passé à la postérité, c’est surtout pour un film : « Seven » et son serial-killer iconique, empereur du mal à l’état pur, poursuivi par deux flics (Brad Pitt & Morgan Freeman) qui se retrouvent face à des meurtres abominables mais en même temps impressionnants dans leur conception. Bref, « Seven » est encore aujourd’hui un des polars les plus terrifiants, extraordinaires, uniques jamais faits. Et quand on associe le Zodiac à Fincher, pou beaucoup, c’est de « Seven » puissance mille qui les attend. Le film possède cette puissance, mais dans un registre différent de celui qui était attendu. Et ça, c’est ce qui coûta à ce chef-d’œuvre le rendez-vous avec le succès public. Et du coup, dans ces cas-là, l’édition DVD se veut modeste. On n’investit pas sur les échecs. Ne reste plus alors qu’à aider la seconde carrière de « Zodiac » du mieux qu’on peut.
En Décembre 68, un jeune couple est sauvagement tué dans leur voiture lors d’un rendez-vous d’amoureux. Huit mois plus tard, une lettre anonyme signée Zodiac revendique ce crime. Quelques semaines plus tard, un autre couple est poignardé plusieurs fois aux abords d’un lac. Un mois après, un chauffeur de taxi meurt sous les coups de feu d’un tueur mystérieux. Tout est revendiqué par le zodiac. Trois hommes vont voir leur destin lié à ce psychopathe insaisissable : le policier Toschi, gloire locale qui servir de modèle à Steve McQueen pour « Bullitt » ; le chroniqueur Paul Avery, spécialiste des affaires criminelles au sein du San Francisco Chronicle ; et enfin, l’outsider, mais qui cimentera l’affaire autour d’eux trois, le dessinateur de presse Robert Graysmith. Et pendant des années, Zodiac deviendra leur obsession, sans pourtant réussir à vraiment trouver le meurtrier. Pour certains, cela les détruisit. Mais un jour, près de vingt ans plus tard, un suspect retint plus l’attention que d’autres...
Dans le court making-of qui explique surtout pourquoi ce film fut fait, comment l’enquête fut menée, mais qui ne s’arrête jamais sur la technique ahurissante de certains éléments du film (bien des plans de San Francisco en 1970 furent recréés en CGI, donc le défi fut autrement plus ambitieux qu’un « 300 » pour un résultat bien plus époustouflant...), Fincher revient sur ce qui le motiva à faire ce film à savoir des souvenirs de jeunesse liés à cette affaire. Il voulait donc un film réaliste, un film qui ne glorifierai pas le Mal au travers du Zodiac, un film qui démontrerait qu’il s’agit d’un tueur psychopathe comme tant d’autres, un malade, un monstre tout ce qu’il y a de plus humain et de plus minable, un film aussi qui retrouverait les méthodes d’investigations de l’époque, gangrénées par la bureaucratie d’état et de ville. Bref, un film qui montrerait les actes d’un boucher sans leur donner de dimension surhumaine. Car ce que Fincher essaie de montrer ici, c’est le quotidien, les actes sordides d’un malade, et absolument pas un « Seven » version 2007. Mais ça, beaucoup refusent d’y souscrire (les producteurs en premier), le film en souffrit donc à plusieurs échelons, et il en paya les frais. Hé bien, contre toute attente, « Zodiac » est un véritable chef-d’œuvre, une fresque magistrale sur une des plus grandes affaires criminelles du vingtième siècle, qui inspira bon nombres de romans et de films (« L’inspecteur Harry » avec son Scorpio menaçant un bus scolaire), certes pas aussi fort qu’un « Seven » mais tout autant puissant. Tout le talent de David Fincher se retrouve ici, tant dans son souci du détail, de l’écriture d’une histoire, d’une réalisation et d’une mise en scène d’une précision chirurgicale, où le cinéaste utilise les derniers cris de la technologie pour faire revivre une époque qui nous donnera l’impression d’un voyage dans le temps trente ans en arrière. C’est plus que bluffant, c’est époustouflant, et c’est passionnant de la première à la dernière seconde. Pourtant, une fois le film (re)vu, on a hâte d’en découvrir plus dans les bonus, ce n’est pas le cas. Loin d’être inintéressant, le making-of s’appuie donc sur les propos de Fincher qui a vécu son enfance là-bas et a été marqué par ces meurtres, et par les récits des véritables acteurs de l’histoire, toujours vivants, eux aussi assez impressionnés par la passion du cinéaste. Autrement, rien sur la technique, qu’on peut deviner au hasard d’une scène de tournage où de grands rideaux bleus entourent le décor... Maintenant, on annonce aux USA pour Janvier 2008 le director’s cut, en HD-DVD chez Paramount (donc visible chez nous, hein, énorme avantage du HD-DVD), sera t’il plus complet en bonus ? That’s the question, mais même dans cet état minimaliste, le DVD de « Zodiac » est à mettre en très bonne place dans votre DVDthèque : ce film est un chef-d’œuvre, bon sang !

Note film : 10/10
DVD : copie excellente, format d’origine 2.35, image 16/9ème compatible 4/3 - Bonus : 4/10 : making-of - bandes-annonces.

St. THIELLEMENT



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