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  Sommaire - Livres -  G - L -  Péronnik l’idiot



"Péronnik l’idiot"
de
Markus Leicht

Editeur :
Eons-Fantasy
 

"Péronnik l’idiot"
de Markus Leicht



Péronnik l’idiot
Markus Leicht
8/10

L’histoire sans faim
Paul Alary
8/10

Nonsense, nonsense, quand tu nous prends, voilà ce qu’on serait tenté de s’esclaffer en dévorant cette sommité d’humour potache et finement assenée comme un vers Rabelaisien !

C’est que cela faisait longtemps qu’on l’attendait notre Markus, avec sa geste épico-culinaire, arrosée de bière Kro. Et bien voilà qui est fait, Markus Leicht fait une entrée fracassante dans le monde littéraire avec un roman qui l’installe au panthéon de la fantasy française. Peut-être devrait-on même s’amuser à rajouter que Markus pourrait être le Pratchett Français, voire même, ne pas s’en amuser, et dire qu’il est bien le Pratchett Français ?

C’est que devant autant de débauches langagières et d’inventions nominales, on serait bien en reste d’en déduire un manque d’épique. L’épique de Leicht n’a rien à voir avec les exploits d’un Conan ou d’un Elric, ni même avec les gestes mignonnes de Eddings et compagnie. Non, tout l’art de Leicht se love dans la pochade de scientifiques des moeurs atteints de boulimie, la blague de bistrot entonnée par des philosophes ivres, les jeux de mots incompréhensibles des arrière-cours des grands de ce monde, ainsi qu’un style très caustique qui contentera les jeunes comme le plus terrible des vieillards. Bref, l’humour de Leicht est un humour qui touche de suite, vous saisit les tripes pour ne plus les relâcher de sa " mimine " boudinée, si bien qu’on en redemande.

Mais qui est Péronnik de Cynandrie ? Le plus gros barbare de son temps, juré !
Accompagné de son tonneau magique, il affronte vaille que vaille tous les obstacles, des plus culinaires aux moins ragoûtants. Or, un jour, il est convoqué par un haut personnage de la guilde des magiciens. Sa mission, il ne pouvait que l’accepter (sinon plus de tête) : convoyer jusqu’aux monts farouches un coffret mystérieux dans lequel se tiendrait un nouveau soleil pour la Cynandrie, ni plus, ni moins. On suivra donc les pas et fuites d’un barbare qui n’hésitera pas à se frotter à des Dragons patibulaires, des clowns, les exécuteurs de la Mort-Qui-Tue, des vendeurs de Kebabs ainsi que le terrible Maistre Alarik (toute personne se permettant de faire référence à un des tenants des éditions Eons sera saoulée en place publique), au pays de toutes les beuveries comme des incroyables quiproquos. Vous y découvrirez enfin la triste fin du tonneau magique de Péronnik et la manière dont ce dernier s’en consola.

Reprenant la tradition des vieux feuilletons d’antan, Markus Leicht nous emmène à bâtons rompus en un monde aussi absurde qu’hilarant, un monde qui, sous des décors de fin de monde, nous raconte inlassablement une fin qui a des ratés et semble échouer même dans sa petite mort. C’est pittoresque en diable, illustré merveilleusement par Daniel Capparelli, et ça nous raconte ce que, dans le fond, nous sommes tous un peu quelque part. Quand roman feuilleton à amorce rime avec théâtre populaire sans perte ni fracas, cela nous donne cet ovni sorti tout droit d’un fou furieux qui s’était dit que la fantasy manquait d’humour, et que Pratchett prenait trop de place avec son tonnelet de scotch. Péronnik est là avec son tonneau de bière, et il va entonner avec ce dernier une bonne chanson bien gaillarde qui va longtemps nous faire roter..... de joie !

L’histoire sans faim

Round 2 ! Voilà que Maistre Alarik s’en trouvant fort contrarié décida de mettre en mots sa réplique. Cela nous donne une courte nouvelle sous la main d’un pseudonyme qui cacherait un ancien énarque qui en fait ne serait qu’un cow-boy échappé d’une faille dimensionnelle ouverte par un indélicat un soir de ripaille.

Figurez-vous donc que Markus (toute personne se permettant de faire allusion à un auteur connu, Markus Leicht, sera passible d’un gavage à l’aïoli) est un homme tout ce qu’il y a de plus normal. Par une belle fin d’après-midi trop chaude, Markus se décide à quitter la boutique où il travaille, et là, les choses vont se gâter. Tout d’abord c’est un bar qui est mis en vente pour 80 euros, puis l’apocalypse. Derrière lui, un immense rouleau commence à avaler rues, maisons, voitures, dans une joyeuse indifférence. Vaillant mais pas téméraire, notre Markus enfourche un vélo parlant et se lance dans une chevauchée de l’impossible où, " sa monture amovible " aidant, il va faire usage de vélo-taxi pour toute une faune de personnages aussi célèbres que Jean de fat ou Bethov, soudain tombés de réalités parallèles, ou quelques autres croisés en chemin, comme un loup d’acier blanc et une femme-lion en pleine copulation . Autant dire qu’il est dur d’être un survivant dans un univers s’enroulant et se déroulant sur lui-même.

Drame Scheckleyen entrecoupé de farce à la Brown ou de problématiques sur le réel chez Dick, Alary s’assied avec santé sur un univers à la John Varley qui démontre ni plus ni moins combien vivre est une éternelle fuite à vélo vers nulle part. Autant bien s’amuser en chemin, même si tout n’est pas de tout repos. Etonnante nouvelle de la part de cette unité virtuelle buveuse devant l’éternel. Cet Alary hilarant et pince-sans-rire a de l’avenir, surtout sur un vélo...

En conclusion, peut-être la meilleure surprise en fantasy depuis longtemps. Cela faisait longtemps qu’on attendait une cuvée aussi excellente, un auteur capable de produire dans un genre qui n’a rien à envier au grand Terry Pratchett, un autre voguant sur les talents hérités de Varley, Shekley, Dick et Brown .
Félicitations !

Emmannuel Collot

Péronnik l’idiot, Markus Leicht / L’histoire sans faim, Paul Alary. Couverture & illustrations intérieures par Daniel Capparelli, 139 pages, Eons-Fantasy, 9.40 euros.






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