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  Sommaire - Livres -  G - L -  Anansi Boys



"Anansi Boys "
de
Neil Gaiman

Editeur :
Au Diable Vauvert
 

"Anansi Boys "
de Neil Gaiman



Gros Charlie a suivi sa mère en Angleterre, car dès sa plus tendre enfance il a eu honte de son père au caractère farfelu. Maintenant qu’il est adulte, ce sentiment perdure à tel point qu’il refuse l’idée de l’inviter à son mariage. Il faut toute l’insistance de Rosie, sa fiancée, pour qu’il prenne contact avec Mme Higgler, une amie de la famille, qui saura où se trouve son père. Celle-ci cherchait à le joindre : son père vient de décéder. Illico, il s’embarque pour la Floride, arrive précipitamment sur les lieux et se trompe de cérémonie de crémation.
Chez Mme Higgler, il découvre que son père était Anansi, un dieu, qu’il a un frère qui lui ressemble, qu’il peut contacter en confiant le message à une araignée. C’est ce qu’il fait un soir où il est chargé de vin blanc. C’est ainsi qu’il voit Mytal débarquer dans son existence. C’est un homme à qui la vie sourit, qui possède les pouvoirs d’un dieu et qui décide de s’occuper de son frère. Au terme d’une nuit consacrée au vin, aux femmes et aux chansons, Gros Charlie (surnom donné par Anasi) se réveille avec une gueule de bois carabinée et une jeune femme dans son lit. Pendant ce temps, son frère occupe sa place dans l’agence où il travaille, afin qu’il n’ait pas d’ennuis avec son employeur, un grigou irascible. En détaillant les fichiers informatiques, Mytal détecte des manipulations suspectes. Il négocie, avec un léger chantage, deux semaines de congés payés pour son frère.
S’en suit alors une série de quiproquos, Mytal étant confondu avec Gros Charlie. Même Rosie est doublement amoureuse et prête à accorder ce qu’elle ne voulait pas faire avant le mariage ! Mais ce frère s’incruste. Et comme on ne déloge pas un fils de dieu, même un « petit » dieu comme ça, Gros Charlie va demander l’aide de Mme Higgler et de ses amies pour trouver une solution.
Mais que peut faire un mortel contre l’héritier d’un dieu ?

Neil Gaiman développe une intrigue absolument débridée, burlesque dans son sens le plus noble. Pour cela, l’auteur s’appuie sur un de ces anciens dieux, en l’occurrence l’araignée. Il en fait quelqu’un de facétieux, à la manière de Goupil dans Le Roman de Renard, qui pratique des farces pas toujours gentilles aux dépens du tigre, du singe et de toute une série de dieux animaux. Il le dote de deux fils, l’un héritant des pouvoirs, l’autre restant un simple mortel à l’esprit cartésien. Il en confronte les rigueurs à l’exubérance et à l’effervescence des populations vivant au soleil. Il fait, ainsi, souffler le chaud et le froid sur un personnage noyé dans un déferlement d’événements.
L’auteur use d’un ton léger, badin, pour distiller une intrigue qui semble partir dans tous les sens, avec des pauses dans l’action, des flashes back, des renvois qui partent, apparemment, sur une autre histoire...
L’humour baigne ce roman où situations cocasses, voire abracadabrantesques, côtoient parfois l’horreur la plus sombre. Déjà les titres des chapitres donnent le ton, bien que ceux-ci puissent être aussi un hommage à une manière de pratiquer qui était répandue en littérature populaire. Neil Gaiman nous gratifie de scènes qui deviendront sans doute « des classiques », ainsi celle où les quatre vieilles femmes réunissent les ingrédients pour envoyer Gros Charlie, parmi les anciens dieux trouver quelqu’un acceptant de le débarrasser de son frère.
On se laisse emporter par la faconde de l’auteur. Et si la construction du récit paraît étrange, elle dissimule en fait, un cheminement implacable, un véritable mouvement d’horlogerie.
Il faut souligner que la traduction est signée par Michel Pagel, une référence en soi !
Faut-il comparer ce livre et le mesurer à l’aune de American Gods, même s’il s’agit, dans les deux cas, d’univers qui s’agitent autour d’un dieu ? Anansi boys se suffit en tant qu’histoire autonome pour faire passer un excellent moment : un remède efficace contre la morosité !

Serge Perraud

Anansi Boys, Neil Gaiman, Au Diable Vauvert, mai 2006, 504 pages, 22 €






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