SF Mag
     
Directeur : Alain Pelosato
Sommaires des anciens Nos
  
       ABONNEMENT - BOUTIQUE - FAITES UN DON
Sfmag No102
103
E
n
 
K
i
o
s
q
u
e
s
RETOUR à L'ACCUEIL
BD   CINE   COUV.   DOSSIERS   DVD   E-BOOKS  
HORS SERIES    INTERVIEWS   JEUX   LIVRES  
NOUVELLES   TV   Zbis  
Encyclopédie de l'Imaginaire, plus de 13 000 articles
  Sommaire - BD -  Murena : Intégrale Premier cycle

"Murena : Intégrale Premier cycle " de Dufaux et Delaby

10/10

Jean Dufaux a acquis depuis longtemps ses lettres de noblesse en tant que scénariste lorsqu’il débute l’écriture de Murena. Il a déjà abordé le récit historique avec une série consacrée aux écrivains qu’il apprécie comme Balzac, Hemingway, Sade, Pasolini... Mais jamais, il ne s’est lancé dans une fiction historique basée sur des faits réels.

Delaby n’est pas, à proprement parler, un nouveau venu dans la BD lorsqu’il commence à travailler sur le premier volume de la série. En effet, il a déjà réalisé trois tomes pour L’Étoile Polaire et montré son attrait pour le dessin historique, avec un album sur Richard Cœur de lion, un sur la légende d’Arthur et un tome d’aventure légendaire : Bran.

Le récit commence en l’an 54 à Rome. L’empereur Claude, au cirque, assiste aux derniers combats, les plus âpres. Puis il descend dans l’arène voir achever les esclaves mourants. Britannicus son fils naturel et Néron, le fils qu’il a adopté en épousant Agrippine, en secondes noces, le rejoignent. Britannicus obtient la grâce d’un Nubien qui s’est battu vaillamment. Claude reprend de l’affection pour son fils. Agrippine, informée, craint que Néron soit écarté pour l’accès au trône. Elle décide d’empoisonner l’Empereur, son mari. Et le testament, en la faveur de Britannicus, est subtilisé par un affranchi, âme damnée d’Agrippine. Cependant, les événements s’enchaînent et les meurtres se succèdent. Entre ceux qu’il faut tuer pour leur silence, ceux qui doivent disparaître pour effacer leur influence, Agrippine à fort à faire ! Et de plus, Néron a des velléités d’indépendance...

Jean Duffaux a choisi de raconter l’accession de Néron au trône, ainsi que les premières années d’un règne, qui débute plutôt bien (pour Rome).
Pour l’heure, il met le projecteur sur une fantastique lutte pour le pouvoir, avec tout ce qu’il faut d’intrigues et de rebondissements. Les assassinats succèdent aux empoisonnements, les alliances qui se nouent se concluent par la trahison. La félonie est instituée en mode de vie. Dufaux montre des situations sans artifice, sans concession à un romantisme ou à une nostalgie pour une époque. Il fait de la succession historique des événements, un récit poignant avec une intrigue menée sans répit. Et la réalité, elle-même, rejoint le fantastique avec ces personnages, de véritables monstres que rien ne freine. Il illustre bien ce qu’a pu être le « panier de crabes » où s’agitaient tous les prétendants au pouvoir. Un romancier n’oserait pas aller aussi loin, de peur de se faire taxer d’exagération ! De plus, le scénariste s’appuie sur les indications les plus récentes, continuant de prendre en compte, au fil des rééditions, les informations nouvelles et de corriger erreurs ou omissions que des érudits en la matière ont pu détecter.

Le scénario est servi par un dessin réaliste, très fouillé, très maîtrisé, tant sur les corps que sur les décors. Philippe Delaby réalise des images à grand spectacle, de véritables tableaux. Son sens du mouvement, la dynamique qu’il impulse aux gestes et attitudes fait merveille pour la mise en scène, par exemple, des combats de gladiateurs.

Je me répète, (sans doute !) mais la présentation en Intégrale, et donc la relecture en continu, permet de mieux mesurer l’évolution de l’œuvre. Ici, celle du dessinateur, en quatre ans, est stupéfiante. Un monsieur, qui a su ainsi progresser, mérite sans conteste l’étiquette de : « Grand de la BD ».
Il faut aussi remarquer et s’attarder sur la mise en couleurs de Dina Kathelyn. Elle restitue, dans cette fresque, les couleurs de l’époque, les tons chauds dus à l’atmosphère de cette partie de la péninsule et rend palpable les rigueurs du climat. On transpire, sous le soleil brûlant, avec les gladiateurs dans l’arène.

Murena est en passe de devenir un des monuments de la BD, un monument grandiose construit par deux des grands auteurs actuels. De plus, on annonce, dès le premier semestre 2006, le tome 5 qui ouvre Le cycle de L’Épouse.

Serge Perraud

Murena : Intégrale Premier cycle, scénario de Jean Dufaux, dessin de Philippe Delaby, couleurs de Dina Kathelyn, ( avec le concours d’André Benn pour le tome 2 et de P. Delaby pour le tome 3 ) Dargaud, décembre 2005, 208 pages, 38 €



Retour au sommaire