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  Sommaire - Cinéma bis et culte -  La Révolte des zombies

"La Révolte des zombies" de Victor Halperin


Titre : Revolt of the Zombies
Réal : Victor Halperin
Avec : Dorothy Stone
Dean Jagger
Roy d’Arcy
Robert Noland

Durée : 62 minutes
Origine : USA
Année : 1936
Genre : Zombies

VERDICT : 1 / 6

Critique :

1932. Victor et Edward Halperin réalisent leur premier film d’horreur, l’emblématique WHITE ZOMBIE, une œuvre qui s’impose rapidement comme la pierre angulaire de tout un sous-genre : le film de zombies. Mais, à cette époque, zombie s’entend au sens plus scientifique du terme, à savoir une personne tombée sous l’emprise d’un sorcier suite à l’absorption d’une drogue annihilant la volonté. Le succès fut tel qu’une séquelle suivit assez rapidement. LA REVOLTE DES ZOMBIES voit donc le jour en 1936 et, malheureusement, il s’agit d’une terrible déception.

Le métrage commence pourtant par une séquence relativement réussie, située sur le front franco-autrichien durant la Première Guerre Mondiale. Un bataillon cambodgien participe à l’offensive anti-allemande, sous les ordres du grand prêtre Tsiang. Car nos soldats sont en réalité des zombies devenus des esclaves soumis et immortels par le biais d’anciens rites khmers. Finalement convaincus qu’il peut y avoir une parcelle de vérité dans cette étrange histoire, les généraux Duval et Von Schelling prennent la décision, pour la sauvegarde de l’humanité, de détruire cette incroyable puissance. Le prêtre Tsiang est alors assassiné et un manuscrit magique est volé par le colonel Mazovia. Les deux généraux décident alors de s’assurer que le secret est mort avec le prêtre.

L’action se déplace ensuite au Cambodge, devant les ruines d’Angkor. Du moins les producteurs tentent-ils de nous le faire croire car, en réalité, toute l’action se passe devant une série de photographie des lieux. Un procédé assez courant dans les métrages à petits budgets de cette époque mais qui, ici, confine au risible tant cette confection est grossière. Rarement aura-t-on, en effet, subi des "effets spéciaux" aussi indigents.

Mais bref, les généraux, l’interprète français Louque (joué par Dean Jagger), l’expert en coutumes khmers Trevissant, le savant Grayson et Claire, la fille du général Duval, arrivent donc au Cambodge pour essayer de découvrir les anciens secrets de la zombification. La présence de Claire s’explique facilement puisque, au sein de cette histoire de mecs, il faut bien réussir à caser la potiche de service. Celle-ci nous sort tous les clichés de l’insupportable demoiselle en vacances dans la jungle et décide finalement d’épouser ce pauvre Louque dans une tentative bien tordue d’attirer l’attention de Grayson. Ce plan roublard d’allumeuse de bas étage finissant par porter ses fruits, notre Claire file le parfait amour avec Grayson et laisse notre Louque dans la position de l’amoureux transi. Du pur mélo de série télé de fin d’après-midi. Et le tout dure suffisamment longtemps pour que le spectateur le plus indulgent commence à regarder sa montre, très agité sur son siège avec une furieuse envie de crier : "n’était-ce pas censé être un film d’épouvante ?"

Or, Louque décide soudainement que les choses doivent changer et il retourne à Angkor, découvre le secret de la zombification mais ne parvient même pas à s’expliquer devant le patron qui l’accuse d’avoir déserté. Que sa promise se barre avec son meilleur ami, Louque pouvait encore l’accepter mais que maintenant son patron le fasse passer pour un lâche et un imbécile, c’en est trop. Forcément il fait ce que n’importe qui dans sa position ferait, à savoir se lancer dans un plan assez flou de conquête du monde. Comme notre brave Français possède les secrets de la magie khmer il n’hésite évidemment pas à s’en servir et transforme rapidement toute la distribution en zombies à l’air figé. Avant ils étaient déjà sans expression de toute manière mais à présent le scénario leur fournit une belle excuse pour continuer à jouer comme des pieds. Alors que Louque a pris le contrôle d’a peu près tout le monde, sauf de Claire, il lui propose de renoncer à ses pouvoirs si elle veut l’aimer réellement. Evidemment, les anciens zombies se révoltent immédiatement (justifiant ainsi le titre de ce métrage) et finissent par tuer leur ancien maître.

Depuis près de 70 ans, LA REVOLTE DES ZOMBIES se traîne une réputation épouvantable, au point d’exciter la curiosité du spectateur potentiel, lequel se dit que, non, ça ne peut pas être vraiment aussi nul que certains le prétendent. Et bien, finalement, si : le film est complètement raté. Le principal problème réside évidemment dans le budget, misérable, qui ne permet pas de donner vie aux quelques scènes spectaculaires disséminées dans ce scénario de sitcom. Les figurants sont trop peu nombreux, les décors photographiés sont affreusement reconnaissables, les acteurs médiocres et la production, dans son ensemble, ne possède aucune ampleur. Lorsque le cinéaste utilise des surimpressions des yeux menaçants et facilement reconnaissables de Bela Lugosi afin de visualiser les pouvoirs mentaux du méchant, le film vire au pathétique et annonce déjà les "substitutions" dont souffrira Lugosi vingt ans plus tard en compagnie de Ed Wood.

Mais l’argent n’est pas l’unique problème dont souffre le métrage, loin de là. Tout d’abord il est impossible d’éprouver la moindre émotion pour ces personnages stéréotypés et sans intérêt. Ils s’avèrent incapables d’éveiller la moindre sympathie chez le spectateur et le seul - je dis bien le seul - qui possède un semblant d’épaisseur est Louque, identifié comme le Méchant. Vraiment simpliste vu la manière dont tout le monde s’est comporté à son égard. Il est beaucoup plus facile de comprendre et d’accepter les motivations menant à sa vengeance que de s’intéresser aux autres protagonistes de cette histoire, en particulier cette insipide potiche de Claire.

En résumé, LA REVOLTE DES ZOMBIES apparaît comme une production bâclée et fauchée à l’intérêt terriblement limité. Faux film de zombies, faux récit d’épouvante, l’ensemble s’apparente malheureusement à une médiocre sitcom étirée sur un peu plus d’une heure. Et, même en ne durant que 65 minutes, le résultat est laborieux à souhait. Réservé donc aux complétistes du fantastique des années 30 !
 
 

Pizzoferrato Fred (2006)



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