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  Sommaire - BD -  Monstrueuse Parade

"Monstrueuse Parade " de Philippe Foerster et Muriel Blondeau

10/10

Philippe Foerster a toujours prêté une grande attention aux différences entre les humains. Est-ce pour cela qu’il a une tendresse particulière pour ce que l’Humanité considère comme des monstres, ceux créés par la nature ou ceux sortis de l’imagination populaire. Ils font partie intégrante de sa vision du monde et il est donc loisible que ceux-ci occupent une place privilégiée dans son œuvre.
Avec Monstrueuse Parade, il revient donc à l’un de ses sujets préférés et développe une histoire où la tendresse le dispute à la cruauté et où la notion de monstre est bien élastique.

Gus et son jeune frère Miquet, qui dessine tout le temps, vivent dans une famille touchée par le chômage. Le père sans emploi, se soûle et frappe Gus lui reprochant d’être anormal. La mère travaille comme éboueuse jusqu’au jour où la ville la licencie. Alors qu’ils sont au désespoir, frappe à la porte un homme qui propose un emploi, dans le show-business, pour Gus et promet de leur verser son salaire. Mais la mère impose de prendre aussi Miquet : « C’est le lot ou rien ».
Ils arrivent dans un cirque qui expose des déshérités comme eux. Gus, nommé l’enfant-thon, passe ses journées dans un aquarium, comme le font la femme araignée, les frères siamois, l’homme tronc, etc. sur leur stand.
Ils sont vite acceptés et la vie s’organise jusqu’à ce que le directeur découvre le don de Miquet... l’art de faire passer ses créations graphiques de deux en trois dimensions.

Philippe Foerster conte magnifiquement le parcours de ces deux enfants, un parcours initiatique vers la découverte d’un monde extérieur. L’auteur observe l’évolution que peut prendre un tel microcosme par des apports nouveaux, des rapports qui se modifient, un équilibre à retrouver. S’il explore le comportement collectif, la vie de groupe, il s’attache, principalement avec Miquet, à nous montrer les dérives sur lesquelles un individu peut aller, pour peu qu’on le place sur un piédestal.
Il mène une réflexion acerbe sur le passage de l’être humain dans la société et la façon dont il est traité lorsqu’on n’a plus besoin de lui ; une interrogation sur la nature humaine et sur l’image de celle-ci par rapport au Créateur Suprême.
On ne peut, bien sûr, s’empêcher de penser, en lisant cet album, à Freaks et Elephant Man, deux approches de la différence.
L’humour et l’ironie de Philippe Foerster sont présents, même si parfois le ton est grinçant. Il est amusant, par contre, de rechercher les contes et autres légendes qui se retrouvent esquissés, cachés dans le scénario. Il y a aussi des assemblages à découvrir tels que Miquet l’ange...

Muriel Blondeau, tout en sensibilité, a su servir ce scénario en réalisant des aquarelles de toute beauté. L’aspect esquissé des personnages, évoque bien l’état intermédiaire qui peut être le leur. Elle fait passer beaucoup de tendresse et de poésie dans sa mise en scène.

Un magnifique album par un couple de créateurs hors-pairs.

Serge Perraud

Monstrueuse Parade, scénario de Philippe Foerster, dessin et couleurs de Muriel Blondeau, Casterman coll Un Monde, janvier 2006, 48 pages, 12,75 €



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