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  Sommaire - Dossiers -  Thématiques sousjacentes au genre catastrophe

"Thématiques sousjacentes au genre catastrophe"

Sébastien Nuttin

catastrophe.net

Si l’on vous demande de définir en soi la nature du film catastrophe, ce qui fait que tel film est une œuvre catastrophe, force est de constater que vous aurez du mal à trouver la réponse adéquate sans y réfléchir pendant des heures. Rassurez-vous, cette pensée est légitime, dans la mesure où le film catastrophe puise dans différents thèmes pour exister en tant que tel. Ce qui est bien dommageable, par ailleurs, c’est de penser que cet emprunt bloque souvent la compréhension du genre catastrophe comme un genre à part entière. En effet, peu de magasin de vidéo, de magazines, d’annuaire de sites Internet proposent les films d’un hypothétique genre catastrophe dans leurs écueils. Et ceci pour une raison simple, celui-ci n’est pas reconnu à sa juste valeur. Cette valeur, c’est l’héroïsme provoqué par des situations désespérées, nées ou non de la bêtise et de l’inconscience humaine, à créer, détériorer, modifier ou tenter de simplement jouer à Dieu, et en arriver à des résultats causant des catastrophes. Ce qui définit le film catastrophe, c’est la présence dans sa trame scénaristique d’une situation périlleuse, qu’elle se soit produite, qu’elle soit sur le point d’arriver, ou simplement qu’elle menace de le faire.
Ce qui rebute les studios ou les gens en général dans l’idée de voir germer un genre à part entière, c’est sans doute le fait que leur scénario naît nécessairement d’une catastrophe, c’est à dire d’une situation difficile, voire impossible à assumer en tant que prise de position de départ pour script d’un film. Si l’on y regarde de plus près, d’ailleurs, l’on peut donc discerner diverses catégories cinématographiques dans lesquelles on peut retrouver des rémanences de films catastrophes. Nous verrons donc comment les thèmes de l’action, de l’aventure, de la science-fiction, et les drames sont autant de genre dont le catastrophe semble faire partie intégrante.

La thématique de l’action

Le film catastrophe naît dans ce cas-là d’une situation qui nécessite une intervention rapide, et la plupart du temps exécutée par une personne qualifiée pour des missions de pointe. Ce type de film est assez classique, et réponds le plus souvent à une thématique intrinsèquement liée à ces situations : ce que l’on appelle le terrorisme. Les films catastrophes mêlés d’action sont la plupart du temps articulés autour d’une problématique à la quelle sont confrontées des hauts responsables politiques d’un pays ou d’une organisation face à une menace terroriste. Depuis la fin des années 50, déjà, l’on voyait s’élaborer de tels scénarios. En 1953, Terror on a train, avec Glenn Ford, ouvrait la brèche en mettant en scène un agent des services secrets chargés de monter à bord d’un train en marche afin d’y localiser et d’y désamorcer une bombe contre laquelle avait été demandée une rançon de plusieurs milliers de dollars. Par la suite, et ce dés les années 70, la plupart des gros succès du genre s’articulent autour de ce même thèmes. On compte parmi eux notamment Airport 70, Alerte à la bombe, tous deux avec Charlton Heston ; mais aussi dans le domaine maritime, avec des films comme Terreur sur le Britannic, avec Omar Sharif. Dans les années 90, le phénomène prend d’ailleurs une plus grande ampleur, avec l’arrivée d’acteurs très portés sur l’action, comme Wesley Snipes et son Passager 57, Kurt Russell dans Ultime décision, ou encore Steven Seagal dans la série des Piège en haute mer. Cette période est faste en films catastrophe portés sur l’action, où tout tourne autour d’un seul héros, le plus souvent. C’était le cas pour les acteurs cités précédemment, qui eux s’en étaient fait une spécialité, mais également pour des acteurs dont le talent revêtais souvent une autre allure, comme Harrison Ford dans Air force one. Globalement on réalise donc qu’une certaine quantité de films catastrophes s’inspirent de faits héroïques, pour la plupart des plus invraisemblables, pour dérouler un scénario rapide et qui ne laisse guère de répit au spectateur. On en met plein la vue pour montrer que ces hommes sont des héros.
Mais en réalité, la majeur partie des films catastrophe fondent leurs principes narratifs sur une autre thématique récurrente, et bien plus proche de la réalité, l’aventure. Parfois mêlées de science-fiction, l’aventure qui naît de situation de crise, ou missions de secours, met en avant le courage des hommes, sans leurs capacités physiques exceptionnelles. Car si les films d’actions portent principalement sur la capacité aux héros d’effectuer des actes hors norme, les héros ordinaire de l’aventure du catastrophe misent, eux, tout sur l’espoir et la rage de survie.

La thématique de l’aventure

Bon nombre de films catastrophes mettent en scène des situations de crise liées à des évènements non voulues de la main de l’homme, mais plus du fait de la volonté divine. Et les personnages d’une narration de se retrouver confrontés à des situations de stress, où leur courage est mis à l’épreuve par la force des choses, et pas parce qu’ils ont été choisis pour effectuer telle ou telle mission. Ces situations de crise naîtront par exemple à la suite d’avalanches, de tremblements de terre, ou d’accidents divers. De même, naissent dans le même temps des aventures qui conduisent les protagonistes à se surpasser.
On ne compte plus en effet les superproductions où les héros sont des " héros malgré lui ". Depuis les années 70, Tremblement de terre, La tour infernale, l’aventure du Poséidon, sont les exemples les plus frappants de films d’aventure dont la marque forte de l’impact de la catastrophe qui engendre la situation de crise décrite dans la narration a donné lieu à l’appellation Film catastrophe. Dans ces productions naissent des héros qui en fin de compte n’ont rien demandé à personne, et se retrouvent dans la position délicates de sauver tous ceux qui se trouvent aux alentours. Leur charisme est souvent à l’origine de leur leadership à la tête des équipes de secours, et ils se retrouvent sur le devant de la scène car l’espoir qu’ils nourrissent de voir la situation évoluer est le plus fort. De même, certains sont confrontés à des situations si périlleuses, que les missions de secours engagées pour les secourir sont de véritable aventures en elle-même. On notera ainsi des films comme Vertical Limit, qui décrivent de façon exemplaire une mission de secours en montagne.
Mais les aventuriers n’en sont que par devoir, et pas par vocation, c’est à ce moment-là que naissent les vrais héros, et le vrai film catastrophe, celui qui donne envie de pleurer, celui qui émeut. Ainsi, Tom Hanks dans seul au monde, est-il contraint à s’exercer à la survie sans savoir ce qui lui arrivera réellement, sans savoir s’il sera secouru. C’est l’espoir qui l’aide à tenir le coup, à puiser en lui-même les forces nécessaires pour continuer à vivre dans un monde hostile et ne pas se laisser aller. Mais il est des exemple plus frappants du film catastrophe qui empreinte son style aux films d’aventure, il s’agit bien sûr du légendaire King Kong. Que l’on considère la version de 1933 ou celle de 1976 de John Guillermin, l’aventure est au cœur de la narration, dans des décors paradisiaques, mais dont l’histoire recèle des épreuves qui demande un courage aux personnages dont ceux-ci ne se seraient sans doute jamais sentis capables. Et là est tout l’attrait du film catastrophe, de faire naître des situations de crise dans lesquels les héros s’improvisent, comme Stallone dans Daylight , et non comme dans les productions empreintes d’action qui voient intervenir des héros triés sur le volet pour leurs compétences ou caractéristiques physiques ou mentales. Et parfois même, il arrive que la science-fiction s’en mêle. Ainsi, de films comme Le survivant voient naître des héros qui ne sont que simples médecins, chercheurs, zoologistes, et autres corps de métiers de la recherche. Il arrive parfois également que les conditions dans lesquelles se déroulent ces évènements naissent des situations hautement improbables, que la science-fiction seule pouvait imaginer : Roland Emmerich explore cette piste dans le jour d’après, où un climatologue se voit braver les éléments déchaînés pour partir à la recherche de son fils prisonnier de la glace dans une New York submergé par les flots. Ces situations font donc naître des héros particulièrement proches de nous, car mues par des sentiments d’angoisse, de peurs, eux-mêmes nés de situations tragiques, mais bien souvent imaginées. Lorsque ces situations découlent de fais réels, l’aventure tourne au drame.

La thématique du drame

La réalité est bien plus souvent source d’imagination que l’on veut bien le croire, en ce qui concerne les catastrophe, ce qu amène parfois à se demander si les fans de films catastrophe ne sont pas fans de catastrophes. C’est un débat déplacé, mais auquel certains se prêtent abusivement volontiers. Sans même leur répondre, il est vrai que bon nombre de films catastrophe partent d’évènements réels pour raconter des histoires souvent héroïques.
Dès les années 30 en effet, des films tels que San Francisco, pour ne citer que lui, se servent d’évènements tragiques et réels comme prétexte pour la narration d’actes héroïques, et ainsi montrer combien l’homme peut être bon en temps de crise. Dans les années 60, ce fût encore plus frappant avec des films comme Les derniers jours de Pompéi ou Les derniers jours de Herculanum, narrant la célèbre éruption du Vésuve en 79 après JC. On compte énormément de productions de ce type, avec en arrière plans des catastrophes qui sont réellement survenues : le naufrage du Titanic, le crash du Hindenburg, les ouragans Andrews, Hugo, et autres ; des reconstitutions d’accidents aériens, ainsi que les missions de secours qui ont été lancées pour secourir les rescapés ont également donné lieu à pas mal de productions. Les catastrophes nucléaires, comme Tchernobyl, ou encore des black-out aux Etats-Unis, les attentats récents du World Trade Center, à New York sont autant de sujets que les scénaristes ne veulent plus éluder, mais au contraire mettre à l’honneur par un devoir de mémoire collective. Les reconstitutions dramatiques comme Apollo 13 ont également bonne place dans la filmographie du genre catastrophe : la crise des missiles de Cuba, aux travers de films comme 13 jours ou encore Missiles d’Octobre sont également des drames tout à fait saisissants racontés par le genre catastrophe. La thématique du drame est en réalité celle qui touche le plus, et paradoxalement la plus dépréciée. Peut-être justement parce qu’elle colle trop à la réalité, comme Mission requins, qui raconte l’horreur vécue par les soldats américains qui perdirent la vie, mangé par des requins, juste après avoir livré la bombe H lors de l’opération Manhattan en 1945 (projet dont Spielberg avait également émis le souhait de le porter à l’écran...).
Dans tous ces cas-là, le désir de vérité est souvent très désagréable pour le spectateur. Et force est de constater que ce désir morbide de voir les hommes ordinaires se dépêtrer dans des situations extraordinaires a ses limites lorsqu’il s’agit de reconstitution de drames qui ont touchés des communautés entières dans leurs entrailles même ; ce fût notamment le cas avec la fiction DC 9/11 de Trenchard-Smith, évoquant les attentats du 11 septembre 2001.

Conclusion

Nous avons donc abordé là quelques pistes qui visent à définir le film catastrophe avec une approche un peu plus didactique qu’à l’accoutumée, qui , je l’espère, vous aidera davantage à défendre un genre qui vous tient à cœur. Personnellement, ce genre est mon préféré car il fait naître des héros de toutes sortes : certains héros sont " programmés ", d’autres sont de véritables héros malgré eux ; mais au final, il s’agit toujours de sauver le monde, d’exacerber un certain patriotisme, ou encore de venir en aide à son prochain, simplement. Ou au péril de sa propre vie. Comme si c’est ce pour quoi nous devrions nous battre jour après jour...


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