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  Sommaire - BD -  Les Pionniers de l’Espérance : Les Hommes aux yeux d’or

"Les Pionniers de l’Espérance : Les Hommes aux yeux d’or " de Roger Lécureux et Raymond Poïvet

9,5/10

Les Pionniers de l’Espérance, représentent plus de mille cinq cents planches publiées, presque sans discontinuer entre 1945 et 1973 dans les revues Vaillant, puis Pif Gadget.
Les Hommes aux yeux d’or, le présent épisode, est paru entre avril 1957 et Juin 1958, alors que les auteurs sont au faîte de leur métier.
Roger Lecureux vient d’avoir vingt ans quand il écrit les premières pages de la série. Il ne cache pas que, fasciné dans son enfance par les aventures de Flash Gordon, il a voulu retrouver cette féerie et franciser de telles histoires tout en y mettant autant de beauté et de grandeur.
Les pionniers sont un groupe de six personnages. Au gré des épisodes, le scénariste met en scène les uns ou les autres. Pour Les Hommes aux yeux d’or, seuls Tangha précédemment prénommé Robert, Maud et Tsin-lu sont mobilisés.

Tangha est chez lui, à Tombouctou en cet an de grâce 2205. Il étudie des microfilms pour tenter de comprendre pourquoi les grandes capitales de la Terre ont été recouvertes de neige de couleurs différentes pendant six jours. Une sphère se pose près de sa porte et un petit homme la traverse. Il dit venir de la planète Caluda. Dans un état second, Tangha pénètre dans la sphère et le voilà enlevé. À son arrivée, il retrouve Maud, emmenée dans les mêmes conditions. On les accueille et ils peuvent visiter la ville qui sera leur nouveau domaine. Alors qu’ils déambulent dans une cité désertée, un petit homme sort de l’ombre et se présente comme un rebelle. Il les entraîne vers son refuge, une serre et commence à leur expliquer la véritable situation. Repérés, ils doivent face à un chantage, revenir. Ils rencontrent alors, Nvee, le n° 1 de la planète qui leur explique qu’ils sont des pionniers et que nombre d’humains viendront parce que les grandes capitales seront détruites. Mais c’est mal connaître le caractère des Pionniers ! Ils rejoignent la « résistance » et entament un processus de guérilla. Mais peuvent-ils lutter face aux armes des Caludiens au pouvoir ?

La défense des idées humanistes demeure, hélas, tout à fait d’actualité et la volonté de rendre la liberté à des populations opprimées reste une préoccupation qui n’est pas à ranger avec les choses du passé. Roger Lécureux proposait des scénarios inventifs, pleins de trouvailles. Il illustrait, bien à propos, le respect de la différence, la complémentarité des hommes entre eux et dénonçait avec vigueur le colonialisme et la dictature. Il avait, malgré sa bonne volonté et ses opinions, du mal à mettre hommes et femmes sur le même pied d’égalité. Il savait mettre en scène ses péripéties et les amener à leur conclusion, avec concision. Il ne faut pas perdre de vue que paraissant dans un hebdomadaire, chaque planche devait apporter un ensemble cohérent, dans une suite, tout en maintenant le suspense avec une chute spectaculaire. Ces contraintes ont quasiment disparu avec la publication directe en album.

Quant au dessin... Le Dessin... Aaaaaah !
Il reste d’une fraîcheur, d’une modernité, d’une tonalité confondantes. Certes, les costumes des héros semblent un peu désuets et le short de Tangha, qu’il arbore d’ailleurs avec grâce, ne se porte plus guère. Quoique ! Qui peut dire quelle sera la mode, à Tombouctou, en 2205 ? Raymond Poïvet a la capacité de dynamiser les gestes de ses personnages, pour donner le mouvement, avec une économie de moyens remarquable. Mais il a également le souci du détail. Ceci se vérifie, par exemple, avec les personnages de fond de vignettes, où il esquisse une véritable silhouette et non pas un vague coup de crayon. Le travail sur les portraits, sur le drapé des vêtements est constant et dans toutes les circonstances. Même si les décors sont parfois succincts, les éléments qui les composent sont bien figurés.
Raymond Poïvet est un maître. Nombre de dessinateurs devraient se rapprocher de son œuvre. Ils auraient tout à y gagner.
Un bel album pour enrichir une splendide collection !

Serge Perraud

Les Pionniers de l’Espérance : Les Hommes aux yeux d’or, scénario de Roger Lécureux, dessin de Raymond Poïvet en noir et blanc, Glénat coll. Patrimoine BD, novembre 2005, 72 pages, 20 €



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