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  Sommaire - Livres -  G - L -  Dilterre (Aqualia-1)



"Dilterre (Aqualia-1)"
de
Alain le Bussy

Editeur :
Eons Futurs
 

"Dilterre (Aqualia-1)"
de Alain le Bussy



10/10

Le cycle d’Aqualia nous permet de découvrir une certaine vision de la colonisation future, les deux niveaux qui constituent le but et le chemin se confondant souvent pour Alain le Bussy. En 2327 c’est le temps de La Grande Expansion et les voyageurs s’embarquent dans de longues et parfois périlleuses expéditions afin d’ensemencer l’univers. Le Charleville est un autre "Enterprise" et le vaisseau au long cours qui embarquera l’une de ces colonies en partance pour une autre Jérusalem, pour une autre Amérique. Alors, l’auteur se met à nous conter sans aucun complexe l’histoire d’un vaisseau, non pas comme tout bon conteur de saga à rallonge où ce sont les péripéties qui font la geste, mais sur un ton emprunt de bonhomie. Comme à son habitude, l’auteur prend son temps pour installer son intrigue. Il nous dépeint tout d’abord une toile de fond, nous évoquant l’irruption progressive des voyages au long court, mais sans toutefois se perdre dans de longs procédés descriptifs. La Terre s’est "corporatisée", des ports se sont crées usant de noms aussi exotiques que ceux jadis aloués à ces phares et ports chargés d’accueillir les bateaux arpentant les mers du globe terrestre. Le Charleville n’en est pas à sa première, c’est un navire ayant déjà essuyé neufs explorations de planètes lointaines. Nanti d’un bon millier d’immigrants, il cherche la terre nouvelle, le havre tant espéré. Mais une révolte ruine tous les espoirs et le navire souffrant d’une sérieuse avarie sera mis devant un terrible dilemme. Perdu aux alentours de la dixième étoile, ils devront faire un choix entre deux planètes. Chacune d’elles présente des climats arides, des conditions atmosphériques extrêmes. Aqualia est un monde entièrement couvert par les eaux d’où émergent de ci, de là, quelques îlots de terre. Quand à Octa, elle n’est qu’un monde abandonné aux sables éternels, campant un gigantesque monde de dunes et de plaines monotones, sans aucune terre ferme pour planter un semblant de campement, le moindre commencement de vie communautaire. Rixes, explorations, découvertes, tentatives de fondation d’une nouvelle communauté humaine, le Bussy rentre dans la cour des grands, à moins qu’il ne soit lui-même un grand. Ce qui justifierait plus cette vaste fresque contée avec autant de talent et qui ne souffre pas de la comparaison avec ses confrères anglo-saxons voir américains. En racontant cette histoire future de la colonisation vers les étoiles, Alain le Bussy nous conte ni plus ni moins sa propre conquête de l’ouest.

Les grands espaces et les grandes espérances

On pourrait être amené à croire que je ne serais que le jouet de ma passion de critique pour l’oeuvre d’Alain le Bussy. Mais en lisant sa prose hémorragique et pourtant si bien mesurée par un ton décalé frôlant une espèce d’humour british, on se garderait de jeter une quelconque suspicion sur mon avis favorable quand à cette oeuvre. L’auteur fait comme un John Jakes pour ses cycles romanesques consacrés à la guerre de sécession, il se souvient. Mais là ou Jakes ne fait que ré-alimenter une pensée nostalgique et un sentimentalisme déjà acquis, le Bussy l’invente, pas à pas, à mesure que ces colons égarés en quelque enfer prennent pied dans ce nouvel édifice et, par la mort et la vie, allument la flamme d’une nouvelle nation, loin de la Terre. Enfin, comme à son habitude, Alain le Bussy joue doté d’un rare talent de prosateur avec les protagonistes de cette fresque sans commune mesure. Par le jeu des actions/réactions, le Bussy nous fournit encore des personnages riches, profonds, les monologues succédant à des dialogues, des remarques, des attitudes. Ainsi, les personnages de le Bussy pensent et c’est chose rare en Science-fiction. Non pas que tout l’ensemble de la sf devrait se sentir exclue de cette réflexivité, mais plutôt que les personnages de le Bussy ont cette particularité qui est de sentir la fiction qui les fait être, et de fait ils la dépassent. Cette germination du personnage conscient de son contact à un monde étranger évacue ainsi la frontière qui le sépare du pure fictionnel que souvent la littérature générale reproche aux genres de l’imaginaire. Ce premier volet de la vaste fresque Bussyenne est à marquer d’une pierre blanche car il édifie ni plus ni moins une sf francophone emprunte d’internationalisme, mais, prodige des prodiges, tout en important avec elle une territorialité qui la rend terriblement familière à notre histoire, celle de la conquête des vastes espaces et du colportage de nos infimes, futiles mais si sublimes espérances, ces grandes espérances.

L’odeur d’une brise d’été
Jean-Michel Armand
10/10

Comme il est de coutume, et pour faire les délices de leurs lecteurs, les éditions Eons nous régalent de deux superbes nouvelles, qu’elles soient puisées au giron d’une nouvelle génération d’auteurs qui promet beaucoup, ou encore à la mémoire d’un genre nous révélant sans arrêt d’autres artistes de la plume et qui sont restés incroyablement ignorés par la traduction en France. Le cas de Jean-Michel Armand est en cela emblématique de cette "new generation" fort audacieuse.

Nous sommes dans un monde où les hommes ont renoncé à leurs corps biologiques pour préférer celui des robots. L’humanité semble de fait se complaire dans un mode de vie automatisé, régenté par une guerre aux germes et microbes, souillures et pourritures, bref tout ce qui rappelle le vivant. Urback va se révéler être si bien nanti de son enveloppe permanente que de revêtir pour les vacances un "habit humain" lui répugne au plus haut point. Cette courte nouvelle nous contant les plus fins stratagèmes (somme toute bien humains) usités pour conserver son corps de robot est une remarquable illustration d’une sf éprise de plus d’originalité que ses aïeuls. Prenant à contre pied la thématique classique de la guerre contre les robots, Jean-Michel Armand parvient à nous étonner dans cette courte histoire, pathétique et pourtant pleine de bon sens, quand, renonçant à leur passé "biologique", les hommes s’enfermeront dans un nouvel âge du "bien-être" où ce sera l’efficacité et l’automatisme technique qui l’emporteront sur les failles de la chaire et le sang.
Ainsi, en prenant la lutte inverse du vivant contre le métal, le chaud contre le froid, usant d’arguments qui éclatent comme un nouvel évangile, celui du "robot marxiste", l’auteur nous offre une oeuvre atypique et terriblement actuelle. On y retrouve tout ce qui a fait la verve satirique d’un John Sladek qui dans "Tik-Tok" inversait déjà les rapports de maître à esclave les unissant depuis trop longtemps. Ce paysage sf nous démontrait que c’était toujours le robot qui avait tort, devait servir ou se révoltait pour finir par se faire dérouiller (mais Asimov passa par là, heureusement) . En élaguant le pathos classique du rapport qui unissait le robot et l’homme par une innocence rappelant Cordwainer Smith, Armand nous fait comprendre que tout est question d’évaluation logique. L’auteur nous démontre la splendeur du froid et du fixe aux dépends du chaud et corruptible. Quand il ne reste plus que le cerveau de valide, le froid d’un corps de métal n’est-il pas le plus beau des sanctuaires, loin du corruptible, dans le calme et le silence d’une mécanique sans faille aux rouages parfaitement agencés ? C’est dans cette lutte que s’engage Urback, ne sachant pas encore qu’à trop vouloir préférer le logique froid et métallique, on finit toujours par ne plus vouloir une pensée déambulatoire et changeante, une pensée qui est encore chaire en la personne de son cerveau. Car, à la lecture de ce récit, qu’est ce qu’un robot finalement sans le cerveau qui le fait agir ? Corps biologiques ou de composés électroniques, l’homme tient toujours son propre nid dans un amas de chaires, de corolles et d’arabesques de viandes qui font le cerveau, cela il n’a pas encore réussi à l’abolir. Urback pensait avoir oublié qu’il était un homme, et s’en abstraire est un peu comme mourir.....
En quelques pages, Armand nous donne un texte unique qu’on eut souhaité devenir un roman, si la brièveté de son histoire était amplement suffisante pour pallier à la soif d’en savoir plus sur le monde qu’il nous esquisse avec la finesse d’un horloger, pétri du souvenir des éternels étés chauds et putrides, quand on n’a plus besoin des sens du corps.....

L’homme au sixième sens
William Voltz
10/10

Elliot Vries est un agent bien particulier, il est un télépathe. Mais Elliott est un télépathe pouvant ressentir le danger, et surtout les mauvaises pensées qui les précèdent, d’une manière tout à fait extraordinaire, et ce malgré les distances.
Etant en charge de surveiller et prévenir une guerre qui se préparerait à la frontière séparant la Chine de l’Inde, Elliott va se révolter contre Shane. Le général Shane, voit en Elliott sa carte majeure mais aussi son joujou qu’il estime comme on estime une mécanique curieuse de prédiction. Choisissant de se retirer provisoirement du circuit, Elliott se voit soudainement pris d’un étrange pressentiment dont il ne peut saisir l’origine, un terrible danger, une inévitable catastrophe. Son trouble augmente lorsque réapparaît les stigmates d’un mal ancien qui tout jeune encore noircit sa peau, lui ôtant toute pigmentation, un brusque changement métabolique qui parvint à lui sauver également la vie. Intrigué, puis irrité, Shane perpétuera alors les pires pressions et chantages pour que son agent réintègre ses fonctions, jusqu’à la révélation finale, dure, âpre, inadmissible. Shane rit au téléphone de la révélation faite par son agent. Et pourtant, le terrible événement va bien se produire avec la même logique déterminante du devenir humain......
Cet auteur Allemand trop vite disparu (1938-1984) fait montre dans ce récit d’un sens de l’intrigue parfaitement bien dosé, maîtrisé jusqu’au bout. Empruntant les stances esquissées jadis par Brian Lumley dans son "Necroscope", William Voltz nous donne un récit sur l’autre histoire, cette histoire secrète qui détermine souvent plus le devenir humain, mais qui prépare aussi l’humanité aux événements inattendus. Cette remarquable nouvelle nous montre combien le fantastique et/ou une sf encline aux pouvoirs paranormaux peuvent se montrer d’une très grande richesse. Bien loin des "gores grotesques" dont semble nous abreuver un certain fantastique en France, cette nouvelle nous rappelle combien un auteur comme le grand Brian Lumley peut manquer en notre plat pays. En faisant l’impasse sur une telle oeuvre dans les années 80, en réduisant Lumley à un amuseur lovecraftien, on a empêché les lecteurs de découvrir une oeuvre incomparable et totalement assumée, une oeuvre réunissant le gore, le lyrisme, la mystique, le policier populaire et le polar en un gigantesque jeu de pouvoirs dépassant le simple réel. Une excellente nouvelle pour sa montée progressive de l’intrigue et son coup de théâtre inhabituel. Une oeuvre magnifique un peu en forme de testament pour les lecteurs français n’ayant pas ou peu lu ses oeuvres, à part peut-être sa gigantesque contribution aux cycles de Perry rhodan et Atlan. Un grand auteur en tout cas dont aimerait bien connaître d’autres récits...

Dilterre, Aqualia 1, Alain le Bussy, L’odeur d’une brise d’été, Jean-Michel Armand, L’homme au sixième sens, William Voltz, traduit de l’Allemand par Jacqueline H. Osterrath, Couverture de Yozz, Eons Futurs, 260 pages, 15.70 €.






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