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  Sommaire - Livres -  Infos -  Un Gentleman à la cour du roi Conan : Gemmell nous a quittés

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Un Gentleman à la cour du roi Conan : Gemmell nous a quittés

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Avec Karl Edward Wagner et Charles Saunders, David Gemmell était un géant de l’écriture. Fils de la sword and sorcery et de son extrapolation moderne autant qu’éphémère, la " Fantasy Barbare ", Gemmell avait conservé dans ses récits une fraîcheur et une authenticité telles qu’il avait fini par se tailler une légende équivalente à celle de Howard. Créateur des sagas de " Rigante " et " Druss ", il était également à l’origine de celle de John Shannow, dont Bragelonne n’a publié pour l’heure que deux volumes. Il était sur le point de publier un nouveau cycle épique basé sur la guerre de Troie, la faucheuse ne lui a pas laissé le temps de voir sa publication en France. Les fans attendent de la part de Bragelonne un hommage particulier, car pour de nombreux lecteurs, même les plus anciens, et malgré les mauvaises langues, il était quelque part l’un des fils spirituels de Howard. Baroudeur, videur de boîte de nuit et mauvais garçon, il fut également un sacré mec, un pote et une plume admirable qui inscrivit en lettres d’acier sa légende dans l’histoire de la littérature de Fantasy. Peut-être l’un des derniers conteurs du genre, l’un des moins commerciaux et l’un des plus sincères. Histoire, voyages et magie, geste barbare musclée et humour anglais font de son oeuvre un monument du genre....
Have a good eternity, my friend, and be happy.....

" Le Corbeau " par Edgar Alan Poe (trduction par Charles Baudelaire)

Une fois, par un minuit lugubre, tandis que je m’appesantissais, faible
et fatigué, sur maint curieux et bizarre volume de savoir oublié, tandis

que je dodelinais la tête, somnolant presque, soudain se fit un heurt,

comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma

chambre, cela seul et rien de plus

Ah ! distinctement je me souviens que c’était en le glacial décembre :

et chaque tison, mourant isolé, ouvrageait son spectre sur le sol.

Ardemment je souhaitais le jour ; vainement j’avais cherché d’emprunter

à mes livres un sursis au chagrin - au chagrin de la Lénore perdue -

de la rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment Lénore -

de nom ! pour elle ici, non, jamais plus !

Et de la soie l’incertain et triste bruissement en chaque rideau purpural

me traversait, m’emplissait de fantastiques terreurs pas senties

encore : si bien que, pour calmer le battement de mon coeur, je

demeurais maintenant à répéter : C’est quelque visiteur qui sollicite

l’entrée, à la porte de ma chambre ; quelque visiteur qui sollicite l’entrée

à la porte de ma chambre ; c’est cela et rien de plus

Mon âme se fit subitement plus forte et, n’hésitant davantage :

"Monsieur, dis-je, ou madame, j’implore véritablement votre pardon ;

mais le fait est que je somnolais, et vous vîntes si doucement frapper,

et si faiblement vous vîntes heurter, heurter à la porte de ma chambre,

que j’étais à peine sûr de vous avoir entendu." Ici j’ouvris grande

la porte : les ténèbres et rien de plus

Loin dans l’ombre regardant, je me tins longtemps à douter, m’étonner

et craindre, à rêver des rêves qu’aucun mortel n’avait osé rêver encore ;

mais le silence ne se rompit point et la quiétude ne donna de signe ;

et le seul mot qui se dit, fut le mot chuchoté "Lénore !" je le

chuchotai et un écho murmura de retour le mot "Lénore !" purement

cela et rien de plus

Rentrant dans la chambre, toute l’âme en feu, j’entendis bientôt un

heurt en quelque sorte plus fort qu’auparavant. "Sûrement, dis-je

sûrement c’est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc

ce qu’il y a et explorons ce mystère ; que mon coeur se calme un moment

et explore ce mystère ; c’est le vent et rien de plus."

Au large je poussai le volet, quand, avec maints enjouement et agitation

d’ailes, entra un majestueux corbeau des saints jours de jadis. Il ne

fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta ni n’hésita un instant : mais,

avec une mine de lord ou de lady, se percha au-dessus de la porte de

ma chambre ; se percha sur un buste de Pallas, juste au-dessus de la

porte de ma chambre ; se percha, siégea et rien de plus

Alors cet oiseau d’ébène induisant ma triste imagination au sourire,

par le grave et sévère décorum de la contenance qu’il eut : "Quoique

ta crête soit chenue et rase, non ! Dis-je, tu n’es pas, pour sûr, un

poltron, spectral, lugubre et ancien Corbeau, errant loin du rivage de

Nuit - dis-moi quel est ton nom seigneurial au rivage plutonien de

Nuit." Le Corbeau dit : "Jamais plus."

Je m’émerveillai fort d’entendre ce disgracieux volatile s’énoncer aussi

clairement, quoique sa réponse n’eût que peu de sens et peu d’à-propos ;

car on ne peut s’empêcher de convenir que nul homme vivant n’eut

encore l’heur de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre

- un oiseau ou toute autre bête sur le buste sculpté au-dessus de la porte

de sa chambre -, avec un nom tel que : "Jamais plus."

Mais le Corbeau perché solitairement sur ce buste placide, parla ce

seul mot comme si son âme, en ce seul mot, il la répandait. Je ne proférai

donc rien de plus ; il n’agita donc pas de plume, jusqu’à ce que je

fis à peine davantage que marmotter : "D’autres amis déjà ont pris

leur vol, demain il me laissera comme mes espérances déjà ont pris

leur vol." Alors l’oiseau dit : "Jamais plus."

Tressaillant au calme rompu par une réplique si bien parlée ; "Sans

doute, dis-je ce qu’il profère est tout son fonds et son bagage, pris à

quelque malheureux maître que l’impitoyable Désastre suivit de près

et de très près suivit jusqu’à ce que ses chansons comportassent un

unique refrain ; jusqu’à ce que les chants funèbres de son Espérance

comportassent le mélancolique refrain de "Jamais - jamais plus."

Le Corbeau induisant toute ma triste âme encore au sourire, je roulai

soudain un siège à coussins en face de l’oiseau, et du buste, et de la

porte ; et m’enfonçant dans le velours, je me pris à enchaîner songerie

à songerie, pesant à ce que cet augural oiseau de jadis, à ce que

ce sombre, disgracieux, sinistre, maigre, et augural oiseau de jadis

signifiait en croissant : "Jamais plus."

Cela, je m’assis occupé à le conjecturer, mais n’adressant pas une syllabe

à l’oiseau dont les yeux de feu brûlaient, maintenant, au fond de mon

sein ; cela et plus encore, je m’assis pour le devine, ma tête reposant

à l’aise sur la housse de velours des coussins que dévorait la lumière

de la lampe, housse violette de velours qu’Elle ne pressera plus, ah !

jamais plus.

L’air, me sembla-t-il, devint alors que dense, parfumé selon un

encensoir invisible balancé par les Séraphins dont le pied, dans la chute

tintait sur l’étoffe du parquet. "Misérable ! m’écriai-je, ton Dieu t’a

prêté ; il t’a envoyé par ces anges le répit, le répit et le népenthès dans

ta mémoire de Lénore ! Bois ! oh ! bois ce bon népenthès et oublie cette

Lénore perdue !" Le Corbeau dit : "Jamais plus."

"Prophète, dis-je, être de malheur ! prophète, oui, oiseau ou démon !

Que si le Tentateur t’envoya ou la tempête t’échoua vers ces bords,

désolé et encore tout indompté, vers cette déserte terre enchantée, vers

ce logis par l’horreur hanté : dis-moi véritablement, je t’implore ! y a-t-il

du baume en Judée ? Dis-moi, je t’implore." Le Corbeau dit :

"Jamais plus !"

"Prophète, dis-je, être de malheur ! prophète, oui, oiseau ou démon !

Par les cieux sur nous épars, et le Dieu que nous adorons tous deux,

dis à cette âme de chagrin chargée si, dans le distant Eden, elle doit

embrasser une jeune fille sanctifiée que les anges nomment Lénore

- embrasser une rare et rayonnante jeune fille que les anges nomment

Lénore." Le Corbeau dit : "Jamais plus !"

"Que ce mot soit le signal de notre séparation, oiseau ou malin

esprit" hurlai-je en me dressant. "Recule en la tempête et le rivage

plutonien de Nuit ! Ne laisse pas une plume noire ici comme un gage

du mensonge qu’a proféré ton âme. Laisse inviolé mon abandon ! quitte

le buste au-dessus de ma porte ! ôte ton bec de mon coeur et jette ta

forme loin de ma porte !" Le Corbeau dit : "Jamais plus !"

Et le Corbeau, sans voleter, siège encore, siège encore sur le buste pallide

de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre, et ses yeux ont

toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve, et la lumière de la

lampe, ruisselant sur lui, projette son ombre à terre : et mon âme,

de cette ombre qui gîte flottante à terre ne s’élèvera - jamais plus