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  Sommaire - Dossiers -  25ème Festival du Film Policier de Cognac

"25ème Festival du Film Policier de Cognac"


The Alibi
 

Un quart de siècle ! Si chaque année, l’édition suivante est remise en question, bon gré, mal gré, le Festival du Film Policier de Cognac a atteint quand même 25 ans. Bon, ce ne sont plus les fastes d’antan dont on peut se faire une idée avec un DVD commémoratif offert cette année, où on voyait des stars telles que Gregory Peck, Charles Bronson, James Coburn, Peter Falk, Lino Ventura, etc... Maintenant, on a droit une nouvelle relève française pour concrétiser cette appellation « star ». Bref, festival d’une renommée certaine, révélateur de petits bijoux (des Grands Prix tels que « 48 heures », « Hitcher » (l’original, pas l’autre), « Un faux mouvement », « Memories of murder », « Box 507 », parfois ternie aussi par un Grand Prix consternant comme « Silentium » l’an passé, Cognac est le rendez-vous des amoureux du genre dans toutes ses variantes. Et si la cuvée 2007 était plutôt moyenne, au moins, il n’y eut aucun très mauvais film. C’est déjà ça, même si on espérait mieux pour 25 ans. Allez, c’est parti...

Sur les seize films en quatre jours de Festival, pas mal seront déjà sortis lorsque vous lirez ces lignes. Et parmi eux, le Grand Prix, « A very british gangster » de Donal MacIntyre : un documentaire au postulat de base étonnant puisque le réalisateur a passé plusieurs mois aux côtés d’un caïd de la pègre de Manchester, Dominic Noonan (physiquement, Henri Verneuil jeune !) l’accompagnant dans son quotidien. Mais l’implication de MacIntyre dans le commentaire en voix off empêche ce reportage d’être aussi impressionnant qu’on le pensait : à chaque fois qu’il aborde un point trop... Limite, Noonan ne répond pas (ben oui hein, les flics pourraient s’en servir !), et MacIntyre prend la relève. Et c’est là que le bât blesse. Mais bon, dans l’ensemble, même si le Prix Spécial du Jury aurait suffi, ce Grand Prix rachète la honte de celui de l’an passé. Le favori, c’était « Mise à prix » de Joe Carnahan, déjà venu il y a cinq ans avec « Narc », polar urbain très noir. Ici, après quelques mois de malheur (voir son interview sur le site) entre autres avec « Mission Impossible 3 » qu’il ne fit plus, Carnahan se lâche, explose dans tous les sens une chasse à l’homme orchestrée par la mafia à l’encontre d’une balance. C’est complètement destroy, fou, cartoonesque au possible, mais ça marche, c’est très bien réalisé (pas évident au vu du scénario) et Joe Carnahan repartit avec le Prix de la Critique Internationale (décerné par trois journalistes français, cherchez pas, c’est comme ça !) et le Prix du Jury. Dernier film de la compétition qu’on donnait favori dans le palmarès mais qui repartit bredouille, « The alibi », comédie noire déjantée et très, très drôle sur un type qui organise les alibis de clients en train de forniquer ailleurs au lieu d’être au travail. Un jour, un meurtre a lieu, et c’est lui qui est sensé être aux premières loges. Premier film d’un jeune duo, « The alibi » fait preuve de bien des qualités dans son écriture et dans sa mise en scène. Une excellente surprise qui clôtura la compétition. Laquelle contenait aussi « Jindabyne » de Ray Lawrence, qui nous refait le coup de son précédent film, « Lantana », à savoir un drame existentiel flirtant avec le polar, ici quatre hommes partis pêcher vont trouver un cadavre, ce qui va modifier leur quotidien à leur retour. Pas nul mais vraiment pas terrible, l’espagnol « El triunfo » de Mireia Ros décrit le quotidien d’un quatuor d’adolescents à la fin des années 80 et leurs liens avec la pègre locale. « Exit » de Peter Lindmark est un thriller suédois plutôt bien troussé mais déjà vu, si ce n’est que l’acteur Mads Mikkelsen (le méchant de « Casino Royale ») incarne à la perfection ce type prêt à tout pour sauver les siens d’une vengeance impitoyable. On a vu le retour de Kevin Costner dans un médiocre thriller psychologique, « Mr Brooks » qui partait pourtant bien, nous présentant Costner comme un serial-killer. Mais dès qu’arrive William Hurt en « conscience » (planqué à l’arrière de la voiture par exemple), ça fout tout en l’air. Enfin, un petit tour du côté de Hong-Kong avec l’intéressant « Filatures », qui suit des flics chargés de filer les membres d’un gang de braqueurs. Tout était là pour un bon polar, sauf que Johnnie To produisait le film mais ne le réalisait pas et ça se ressentait bien. To qui ouvrit royalement le Festival avec son petit dernier, « Exilé » et ses tueurs à gages devant exécuter un ancien comparse. On passe à la compétition dite « Sang neuf » sur des polars un peu différents (oui, alors là, hein, comment ça se sélectionne demeure un mystère parce que, franchement, certains méritaient d’être en compétition normale...). Six films présentés dont « No mercy for the rude », polar coréen sur un tueur voulant guérir son infirmité et remplissant des contrats pour avoir l’argent nécessaire à son opération, « Frozen days » et son voyage au bout de la nuit d’une fille perdant pied dans la réalité, « Le feu sous la peau » et son portrait d’une adolescente perverse et machiavélique dans un film trop caricatural pour fonctionner, et on arrive aux deux meilleurs : tout d’abord, le norvégien « Uro » et son flic ex-dealer cocaïnomane luttant entre le bien et le mal. Polar violent, nihiliste, « Uro » rappelle d’autres œuvres aux thèmes voisins comme « Rush » ou « Narc ». Et le vainqueur fut « La nuit des tournesols » chroniqué sur le site avec l’interview de son réalisateur, Jorge Sanchez Cabezudo, polar naturaliste étrange, construit comme un puzzle, un poil immoral mais ô combien si proche des pires réalités de notre époque. Enfin, pour clore ce compte-rendu, il y eut aussi des avant-premières comme l’excellente parodie britannique « Hot Fuzz » signée de l’équipe de « Shaun of the dead », le médiocre « Le contrat » avec Morgan Freeman et John Cuzack, série B mineure au casting de série A, et le sympathique « Prémonition » de Mennan Yapo (lauréat il y a deux ans du Prix du Jury pour l’excellent « Soundless », disponible en DVD pas cher, et à vraiment voir !) avec Sandra Bullock vivant un cauchemar réel en « co-vivant » la mort de son mari un jour sur deux. Voilà, c’est fini, on aurait aimé le Grand Prix à « Mise à prix » mais Claude Lelouch (président) et Julien Clerc (vaut mieux rien dire...) n’aimaient pas, donc même si le Grand Prix 2007 est presque justifié, comme on a pu le voir, ce 25ème anniversaire ne couronna pas de chef-d’œuvre. Certes, il n’y en avait pas, la sélection était de niveau moyen, sans atteindre les tréfonds de la nullité, donc quelque part, l’honneur est sauf. Et on attend de voir ce que 2008 présentera, si 26ème Festival il y aura. Stéphane THIELLEMENT


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