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  Sommaire - BD -  Du papier faisons table rase

"Du papier faisons table rase " de Chauzy et Jonquet

Parce que les excès de l’administration amènent, en retour, des excès de la part des administrés, avec prise d’otage qui tourne mal, Domitille est chargée par le ministre lui-même de moderniser le fonctionnement de l’Office central de Contrôle et de Vérification : l’OCCV. Jeune diplômée, férue de nouveaux outils et de nouvelles méthodes de travail, elle est conquérante et déterminée à faire la preuve de ses compétences à son ministre de tutelle.
Sur place, elle découvre un univers archaïque : l’informatique est inconnue, la charge de directeur se transmet de père en fils et il existe une tradition culinaire ancestrale. Domitille met en œuvre des modifications. Mais l’introduction des ces outils, l’apprentissage de leur utilisation n’est pas sans conséquences. Après une leçon sur un PC, la secrétaire principale, à la veille de la retraite, entre en dépression avec six mois d’arrêt maladie. Aussitôt, la jeune directrice est accusée de harcèlement moral. Entrent en piste les représentants syndicaux...
Domitille pourra-t-elle aller au bout de sa mission de modernisation et réussir à appliquer son mot d’ordre : « Du papier faisons table rase » ? Mais le pire survient quand les habitudes alimentaires sont bousculées... : « On ne bafoue pas ainsi impunément le prolétariat en lutte pour sa dignité. »

Thierry Jonquet, avec son scénario, réalise une « charge héroïque » contre la bêtise administrative, contre l’état d’esprit de certains fonctionnaires, mais aussi contre l’état d’esprit d’administrés allant presque au syndrome de Stockholm. Il reprend la fable « du pot de terre contre le pot de fer » et y ajoute une satire du monde syndical.
On peut taxer Thierry Jonquet d’exagération, de grossir le trait et d’amplifier le ton pour aller vers la caricature. Par exemple, aucun médecin ne met d’emblée six mois d’arrêt. Cependant, il y a un tel fonds de vérité, une telle observation du comportement des individus et des structures, qu’on ne peut qu’adhérer à son histoire et retrouver des situations déjà vécues. Avec le titre de l’album, l’auteur reprend un slogan que les chantres auto proclamés de la prospective informatique serinaient à longueur d’interviews, d’articles, d’essais, sur le futur. L’outil informatique allait amener notre société vers le « zéro papier ». Vingt ans après, on en mesure bien les effets ! Aujourd’hui, il faut faire un dossier informatique ET un dossier papier. Quel Progrès !
Jean-Christophe Chauzy, avec un trait nerveux, des ombrages rapides, soutient l’esprit du scénario et restitue fort bien le climat de l’intrigue. La mise en scène est attrayante et la mise en page classique permet une lecture confortable de ce récit sur l’inertie.
Un album fort réussi, qui propose un grand moment d’humour, mais aussi une leçon à méditer sur les capacités d’évolution de l’homme ...et des structures qu’il a créées.

Serge Perraud

Du papier faisons table rase, scénario de Thierry Jonquet, dessins de Jean-Christophe Chauzy, Casterman, août 2006, 56 pages, 13,75 €



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