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  Sommaire - Nouvelles -  Pour une approche neurologique du problème du lettrisme


"Pour une approche neurologique du problème du lettrisme"
de
V. K. Valev

 

"Pour une approche neurologique du problème du lettrisme"
de V. K. Valev



V. van Valen et A. Kirlivluk
Institut de Recherche Neurologique, 2 place des écrivains, Paris, France
(Reçu le 12 Janvier 2008 ; publié le 15 Février 2008)

Une nouvelle approche est proposée face à la pathologie du lettrisme. Notre étude, conduite sur un grand nombre de sujets et menée avec une précision de l’ordre du micromètre, indique qu’une importante quantité de l’activité de la lecture se concentre dans la 38ème zone du Brodmann. La perspective d’une cure pour le lettrisme est ensuite envisagée.

Le lettrisme, ou la faculté de lire, est une maladie grave, pouvant être fatale, et qui néanmoins a été longtemps ignorée par la communauté médicale. Par le passé, elle a fait l’objet de traitements verbaux, comme l’interdiction de lire certains auteurs dit « dangereux », qui presque toujours se sont révélés inefficaces. En effet, il a été observé que les sujets non seulement poursuivaient la pratique de leur obsession mais en plus ils la transmettaient à d’autres, jusqu’à ce que le phénomène devienne épidémique. Dans presque tous les cas observés, après une période d’incubation plus ou moins longue, l’épidémie mène à l’expression d’une hystérie de groupe suicidaire, communément appelé « démonstration », lors de laquelle les malades atteignent la phase terminale, dans les mains des forces de l’ordre.
Antérieurement, Bradbury(1) a proposé une solution systématique à ce mal laquelle malheureusement devient de plus en plus difficile à appliquer en raison de la multiplication des supports de lecture. Wyndham (2) , dans ses travaux, décrit une autre approche séduisante, qui, néanmoins, comporte de nombreux effets secondaires indésirables et peut être neutralisée au moyen de l’alphabet Braille.

Il est clair, qu’en dépit des excellentes recherches précédentes, le problème du lettrisme reste à ce jour irrésolu. Les raisons de cet échec sont très vraisemblablement complexes, néanmoins il convient de nous interroger si nous ne sommes pas en train d’essayer de guérir les symptômes plutôt que les causes de la maladie.

Dans cet article, nous proposons une approche nouvelle, qui traite le lettrisme de manière neurologique, remontant ainsi aux sources du phénomène, c’est à dire jusqu’au cerveau lui-même.

La capacité de lire apparaît généralement chez l’enfant de 2 à 7 ans et l’on croit classiquement qu’elle se situe quelque part dans l’hémisphère cérébral gauche, où se concentrent les activités liées au langage. Il s’agit d’une activité complexe qui mobilise non seulement les fonctions de reconnaissance de signes graphiques (3), mais également différentes parties de la mémoire, l’aptitude à l’abstraction, les centres de la parole, etc.

La question centrale qui se pose dès lors est : peut-on distinguer une ou plusieurs zones particulières du cerveau directement responsables de la fonction de lire ?

Indiscutablement, on ne peut concevoir la lecture sans la capacité de reconnaître les signes. Koul et Lloyd ont observé que des traumatismes dans les zones liées à cette reconnaissance conduisent effectivement à des difficultés dans l’apprentissage de nouveaux symboles graphiques . Cependant, il faut noter que les zones endommagées en question étaient situées dans l’hémisphère cérébral droit !

Dans une autre étude, Flowers et al. démontrent que l’identification des lettres de l’alphabet se situe dans la zone 37 de Brodmann, dans le cortex gauche (4).

C’est également dans le cortex gauche que Small et al. placent le centre de lecture, bien qu’ils citent la zone 39. Il est particulièrement intéressant de noter que ces chercheurs ont observé une « migration » de la zone de lecture ! Chez des patients ayant subi un traumatisme de la zone 39 entraînant une diminution de leur capacité de lire, une thérapie a permis le réapprentissage de la lecture qui cette fois se concentrait dans la zone 18 (5). Clairement cette habilité du cerveau de s’adapter constituera un problème majeur pour nos recherches.

Encore plus remarquables sont les résultats de Ishiwatari et al. qui distinguent des processus de lecture différents pour différents alphabet(6). Ainsi, le traitement du lettrisme à l’échelle mondiale demandera une approche spécifique pour chaque peuple et/ou culture à soigner.

Face à cette multitude de localisations, on comprend aisément que des auteurs tels que Price prennent la position quelque peu radicale qui consiste à nier entièrement la possibilité qu’une zone du cerveau soit exclusivement consacrée à la lecture (7)(8). Pour notre part, nous voudrions faire remarquer au lecteur que toutes les études citées plus haut ont été menées sur un petit nombre de sujets, souvent volontaires. De plus, généralement, les recherches portant sur les traumatismes cérébraux ne peuvent progresser qu’accidentellement. Et finalement, il faut tenir compte du fait qu’il est extrêmement rare qu’un accident induise la destruction d’une zone d’étude et une seule. Souvent, les dommages s’étendent aux zones voisines dont les fonctions ne peuvent pas être clairement séparées ce qui conduit à un manque de précision dans les résultats expérimentaux.

Dans notre travail, il a été fait usage d’un laser Ti:Saphir de 80mW et de longueur d’onde 800nm. Les pulsations laser ont été d’une durée de 100fs, avec une fréquence de répétition de 82MHz. Après l’ouverture de la boîte crânienne de manière chirurgicale, la puissance du laser a été focalisée sur les tissus du cerveau au moyen d’une lentille, jusqu’à ce que le point lumineux atteigne 20 micromètres de diamètre. Lors de l’opération, une anesthésie a été proposée aux sujets les plus anxieux.

Nous avons mené notre étude sur un échantillon de mille étudiants en lettres, francophones, choisis au hasard, dont 50% d’hommes et 50% de femmes. Des tests de lecture ont été effectués avant et après une lyse au laser de la zone 38 de Brodmann dans les cerveaux des sujets. La Table I présente les résultats obtenus.

Capacité de lire après traitement >90% 60-90% 40-60% 10-40% <10%
Nombre d’étudiants mâles 2 30 175 653 140
Nombre d’étudiants femelles 1 32 174 651 142


TABLE I. Perte de la capacité de lire d’étudiants des deux sexes après destruction au laser de la zone 38 de Brodmann dans le cortex gauche des sujets.

On peut tout de suite voir que le soin apporté aux malades conduit à une grande amélioration de leur état pour une vaste proportion des patients, i.e. plus de 65% ne conservent que 10 à 40% de leur capacité de lire. Il est très intéressant de constater que seulement environ 15% des étudiants ont perdu presque toute leur capacité de lire. Ceci tend à prouver que d’autres zones contribuent de manière significative à la lecture.
A ce jour, le problème du lettrisme continue à inquiéter les gouvernements de nombreux pays dans le monde. Cependant, grâce aux progrès de la science, nous pensons qu’un pas important vient d’être effectué vers son éradication complète. Que ce soit par laser, ou par voie chimique ou génétique, il est désormais possible de supprimer toute activité cérébrale dans la zone 38 de Brodmann.
A notre connaissance, cette étude est la première qui soit, à la fois, conduite à une échelle statistique significative et dont la précision laser des moyens expérimentaux soit de l’ordre du micromètre. Nous voulons conclure cet article en invitant d’autres chercheurs à s’engager sur cette nouvelle voie de l’exploration du cerveau humain qui offre une perspective nouvelle pour traiter un des fléaux les plus anciens que l’humanité ait connus - le lettrisme.

Remerciements : Les auteurs tiennent à remercier le Ministère de la Culture et de l’Education qui a financé cette recherche ainsi que les étudiants ayant pris part au travail et qui malheureusement ne seront pas en mesure de lire eux-même cet article.

Notes :

(1) R. Bradbury, Fahrenheit 451, 1953
(2) J. Wyndham, Le jour des Triffids, 1951
(3) Koul et Lloyd, Comparison of Graphic Symbol Learning in individuals with Aphasia and Right Hemisphere Brain Damage, Brain and Language, 62, 398-421 (1998)
(4) Flowers et Al., Attention to single letters activates left extrastriate cortex, NeuroImage, 21, 829-839 (2004)
(5)Small et al., Different Neural Circuits Subserve Reading before and after Therapy for Acquired Dyslexia, Brain and Language, 62, 298-308 (1998)
(6) Ishiwatari et al., Different reading processes in different writing systems - EPR analyzis using LORETA, International Congress Series, 1232, 63-69 (2002)
(7) Price et al., Cortical localization of the visual and auditory word form area : A reconsideration of the evidence, Brain and Language, 86, 272-286 (2003)
(8) Price et al., Are There Reading Specific Brain Areas ? A Meta-analysis of PET data from 72 Subjects, NeuroImage, 13, (2001)



Mis en ligne par pelosato


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