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  Sommaire - BD -  La Tétralogie du monstre : T.4 - Quatre ?

"La Tétralogie du monstre : T.4 - Quatre ? " de Enki Bilal

L’action se déroule en 2027 dans une capitale française futuriste. Nike, Amir et Leyla, les trois orphelins de Sarajevo vont-ils enfin se retrouver une seconde fois ? Amir peut-il exister en dehors de son statut de gardien de but remplaçant de la « Iron Fly » ? Leyla, l’astrophysicienne, est dans le vaisseau spatial en route avec le premier groupe de colons pour Mars. Nike se débat dans sa dépendance vis-à-vis de l’entité qu’il a hébergée quelque temps dans son corps.
Optus Warhole, l’artiste nihiliste et intégriste qui tire les ficelles de l’histoire depuis le début, rassemble ses différentes composantes. C’est au Crillon Saint-Eustache autour d’une table suspendue que les quatre...

Initialement conçue comme une trilogie, la série devient La Tétralogie du monstre. En effet, Rendez-vous à Paris, le troisième (et dernier !) épisode s’est révélé beaucoup plus étoffé que prévu et a donc nécessité dans la même phase créatrice, un développement de la part de l’auteur : Quatre ?

Le ton des albums de cette série, commencée en 1995, évolue. Si Enki Bilal, dans Le Sommeil du Monstre, livre une œuvre d’une noirceur quasi absolue, résultat d’une souffrance aiguë devant le devenir de son pays, la douleur peu à peu s’atténue, se diffuse, devient plus sourde, ancrée à jamais, mais moins exacerbée. L’accent des albums s’en trouve modifié. Ainsi, 32 décembre restait noir mais avec un fond plus déjanté et Rendez-vous à Paris prend une forme moins concentrée, plus lâche pour donner plus de légèreté. Ceci explique, en partie, cette conclusion qui ne tenait plus dans le format imposé de la trilogie.

Quatre ? est l’occasion pour Enki (Anagramme de Nike !) Bilal de se laisser aller à l’humour avec, par exemple, une partouze spatiale non prévue par les responsables du projet, et une reprise de la fameuse scène d’introduction du Mépris de J.-L. Godard. Il truffe ses peintures
de détails souvent saugrenus, qui portent à sourire ou à grincer, selon...
Il anime un bestiaire toujours aussi déroutant et intéressant : des mouches bourdonnantes, des squales volants, des girafes en réduction portées par le vent...

Cependant, il reste angoissé par la montée des terreurs religieuses, dénonçant leurs signes ostentatoires, dans une époque de plus en plus soumise aux intégrismes de toutes natures. L’émergence de ces mouvements religieux n’est-il pas la réponse « à un capitalisme exacerbé, à une globalisation, à un goulag économique » s’interroge l’auteur.
Mais après la destruction, les « albums-hurlements », Enki Bilal milite pour la sauvegarde de la planète.

Quatre ? tant sur le plan graphique, pictural que narratif est une réussite de plus pour Enki Bilal, l’illustration parfaite de l’osmose entre un créateur et sa lecture du monde : il sait rendre universel un contexte local.

Serge Perraud

La Tétralogie du monstre : T.4 - Quatre ? Scénario, dessins et couleurs d’Enki Bilal, Casterman, mars 2007, 64 pages, 13,95 €



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