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  Sommaire - Livres -  G - L -  Ta-Shima



"Ta-Shima"
de
Adriana Lorusso

Editeur :
Bragelonne
 

"Ta-Shima"
de Adriana Lorusso



C’est à travers la vie quotidienne de Lara que l’on découvre l’organisation de la société de Ta-Shima, les méthodes d’enseignement et d’éducation en vigueur sur cette planète désolée où tout est rigueur. Deux races différentes, mais complémentaires, cohabitent dans la plus parfaite harmonie : les Shiro et les Asix.

Suvaïdar est doctoresse dans l’Extramonde où elle s’est installée, il y a huit ans, après avoir quitté Ta-Shima. La visite de trois compatriotes va bouleverser sa vie. Ils sont porteurs d’un message du Conseil lui demandant de rentrer parce que Haridar, la Sadaï (celle qui gouverne) est morte dans un « accident ». Bien que réticente à repartir, (elle craint une condamnation) elle est contrainte à la fuite, car un de ses visiteurs, un Asix, a défénestré un agent de la milice et des membres de celle-ci arrivent chez elle.
Le quatuor réussit à embarquer. Suvaïdar, pendant le voyage doit renouer avec les traditions de son peuple : elle est une Shiro, avec toutes les obligations que cela implique. C’est ainsi qu’elle lutte contre la soldatesque, menée par un officier officieux de la milice, pour protéger des Asix. Cela se termine par l’expulsion discrète et sans scaphandres, de cinq violeurs.

Avec Lara, l’auteur poursuit la découverte de la civilisation de Ta-shima, la discipline de fer, les rites de passage de l’enfance à l’âge adulte et où elle devient ...Suvaïdar !

De retour dans son pays, celle-ci essaie de se réintégrer et de comprendre les raisons de l’attentat contre Haridar, sa « mère » biologique. Mais dans un pays où poser des questions personnelles revient à offenser son interlocuteur... un individu prompt à vouloir régler l’affront en duel ...
Parce qu’elle est médecin, qu’elle a été admise dans le clan spécialisé des Jestak, elle découvre peu à peu l’histoire de son peuple, celle de ses ancêtres qui ont fui leur monde, il y a six siècles, pour venir s’installer sur cette planète perdue, à cause d’expériences trop poussées en génétique. Mais le danger rôde autour d’elle... Pourquoi en veut-on à sa personne ? Quels secrets veut-on protéger ?

À travers une intrigue subtile, peu riche en actions spectaculaires, mais forte en tension, l’auteur confronte deux types de sociétés, deux univers. D’un côté la Fédération, avec ses cent vingt-sept planètes, sa civilisation technologiquement avancée où les différents niveaux de la pyramide de Maslow sont depuis longtemps satisfaits, et de l’autre, Ta-Shima, un monde hostile, une boule perdue aux confins, qui n’a absolument rien pour plaire. Il y a, entre les deux, tant de différences que l’incompréhension est totale.

Elle pointe les différences entre deux types de civilisations. L’un très proche du nôtre avec ses outrances, son gaspillage, le développement et l’omniprésence de l’inutilité, la création constante de nouveaux « besoins », de nouveaux gadgets... Passant en revue nombre de nos travers, elle se moque franchement des diktats de la mode, montrant le côté vain et futile de la chose. Par comparaison, la société Ta-Shimoda ne produit que ce dont elle a besoin, le minimum car chaque miette est durement gagnée, chaque chose est importante car tout est rare. Elle inverse les situations, montrant, dans la société matriarcale de Ta-Shima, les réticences des femmes à admettre qu’un homme puisse avoir, en médecine les mêmes compétences qu’elles. Elle traite, ainsi, de faits de société avec humour et distanciation.

Avec les Shiro et les Asix, elle étudie deux populations aux caractéristiques disparates. Elle met en scène une société communautaire où chacun tient une place, est responsable de ce qu’il fait, car il sait que ses manquements se répercuteront sur les autres.

Bien sûr, pour construire son univers, l’auteur puise dans ce qui existe sur nôtre Terre et le transpose. L’intérêt du roman consiste aussi à essayer de cerner les situations, les coutumes et pratiques terrestres dont Adriana Lorusso s’est inspirée. Si elle reprend nombre d’éléments de la civilisation médiévale japonaise, elle emprunte largement dans le mode d’existence des communautés agraires africaines.

En faisant de sa société Ta-Shimoda, une communauté végétarienne, l’auteur ne met-elle pas sa propre opinion en avant car elle sait trouver les mots qu’il faut pour exprimer le dégoût de ses personnages face à la viande morte ? Mais elle transmet sa connaissance et sa pratique des arts martiaux avec passion.

Elle moque nos comportements et notre étroitesse de vue avec beaucoup de justesse et d’humour, s’insurge contre les gaspillages de toutes natures, s’interroge sur les conséquences de la colonisation et ses intérêts, démonte les préjugés les plus divers (Et Dieu sait s’il y en a !)...

Ta-Shima est un roman passionnant à lire, pour le travail de sociologue, d’anthropologue que l’auteur mène dans les sociétés qu’elle construit et anime ; pour l’intrigue ; pour les nombreuses interpellations et questions qu’elle pose, par exemple, sur la génétique et ses emplois, sur notre mode de vie, sur le fonctionnement de nos structures, sur notre perception de la responsabilité...

Serge Perraud

Ta-Shima, d’Adriana Lorusso, Bragelonne, juin 2007, 600 pages, 22 €






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