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  Sommaire - Interviews -  Xavier Legrand-Ferronnière
Interview de Xavier Legrand-Ferronnière
Par par Alain Pelosato

Dernier ajout : samedi 10 avril 2004

"Xavier Legrand-Ferronnière"

Xavier Legrand-Ferronnière est
Directeur de la collection Terres fantastiques des éditions Terre de brume.


Printemps 2003

Vous êtes directeur de collection à Terre de brume. Lorsque j’ai été édité par les éditions Ouest France, je recevais leur catalogue : il y avait également les titres de Terre de brume. Les éditions Terre de brume sont un « enfant » des éditions Ouest-France ?


Non, Ouest-France n’a été que l’un des diffuseurs de Terre de Brume depuis la création de cette maison d’édition.


Terre de brume me fait immédiatement penser à William H. Hodgson. La terre, mais brumeuse de la mer... Ai-je tort ?


Pas du tout ! Il est vrai que le nom de l’éditeur évoque un aspect de l’idée que l’on peut se faire des pays celtes, brumeux, voire pluvieux ! Et comme tous ces pays : Bretagne, Irlande, Pays de Galles, ou encore l’Ecosse, ont entretenu un rapport privilégié avec la mer, le fantastique maritime, et en particulier celui de Hodgson, n’est pas loin. C’est d’ailleurs dans nos intentions d’explorer le fantastique de la mer – essentiellement anglais, il faut l’avouer - sous tous ses aspects.


Vous êtes donc directeur de la collection « Terres fantastiques ». Vous aimez le fantastique ?


Je lis du fantastique depuis – très – longtemps, et je le collectionne. C’est une passion de fond qui s’est traduit depuis une quinzaine d’années par diverses sortes de collaborations avec les éditeurs : conseil éditorial, anthologies, revues (dont le Visage Vert), direction d’ouvrages et, depuis 1998, par la direction de la collection « Terres fantastiques ». J’ai toujours eu du mal à expliquer cette passion. Ce que je sais, c’est qu’avec le temps, mes goûts me portent essentiellement vers le XIXe siècle et la première moitié du XXe. Après, je trouve que les bons auteurs se font plus rares. Depuis 5/6 ans je me suis éloigné, d’une façon irrémédiable je crois, du fantastique « moderne ».


Autrefois j’ai posé la question suivante à quelques auteurs éminents. Je vous la pose à vous : “Le fantastique est-il un moyen de s’évader du réel ou, au contraire, un moyen de mieux le connaître ?”


Pour rester dans le cadre de votre question, je dirai que le fantastique permet l’un et l’autre. Il permet certes de s’en évader, si vous considérez la littérature comme un pur jeu intellectuel. Mais ce n’est pas suffisant. Déjà le fantastique de Hoffmann s’attachait à sonder l’âme humaine, à mettre en scène la fragilité des sens et du raisonnement face aux tragédies personnelles et – fil conducteur du fantastique en général – face à la Mort. Le fantastique donne une infinie de variétés de points de vue de l’angoisse existentielle sous toutes ses formes. Entre autres exemples, la perte d’identité que peut ressentir l’homme dans un monde sans cesse mouvant a été l’un des thèmes transversaux de beaucoup d’œuvres fantastiques et a été traité avec beaucoup de finesse au XIXe et au XXe siècle jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. A ce titre, le fantastique est bien un moyen de connaître le « réel », et par contre-coup de se connaître soi. Au moins en ce qui me concerne, le fantastique exerce un pouvoir de fascination que n’égale aucun autre traitement fictionnel.


Vous publiez les grands classiques anglais du genre : Hodgson bien sûr, Machen, Scott, lord Dunsany, Hogg... C’est donc une collection du fantastique anglais et irlandais ?


Au départ, il s’agissait bien de publier des auteurs des contrées celtes. Au vu de la réaction des libraires et du lectorat, nous avons étendu notre approche « géographique » en commençant par un Anglais : Wilkie Collins. Notre projet global est bien d’aborder le fantastique dans ses facettes les plus variées, en rééditant, par exemple, des œuvres d’auteurs français.


Votre travail me paraît très intéressant. Vous reprenez ces œuvres et les republiez comme elles ont été crées par leur auteur et non comme certains éditeurs qui les ont écartelées par souci commercial ?


Vous découvrez certaines pratiques de l’édition parce que vous collectionnez ou que vous savez chercher en bibliothèque. Lorsque vous êtes capables de comparer une source originale avec une édition postérieure ou une traduction et que vous avez un tant soit peu le respect des lecteurs, vous modifiez vos pratiques éditoriales pour aller dans le sens du texte original, sans réfléchir aux obstacles pour y arriver. Je garde de nombreux projets sous le coude, parce que je juge la préparation de l’édition insuffisante. Mon niveau d’exigence n’est, en effet, pas partagé par tout le monde. A titre d’exemple, nous publions en janvier 2003, la traduction intégrale du Joyau aux Sept Étoiles de Bram Stoker. Il manquait un tiers environ du texte original. Personne, jusque là, ne s’était posé la question de la validité de la première traduction. J’ai quantité d’exemples aussi tragiquement cocasses.


Vous vous attachez à soigner particulièrement la maquette et les illustrations. ?


Toute l’attention que l’on doit porter à un ouvrage s’étend aussi à ses aspects « physiques ». Là c’est le travail de l’éditeur, Dominique Poisson, qu’il faut louer. Je me borne à rassembler les illustrations lorsque l’ouvrage s’y prête : par exemple, les premiers recueils de nouvelles de Lord Dunsany illustrés par le génial Sidney Sime.


J’ai particulièrement apprécié la publication dans votre collection des œuvres d’Arthur Machen et de William H. Hodgson. Le roman de Hodgson « La Maison au bord du monde » est, pour moi, un des meilleurs récits fantastiques. Partagez-vous mon opinion ?


Les Pirates fantômes de Hodgson a été mon vrai premier contact avec le fantastique il y a presque trente ans. Je suis resté un inconditionnel de cet auteur. Quant à La Maison au bord du monde, je l’ai lu trois fois, ce qui est énorme, car je ne relis jamais !


A quand la publication de « La colline des rêves » d’Arthur Machen ?


Le plus tôt possible, fin 2003 ou en 2004 au plus tard. Je porte à cet auteur – saviez-vous d’ailleurs qu’il avait un lien de cousinage avec Hodgson ? – une grande admiration qui me porte à vouloir tout publier. Nous venons d’ailleurs de traduire intégralement son roman Les Trois Imposteurs, sans doute son meilleur livre avec La Colline des rêves.



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