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  Sommaire - DVD -  A - F -  Cruising - Edition zone 2 - Inédit
"Cruising - Edition zone 2 - Inédit "
de William Friedkin
 


Avec Al Pacino, Paul Sorvino, Joe Spinell, Powers Boothe, James Remar.
Warner Home Vidéo

Comment ça « Inédit » ? Hé oui, « Cruising » était, à ce jour, inédit en DVD. Un des plus connus des films de Billy Friedkin, à la réputation sulfureuse, auréolé d’un parfum de scandale (à l’époque, début des années 80), attendait patiemment - parce qu’il n’y avait pas trop le choix non plus, suite à une histoire de droits certainement (en vidéo, le film était sorti chez CIC Vidéo...) - de se voir rééditer en DVD. La bonne surprise, c’est que la version a été remasterisée pour l’occasion, et qu’elle est sans doute presqu’intégrale mais ça, difficile à dire, chacun y allant comme d’habitude de rumeurs de plans vus une fois sur le net, et, cerise sur le gâteau, le film contient en plus quelques plans subliminaux. Lesquels, légende ou réalité, quelle est la vraie durée du film ? Allez savoir...
Bon, qu’en est-il de « Cruising » aujourd’hui, ce polar urbain très « hard » ? Hé bien, quand on le voit pour la première fois, et comme c’est souvent le cas, on s’attendait à « mieux ». Puis, les heures passant, le film laisse son empreinte, et là, on ne peut qu’avouer qu’il fait bel et bien partie des réussites de Friedkin, ce cinéaste surdoué à qui on doit des monuments tels que « L’exorciste », « French connection », « Le convoi de la peur » (celui-là, il est plus qu’attendu en DVD dans une belle copie, pas la pourrave zone 1 !), « Le sang du châtiment » (version cinéma, pas la director’s cut qui a commencé à nous faire douter de certains nouveaux points de vue de Friedkin, et très attendu aussi en DVD !). Ce même Friedkin qui a du mal à retrouver cette puissance, sauf dans son excellent « Traqué », comme le prouvent « Blue chips », « L’enfer du devoir » et dernièrement, le méga-surestimé « Bug ». Bref, si vous n’avez jamais vu « Cruising », attendez-vous à un choc en retour.
New-York, les années 80 : la communauté gay sado-masochiste est victime d’un serial-killer. Pressé par l’opinion, le maire veut des résultats. L’inspecteur chef débauche un jeune flic, Steve Burns pour l’infiltrer dans le milieu afin d’obtenir des pistes. D’abord indécis, Burns accepte et va alors découvrir un univers extrême du milieu homosexuel masculin. Il n’en ressortira pas indemne, même si au fond de lui, sa vraie nature n’attendait que ça pour se révéler.
Vu d’aujourd’hui, ça date un peu, ce portrait du milieu gay new-yorkais très branché cuir et sado-masochisme. On a limite d’impression d’immerger dans un ghetto interdit et gangréné par les débauches les plus folles. Le plus intéressant est donc le chemin que parcourt ce jeune flic qui semble moins réticent que prévu à ces jeux homosexuels au point de lui faire se demander si c’est sa mission qui le rend ainsi ou si c’est lui qui « mue ». Dans ce rôle ambigu, Al Pacino est parfait. Ce qui est d’autant plus surprenant que Friedkin ne se cache pas pour dire que c’est un des pires acteurs avec qui il ait travaillé, le trouvant surestimé, paresseux, une erreur de casting monumentale (dixit « Le petit livre de William Friedkin », long entretien réalisé par Gilles Boulenger) ! Qu’importe, l’illusion marche, et conjuguée à la mise en scène de Friedkin, ne détonne jamais dans l’ensemble de ce polar noir et glauque, malade, immoral, où la violence est plus que crue, où le travail de la police fait pitié (interrogatoires musclés, aveux forcés, indices oubliés, etc...) au point de finir le film sur plusieurs interrogations : qui a tué le voisin de Burns ? Burns est-il innocent ? Le tueur est-il celui qu’on croit ? Rien n’est défini car dans la réalité, rien ne le fut moins. C’est cet ensemble d’éléments qui font de « Cruising » une œuvre à part, un des grands polars de Friedkin et du début des années 80, une œuvre rejetée et huée, réhabilitée aujourd’hui. La copie présentée, tout en étant remasterisée, n’est pas magnifique, loin s’en faut, certains passages étant carrément hideux (la séquence de Pacino chez lui, possède un grain abominable !). Mais dans l’ensemble, le résultat est satisfaisant. Question bonus, le spécialiste du retour vers le passé, Laurent Bouzereau, a interviewé Friedkin bien entendu, mais aussi Jerry Weintraub le producteur (celui de la saga des « Ocean’s 11 » aussi) qui dit toujours avoir cru au film, les techniciens, et les acteurs dont certains ont pris un de ces coups de vieux que ça en fait peur carrément : Gene Davis (frère de feu-Brad »Midnight express » Davis) par exemple, qui interprète le travesti, et qui fut le psychopathe courant à poil dans les rues avant que Charles Bronson ne le flingue dans « Le justicier de minuit » : ben maintenant, il marcherait et tout habillé en plus ! Sans oublier Sonny Grosso, ex-vrai flic dont le personnage fut joué par Roy Scheider dans « French connection », bref tout plein de monde, plus ou moins connu (j’ai oublié James Remar, le mataf de « 48 heures ») qui revient plus de vingt après sur ce « Cruising », à conserver en bonne place dans la DVDthèque de William Friedkin.

Note film : 9/10
DVD : copie excellente, format d’origine 1.85, image 16/9ème compatible 4/3 - Bonus : 3/10 : bande-annonce - commentaire audio de W. Friedkin (en vo) - documentaires : l’histoire du film & la polémique.

St. THIELLEMENT



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